L'histoire fascinante des bijoux de Sissi d'Autriche et des trésors des Habsbourg

En 1865, à Vienne, l'impératrice Élisabeth d'Autriche, plus connue sous le nom de Sissi, ressent un profond ennui à la cour. Installée au château de Schönbrunn avec son époux François-Joseph, dit « Franz », elle étouffe sous le poids du protocole et regrette la perte de sa liberté. Pour échapper à cette contrainte, elle multiplie les voyages à Madère, Corfou et Venise, officiellement pour soigner sa tuberculose. Sissi est une femme d'esprit libre, qui vit sa vie selon ses propres règles, que ce soit dans sa relation conjugale, son style vestimentaire ou ses coiffures.

C'est dans cette optique qu'en 1865, lors de la réalisation de son portrait par le peintre Franz Xaver Winterhalter, l'impératrice décide d'apporter sa touche personnelle. Elle orne sa chevelure d'étoiles composées de 27 diamants et de perles, une manière ingénieuse de mettre en valeur sa magnifique crinière noisette. Ces bijoux de cheveux, qui font sensation, sont l'œuvre du joaillier impérial Köchert. Ce coup d'éclat lance une nouvelle mode à la cour, où toutes les dames désirent imiter la coiffure de Sissi. Cependant, lassée par cette tendance une fois qu'elle est adoptée par les autres, l'impératrice distribue ces étoiles en diamants à sa famille et à ses amies.

Portrait de l'impératrice Élisabeth d'Autriche par Franz Xaver Winterhalter, 1865, orné d'étoiles dans ses cheveux.

Aujourd'hui, les étoiles qui sont parvenues jusqu'à nous sont exposées au musée Sissi de Vienne. L'histoire de ces bijoux n'est cependant pas sans péripéties. Dans son ouvrage "Jewels That Made History: 100 Stones, Myths and Legends", la journaliste Stellene Volandes rapporte qu'un des bijoux aurait été subtilement remplacé par une copie en 1998. Il a fallu attendre vingt ans pour que l'étoile, retrouvée à Winnipeg, au Canada, soit finalement restituée au musée.

La mystérieuse disparition et la réapparition des joyaux des Habsbourg

Alors que la France et le monde entier se remettent à peine du spectaculaire casse au Louvre, l'Autriche célèbre un miracle : la redécouverte des précieux joyaux des Habsbourg (à l'exception de la couronne de l'impératrice Sissi) et du célèbre et gigantesque diamant jaune Florentin, disparus des radars depuis plus d'un siècle.

Aucun scénario, même le plus hollywoodien, n'aurait pu imaginer une intrigue et un dénouement aussi surprenants. Cette révélation met fin à plus d'un siècle de conspirations et de récits sur les joyaux des Habsbourg, supposément volés, taillés, vendus aux enchères ou échangés contre de l'argent. « Le Florentin est dans un coffre-fort au Canada avec d'autres joyaux de famille », a déclaré Karl Habsbourg, entrepreneur et petit-fils du dernier empereur d'Autriche, au journal allemand Der Spiegel, ajoutant que ces mots avaient balayé des années de fausses certitudes : les joyaux des Habsbourg n’ont jamais été perdus.

Il n'y a donc pas eu de découverte sensationnelle, mais plutôt la révélation d'un secret gardé pendant plus d'un siècle sur ordre de l'impératrice Zita, veuve de l'empereur Charles Ier. Lors de sa fuite précipitée vers le Canada en 1940, elle avait emporté les bijoux de famille, les cachant dans un coffre-fort dans la province francophone de Québec. Sa recommandation était que cet endroit reste secret au moins jusqu'au centenaire de la mort de l'empereur Charles Ier (en 1922). Seuls deux membres masculins de la famille devaient connaître cet emplacement. À l'heure actuelle, ce sont deux cousins de la famille Habsbourg qui, conformément aux directives de leur grand-mère, ont attendu l'année dernière pour contacter Karl Habsbourg, rendant ainsi la nouvelle publique.

