Comprendre et surmonter l'achat compulsif : le remède à l'oniomanie

Les troubles liés aux achats compulsifs peuvent entraîner de lourdes problématiques. Retrouvez dans cet article, comment y faire face pour contrer ce trouble.

Qu'est-ce que l'achat compulsif ?

L'achat compulsif, également connu sous le nom d'oniomanie, est un trouble addictif qui se manifeste par des achats répétés, irrépressibles et excessifs. Bien qu'il ne soit pas toujours formellement reconnu comme un trouble addictif dans les classifications internationales, il s'agit d'une forme d'addiction comportementale. La personne concernée ressent une envie incontrôlable d'acheter, souvent en réponse à des émotions négatives telles que le stress, l'anxiété, l'ennui, la solitude, la colère, la frustration ou le découragement. Ces achats ne sont généralement ni nécessaires ni adaptés à la situation financière de la personne, et l'envie d'acheter n'est pas toujours authentique.

L'attention de la personne est souvent centrée non pas sur les objets acquis, mais sur l'acte d'achat lui-même. Si celui-ci peut procurer un soulagement ou un plaisir immédiat, il est fréquemment suivi d'un profond sentiment de culpabilité, de regret, voire de honte. L'achat compulsif se distingue de l'achat impulsif par sa répétitivité et son caractère irrépressible. L'achat impulsif est une décision soudaine, sans réflexion préalable, souvent sous l'influence de stimuli externes comme les promotions.

L'oniomanie est issue de la contraction de deux termes grecs : « ônios » (à vendre) et « mania » (folie). Elle est reconnue depuis les années 90 comme un trouble mental pathologique, classifié dans la CIM-10 comme un « trouble des habitudes et des impulsions ». La personne souffrant d'oniomanie ressent un malaise ou un manque qu'elle cherche à combler avec des achats. L'acte d'achat lui-même procure une excitation en amont, suivie d'un soulagement. L'oniomane porte moins d'intérêt à l'objet acheté qu'à l'acte d'achat lui-même, mais un sentiment de déception, de honte ou de culpabilité s'installe par la suite. Les cycles d'achats ne se caractérisent pas forcément par l'achat de produits coûteux ; il peut s'agir d'un enchaînement de produits à petits prix. Dans tous les cas, la répétition des achats compulsifs mène à l'endettement.

Les causes et les facteurs de risque de l'achat compulsif

L'achat compulsif peut être déclenché par divers facteurs, agissant individuellement ou en combinaison.

Facteurs psychologiques et émotionnels :

  • Vulnérabilité psychologique ou émotionnelle : Ce trouble est souvent lié à des difficultés dans la régulation des émotions, particulièrement face à des sentiments négatifs (anxiété, stress, dépression) ou des situations à risque (solitude, ennui, frustration).
  • Auto-médication émotionnelle : L'achat est utilisé comme un moyen de faire face aux émotions négatives dans l'immédiat, même si le comportement peut les exacerber à terme.
  • Faible estime de soi : La personne cherche à se valoriser par l'accumulation d'objets.
  • Traumatismes ou carences affectives : Des événements de vie négatifs, comme des abus dans l'enfance, ou des manques émotionnels peuvent être à l'origine du trouble.
  • Traits de personnalité : L'impulsivité, la difficulté à tolérer la frustration, le perfectionnisme ou la recherche de gratifications immédiates sont des facteurs prédisposants.
  • Combler un vide : La consommation compulsive peut être une tentative de combler un vide émotionnel ou psychologique.
  • Angoisse et stress : L'achat excessif peut être un mécanisme d'adaptation pour gérer l'anxiété et le stress.

Facteurs familiaux et comportementaux :

  • Antécédents familiaux : Dans certaines familles, l'achat est un signe de récompense, et des relations parent-enfant dysfonctionnelles peuvent entraîner des carences affectives.
  • Profils d'acheteurs compulsifs :
    • L'accro du shopping : Le shopping est une bataille contre les tensions intérieures et les peurs incontrôlables.
    • La personne généreuse : Elle donne en abondance, que ce soit en temps, argent ou cadeaux.
    • Le consommateur impulsif.
    • Le consommateur passionné (collectionneurs) : L'achat d'un objet de collection procure un sentiment de satisfaction.
    • Le dépensier : Il ressent le besoin de dépenser son argent rapidement.

Facteurs environnementaux et sociaux :

  • Société de consommation : L'environnement social et économique actuel, marqué par la surconsommation et les sollicitations à l'achat omniprésentes, peut influencer les comportements.
  • Achats en ligne : L'accès aux plateformes d'achats 24h/24 et 7j/7, les promotions constantes, et la facilité d'accès aux moyens de paiement dématérialisés favorisent une diminution du contrôle.
  • Abondance de l'offre : L'abondance des biens disponibles alimente l'envie d'achat.

Il est important de noter que si l'on se retrouve dans un ou plusieurs de ces profils, cela ne signifie pas nécessairement être victime d'oniomanie si cela apparaît de manière ponctuelle.

Les conséquences de l'achat compulsif

Les achats compulsifs peuvent avoir des répercussions significatives sur plusieurs aspects de la vie d'une personne.

Sur la santé mentale :

  • Sentiments de culpabilité ou de honte après les achats, entraînant une baisse de l'estime de soi.
  • Stress chronique lié aux problèmes financiers ou à la peur de la découverte du trouble.
  • Sentiments dépressifs liés à l'incapacité perçue à contrôler le comportement.
  • Dans les cas les plus sévères, idées suicidaires.

