Le Renouveau de la Bijouterie sous le Premier Empire
Sous le Premier Empire, Napoléon Ier a grandement contribué à la relance de la bijouterie-joaillerie. Il est à l'origine de la fondation à Paris d'une école de glyptique et a œuvré au rassemblement et à l'enrichissement de la collection des bijoux de la Couronne, fragilisée par la Révolution. Ces trésors nationaux étaient portés par l'impératrice Joséphine, qui possédait une passion dévorante pour les bijoux.

L'Influence de l'Antiquité sur la Mode et la Bijouterie
L'influence de l'Antiquité, déjà présente dans la bijouterie, se manifeste également dans la mode de l'époque. La célèbre « robe empire », caractérisée par sa couleur claire, son encolure souvent carrée, ses manches ballon et sa taille sous la poitrine, est directement inspirée de la statuaire grecque.
À la fin du XVIIIe siècle, les bijoux, associés aux aristocrates de l'Ancien Régime, ne cadraient pas avec les idéaux républicains. Les parures se sont alors adaptées à la simplicité des robes empire. On retrouve des bracelets joncs, des chaînes ciselées de motifs géométriques inspirés de l'Antiquité, portés en accumulation. Les bagues ornaient chaque doigt, tandis que les joncs habillaient les bras, des poignets aux biceps.
Pour celles qui ne souhaitaient pas renoncer à leurs cheveux pour suivre la mode, ils étaient relevés en chignon haut à l'aide d'un bijou de tête. Le portrait de Madame Tallien par Duvivier illustre cette tendance. Le peigne, bien que populaire tout au long du XIXe siècle, s'est véritablement démocratisé sous le Premier Empire.
Le Retour du Bijou sur le Devant de la Scène
Malgré une tendance à la modération, Napoléon et Joséphine ont contribué à remettre le bijou au premier plan. La bijouterie n'a pas échappé à l'influence néo-classique qui soufflait sur la mode. Si l'inspiration de l'Antiquité grecque avait déjà favorisé le retour des motifs géométriques comme les feuilles d'acanthe et les volutes architecturales, le Premier Empire a donné une nouvelle dimension au fantasme de l'Antiquité romaine.
Bien que ce mouvement ait débuté au milieu du XVIIIe siècle avec les fouilles d'Herculanum (1738) et de Pompéi (1748), la campagne d'Italie de Napoléon (à partir de 1796-1797) a ravivé l'enthousiasme pour l'Antiquité. C'est l'apogée de la glyptique, avec une prédilection pour les camées. Ces derniers, sertis sur des diadèmes, des colliers, des bracelets et des boucles d'oreilles, ont envahi la bijouterie de l'époque.

Nouvelles Inspirations Égyptiennes et Matériaux
La seconde campagne de Napoléon en Égypte (1798-1801) a également introduit de nouveaux motifs dans la bijouterie, marquant le début du Renouveau Égyptien.
Dans un autre registre, les bijoux en pointe d'acier étaient également à la mode. L'inventaire de la cassette personnelle de Joséphine de Beauharnais révèle qu'elle possédait plusieurs parures en acier. La famille impériale a également largement contribué à la mode du corail, une tendance compréhensible étant donné les origines corses de Napoléon.
La Mutation de la Bijouterie après la Chute de l'Empire
La chute de l'Empire a coïncidé avec une mutation dans la manière de se parer, et le bijou n'a pas échappé à cette transformation. Le néo-classicisme de Napoléon et Joséphine a laissé place à de nouvelles sources d'inspiration. Pour la première fois dans l'histoire, les modes n'étaient plus dictées par une cour. Auparavant, l'Angleterre donnait le ton pour le costume masculin et la France pour l'habillement féminin.
Durant les années entre les deux Empires, sous les règnes successifs de Louis XVIII, Charles X et Louis-Philippe Ier, l'affirmation d'une bourgeoisie enrichie a vu le jour, dictant désormais ses propres goûts. Les robes ont retrouvé du volume : les jupes se sont raccourcies et évasées, les manches sont devenues plus bouffantes, notamment avec la mode des « manches gigot ». La taille marquée a retrouvé sa place naturelle, et le décolleté a mis en valeur la naissance des épaules, favorisant le port de longues boucles d'oreilles.
Innovations Techniques et Nouvelles Tendances
La démocratisation de la couleur bleue, évoquée dans notre article dédié, pourrait être liée à la mise au point dans les années 1830 d'un substitut synthétique au lapis-lazuli. Par ailleurs, la difficulté d'accès aux matières premières, qui a marqué le premier quart du XIXe siècle, est restée une préoccupation. Les bijoutiers ont donc trouvé des subterfuges, comme sertir les diamants dans de larges chatons d'argent.
En dépit de l'apparition du serti griffe, les pierres étaient souvent montées « sur clinquant » ou « sur paillon », c'est-à-dire sur une fine couche d'aluminium qui conférait à l'origine un éclat accru à la gemme. C'était particulièrement le cas pour les diamants et les grenats.

Techniques d'Ornementation et Styles
Une attention particulière a été accordée au travail de l'or, avec notamment la vogue du grènetis. Cette technique consiste à créer des motifs délicats au moyen de petites billes de métal précieux, souvent l'or, juxtaposées. Citons également la canetille, un autre procédé ornemental basé sur un fil de métal enroulé.
C'est également à cette période qu'est apparu l'estampage, permettant de créer, sur une surface malléable destinée à se solidifier, un motif en creux ou en relief au moyen d'un moule. On retrouve parfois sur les pièces d'époque un mélange d'ors colorés, le plus souvent jaune et rose, mais aussi l'or vert.
L'Orientalisme et le Romantisme dans la Bijouterie
Dans un autre style, la colonisation de l'Algérie à partir de 1830 a engendré une vague d'orientalisme, à l'image des célèbres « Femmes d'Alger » de Delacroix. Un vent de romantisme a également soufflé sur la période avec la popularité des bijoux de sentiment. Les bijoux acrostiches, dont l'initiale de chaque pierre forme un mot tendre, étaient très en vogue.
Citons également les médaillons, renfermant souvent une mèche de l'être aimé, et plus généralement les bijoux en cheveux et ceux en dents, abordés dans notre article sur les matières organiques.
Le XIXe Siècle : Entre Influence Royale et Dandyisme
Concernant la période 1837-1860, on parle parfois de « romantisme victorien ». La robe de mariée blanche, la popularisation du motif du serpent (qui atteint son pic de notoriété en 1840), et les bijoux de deuil témoignent de l'influence considérable de la reine Victoria sur la mode et la bijouterie du XIXe siècle.
Le dandysme, venu d'Angleterre, a favorisé l'essor d'une parure masculine. Les chaînes de montres, boutons de manchette, sceaux et épingles constituaient une bijouterie avant tout fonctionnelle.
Le Pendentif Médaillon : Un Bijou Emblematique
Le médaillon, le plus souvent ovale, représente la forme la plus courante du pendentif et le bijou le plus varié dans sa composition. Au XIXe siècle, il était couramment ouvrant, à charnière, et renfermait derrière une vitre une mèche de cheveux ou, après 1850, une petite photographie. Décoré au recto comme au verso, le médaillon pouvait être porté à l'endroit ou à l'envers. Il pouvait également contenir des reliques cachées et, lorsqu'il était en métal plein, être gravé ou ciselé de motifs religieux ou amoureux.