Photographie des joyaux des Habsbourg, tels qu'ils furent cachés pendant plus de 100 ans.

Le mystère s'épaissit, mais cela semble presque normal compte tenu du coup de maître de grand-mère Zita, qui a fait croire au monde entier pendant des années que ces joyaux, dont elle n'avait plus entendu parler depuis 1921, avaient été volés ou vendus. En réalité, c'est son époux Charles Ier qui, en 1918, pressentant la fin de son empire austro-hongrois, ordonna à son grand chambellan de faire sortir les joyaux du pays. Ils arrivèrent en Suisse, où ils restèrent jusqu'en 1921, avant de disparaître mystérieusement, donnant naissance aux théories les plus fascinantes et énigmatiques sur leur sort.

Le trésor retrouvé : une valise remplie d'histoire

Le butin, en réalité, avait été précieusement rangé par l'impératrice dans une valise. Celle-ci révèle aujourd'hui quinze pièces, dont une montre en émeraude offerte par Marie-Thérèse à sa fille Marie-Antoinette, une broche sertie de diamants, d'émeraudes et de rubis, et une autre ornée de perles et de diamants. Il manque à l'appel un bracelet d'émeraudes que Marie-Thérèse portait lors de ses promenades en traîneau et la précieuse couronne de Sissi. Cependant, ces pertes sont compensées par la découverte du gigantesque diamant florentin de 137 carats, ayant appartenu à la famille Médicis avant de passer, au fil de nombreux rebondissements, entre les mains des Habsbourg.

« Il est rare de voir une pierre d'une telle perfection », a déclaré A.E. Köchert, joaillier de la cour à Vienne, au Spiegel. Il possède l'unique photographie existante de ce diamant jaune légendaire, datant de 1918. Sommé de se rendre au Canada pour examiner l'état des bijoux trouvés dans la valise, Köchert a décrit la pierre comme « l'un des diamants les plus célèbres au monde », soulignant son histoire et le savoir-faire dont il a fait preuve. Sa couleur lui rappelait celle d'un bon whisky écossais.

Gros plan sur le diamant Florentin, une pierre légendaire de 137 carats.

C'est une joie de retrouver le célèbre Florentin intact, car pendant un siècle, cette pierre, surnommée par certains « la pierre du destin », a fait l'objet de nombreuses spéculations. Certaines publications avaient avancé que l'ancien empereur avait mis en gage le joyau familial pour financer sa tentative de prise de pouvoir en Hongrie, et qu'un escroc l'avait dérobé avant de disparaître dans la nature. Qui en a effacé la trace ? Il semblerait que même l'impératrice Zita, celle qui avait caché le trésor, ait évoqué le vol de la pierre, preuve de sa malice.

L'influence des reines sur l'art de la joaillerie

Dans les salons feutrés de la place Vendôme, les créateurs de haute joaillerie et de bijoux fantaisie puisent toujours leur inspiration dans les écrins des reines d'antan. L'histoire de la joaillerie européenne se confond avec celle de ses monarques féminines. Les reines de l'Ancien Régime avaient fait du bijou un véritable langage diplomatique : chaque parure racontait une histoire, affirmait un rang, scellait une alliance.

Marie-Antoinette, reine aux goûts fastueux, possédait une collection de bijoux d'une valeur inestimable. Elle ne se contentait pas de porter ses bijoux, elle les transformait selon ses humeurs et les circonstances, inventant une innovation modulaire révolutionnaire qui permettait de créer de nouveaux effets à partir des mêmes pierres. Un collier pouvait devenir broche, une tiare se métamorphoser en parure de corsage.