Sur les relations sociales et familiales :

  • Isolement social : La personne peut s'isoler pour éviter d'être jugée et par peur du regard des autres.
  • Fragilisation ou rupture des liens sociaux : Le comportement d'achat prend toute la place, au détriment des loisirs habituels.
  • Conflits familiaux et conjugaux : Liés aux dépenses excessives, au manque de confiance, aux mensonges et à la dissimulation des achats ou des dettes.

Sur le plan professionnel :

  • Baisse de la concentration et fatigue dues aux préoccupations constantes concernant les achats.
  • Diminution de la productivité au travail.

Sur le plan financier :

  • Accumulation de crédits à la consommation, découverts bancaires, emprunts divers.
  • Surendettement.
  • Difficultés à couvrir les dépenses essentielles (loyer, alimentation, factures).
  • Dépendance financière à des aides extérieures.
Schéma illustrant les différentes conséquences de l'achat compulsif sur la santé mentale, les relations, le travail et les finances.

Comment reconnaître et surmonter l'achat compulsif ?

Reconnaître le trouble est la première étape vers le rétablissement. Des stratégies d'auto-assistance et un soutien professionnel peuvent aider à reprendre le contrôle.

Signes d'alerte :

  • Achats impulsifs répétés.
  • Dépenses dépassant régulièrement les ressources.
  • Nombreux objets achetés restant inutilisés.
  • Perte de contrôle et sentiment de culpabilité après les achats.
  • La personne ne peut trouver satisfaction que dans la consommation.
  • Le shopping est devenu un comportement régulier, avec une envie irrésistible d'acheter et des sentiments de détresse et de culpabilité.
  • La personne se trompe elle-même en croyant avoir réellement besoin d'un objet.
  • La place que les achats compulsifs prétendent occuper reste vide.

Stratégies d'auto-gestion :

  1. Réduire l'accessibilité aux moyens de paiement :
    • Éviter d'emporter sa carte bancaire et privilégier les paiements en espèces pour prendre conscience des sommes dépensées.
    • Ne pas enregistrer sa carte bancaire sur les sites internet pour éviter les achats en un clic.
    • Définir des plafonds de paiement sur sa carte bancaire ou désactiver les modes de paiement facilités (sans contact, sur mobile, internet).
  2. Adopter des réflexes d'autorégulation avant d'acheter :
    • Prendre une grande respiration, s'interroger sur le besoin réel de l'objet, son utilité future et la capacité à se l'offrir.
    • Se fixer une règle d'attente (par exemple, attendre 24 heures avant de finaliser un achat important).
    • Utiliser des techniques de distraction pour détourner l'attention de l'envie d'achat.
  3. Établir un budget :
    • Évaluer ses revenus et dépenses mensuelles.
    • Fixer des limites claires pour différentes catégories de dépenses.
    • Utiliser des outils de gestion financière (applications, feuilles de calcul).
    • Tenir une feuille de calcul mensuelle avec dépenses fixes, revenus, capacité d'épargne et argent disponible pour des achats supplémentaires.
  4. Développer une consommation consciente :
    • Comprendre l'influence de la publicité, des promotions et des tendances.
    • Réfléchir aux motivations et émotions lors d'une envie d'acheter.
    • Pratiquer la gratitude et la satisfaction avec ce que l'on possède déjà.
  5. Utiliser des listes d'achats :
    • Dresser une liste détaillée des articles nécessaires avant de faire des courses.
    • Se concentrer sur l'achat des articles figurant sur la liste et résister à la tentation d'acheter des articles supplémentaires, même en promotion.
  6. Canaliser l'impulsion :
    • Pratiquer une activité physique pour libérer des endorphines et réduire le stress et l'anxiété.
    • S'adonner à des activités alternatives : sport, lecture, loisirs, passer du temps avec ses proches, cuisiner. Ces activités détournent l'attention et consomment le capital de motivation à acheter.
  7. Se libérer de la fièvre acheteuse :
    • Participer à des œuvres caritatives, aider les autres pour une sensation de bien-être différente.
    • Participer à des vide-greniers, faire le tri dans ses affaires, donner ou vendre ce qui n'est plus utile.
    • Redonner vie à ses affaires, réparer ou recycler.

Quand acheter devient une addiction

Quand faire appel à un professionnel de la santé ?

Lorsque les stratégies d'auto-assistance ne suffisent plus et que le comportement d'achat entraîne une souffrance importante, il est crucial de consulter un professionnel de santé.

  • Accompagnement médical, psychothérapeutique et social : Un psychiatre ou un psychologue peut aider à comprendre les causes profondes du trouble, identifier les émotions déclencheuses et retrouver un équilibre psychique. Un travailleur social peut être sollicité pour les difficultés financières.
  • Thérapies Cognitives et Comportementales (TCC) : Ces psychothérapies ont prouvé leur efficacité dans la prise en charge des comportements addictifs, y compris les achats compulsifs.
  • Groupes de soutien : Des groupes basés sur le modèle des Alcooliques Anonymes existent, comme "Les débiteurs anonymes" en France, offrant un soutien par les pairs.

Il est important de prendre conscience de son trouble, de comprendre les déclencheurs de l'acte d'achat, de travailler sur ses valeurs, la gestion des émotions et la perception de soi. Oser parler et faire la démarche de contacter un service spécialisé ou un groupe d'entraide est essentiel.

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