Bien avant Marie-Antoinette, Catherine de Médicis avait posé les bases de l'art joaillier français. Cette reine d'origine italienne apporta à la cour de France un raffinement inédit, important les techniques de ses orfèvres florentins. Visionnaire, elle comprit très tôt que les bijoux constituaient un moyen d'affirmer la grandeur de la France face aux autres cours européennes.

Élisabeth d'Autriche, plus connue sous le nom de Sissi, révolutionna l'art de porter les bijoux au XIXe siècle. Cette souveraine romantique privilégiait les pièces délicates, souvent ornées de motifs floraux et d'étoiles. L'impératrice d'Autriche-Hongrie possédait notamment une collection de broches représentant des étoiles, qu'elle portait dans ses cheveux lors des grandes occasions.

La famille royale britannique a longtemps incarné une certaine tradition dans l'art de porter les bijoux. Pourtant, des figures comme la reine Victoria ou plus récemment Elizabeth II ont su faire évoluer ces codes séculaires. Elizabeth II, quant à elle, démocratisa l'usage des bijoux royaux en les portant lors d'occasions moins solennelles. Ses broches, souvent héritées de ses aïeules, devinrent de véritables marqueurs de sa personnalité.

Exemple de diadème inspiré des collections royales, créé par une maison de haute joaillerie moderne.

Aujourd'hui, les maisons de joaillerie les plus prestigieuses continuent de puiser leur inspiration dans l'héritage royal. Cartier, Van Cleef & Arpels, Chaumet ou encore Boucheron créent des collections entières inspirées des parures historiques. Les tiares se transforment en colliers portables au quotidien, les parures de corsage deviennent des broches modernes, les rivières de diamants s'allègent pour s'adapter aux tenues actuelles.

L'influence des reines ne se limite pas aux seuls aspects esthétiques. Les techniques développées pour leurs bijoux exceptionnels continuent d'être utilisées aujourd'hui. Le serti invisible, perfectionné pour les parures de l'impératrice Eugénie, reste une technique de référence. Ces innovations techniques, nées de la volonté des reines de posséder des bijoux toujours plus exceptionnels, ont fait progresser l'art joaillier dans son ensemble.

Les reines d'Europe ont également révolutionné l'art de collectionner les bijoux. Contrairement aux hommes qui privilégiaient souvent les objets d'art, elles constituèrent de véritables trésors joailliers qu'elles transmettaient de mère en fille. Ces collections royales, souvent dispersées au gré des révolutions et des guerres, continuent de fasciner les collectionneurs contemporains.

L'héritage des reines ne se cantonne pas à la haute joaillerie. Leurs innovations ont également influencé la création de bijoux plus accessibles. Les motifs floraux chers à l'impératrice Joséphine se retrouvent aujourd'hui dans de nombreuses collections grand public. Cette démocratisation de l'esthétique royale permet à chaque femme de s'approprier une part de cette élégance historique. L'héritage des reines en matière de joaillerie dépasse largement le cadre de l'histoire de l'art. Ces femmes d'exception ont créé un art de vivre, une manière de concevoir la féminité et l'élégance qui continue d'inspirer nos contemporains.

La fuite des joyaux des Habsbourg : une saga familiale

Les historiens pensaient les joyaux cachés par les nazis, démontés ou perdus. En réalité, ils n'avaient jamais quitté la famille du dernier empereur d'Autriche. Alors que son pays signe, le 3 novembre 1918, l'armistice qui mettra fin à la participation de l'Autriche à la Première Guerre mondiale, l'empereur Charles Ier d'Autriche assiste, impuissant, aux prémices d'une révolution. Le crépuscule de l'un des plus illustres empires du continent européen est proche et, sentant le vent tourner, le souverain fait transférer en Suisse une partie des joyaux familiaux des Habsbourg.

Le 12 novembre, l'empereur abdique et la république est proclamée. Il faudra pourtant 5 mois pour que la famille impériale prenne le chemin de l'exil, jusqu'à la République helvétique, laissant derrière elle la quasi-totalité de ses biens. Constitué au XVIIIe siècle par l'impératrice Marie-Thérèse, la collection des joyaux familiaux échappe ainsi aux lois confiscatoires votées par le nouveau régime, à l'inverse des joyaux de la Couronne.

L'ensemble consiste en plusieurs pièces d'importance sentimentale, comme une montre ayant appartenu à la reine Marie-Antoinette, née archiduchesse d'Autriche, une décoration de l'ordre de la Toison d'or, plusieurs broches ainsi qu'une épingle à chapeau ornée du diamant "le Florentin", dont la couleur jaune se déploie sur plus de 137 carats.

L'empereur Charles Ier laisse derrière lui 8 enfants et sa femme, l'impératrice Zita. La famille prend rapidement le chemin de l'Espagne, puis de la Belgique, où ils demeurent jusqu'à l'éclatement de la Seconde Guerre mondiale. Opposée au régime nazi et à l'Anschluss, Zita s'enfuit in extremis au Canada alors que les troupes allemandes envahissent la Belgique, en 1940, laissant les joyaux à la merci des nazis. Ou du moins, c'est ce que les historiens pensaient jusqu'à aujourd'hui.

L'impératrice Zita entourée de sept de ses enfants lors de son exil canadien.

Sur son lit de mort, l'impératrice Zita a fait jurer à ses héritiers de ne révéler l'information seulement 100 ans après la mort de Charles Ier, pour des raisons de sécurité. C'est à présent chose faite. « La famille exposera publiquement les biens au Canada en guise de reconnaissance pour le pays et pour la protection que son peuple a offerte à la famille », précise un communiqué, indiquant que la date et le lieu restent encore à préciser.

Exemples de bijoux familiaux et leur transmission

Divers exemples illustrent la richesse et la transmission des bijoux au sein de la famille Habsbourg et d'autres familles nobles autrichiennes :

  • Lors de son mariage religieux à Pellendorf (Autriche), Gabriela, comtesse de Khevenhüller-Metsch, porte le diadème de sa famille.
  • Pour dire OUI à l'archiduc Pál de Habsburg-Lothringen en la cathédrale Saint-Martin, Antonia Lütz porte le diadème que la princesse Anna-Eugenie d'Arenberg (grand-mère du marié) arborait lors de son mariage avec l'archiduc Felix d'Autriche en 1952.
  • La comtesse Leonie von Waldburg-Zeil-Hohenems, pour son mariage avec le comte Caspar Heinrich Matuschka, porte en diadème un collier de Koechert offert en cadeau de mariage à son arrière-grand-mère, l'archiduchesse Elizabeth-Françoise (Ella) d'Autriche-Toscane, par l'empereur François-Joseph d'Autriche en 1912.
  • L'archiduchesse Ildikó de Habsbourg-Lorraine porte un diadème ayant appartenu à la princesse Louise d'Orléans (1882-1958), prêté par V Muse Jewelry.
  • Une broche, cadeau de Noël de Sissi à sa fille Marie-Valérie, est mentionnée.
  • Un bijou signé A.E.Koechert, offert en 1900 par ce dernier à une actrice autrichienne, "Amie" de l'empereur François-Joseph, fut vendu au Dorotheum à Vienne en 2011.
  • Une croix en or, ornée de grenats de Bohême, était un cadeau de l'empereur François-Joseph d'Autriche-Hongrie à son épouse et fut souvent portée.
  • Réalisé par A.E. Köchert à Vienne, un diadème en diamants fut le cadeau de mariage de Marie-Valérie (la plus jeune fille de Sissi) à sa fille Hedwig lorsqu'elle épousa le Comte Bernhard Stolberg-Stolberg en 1918. Ce diadème peut se diviser en sept broches et a été vendu par des descendants au Dorotheum en 2018.
  • Un collier ras-du-cou porté actuellement a fait partie de l'écrin de la jeune impératrice Zita.

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