Histoire des Bijoux Anciens et de leurs Matières (XIXe Siècle)

Au début du XIXe siècle, la France connaît une période de renouveau. En 1800, le Premier Consul, figure emblématique de Paris, instaure un climat de confiance par ses fêtes et ses nombreuses réformes. Les bijoux de famille, longtemps cachés, refont surface, signe d'un retour à la prospérité. La victoire de Marengo est célébrée avec un enthousiasme débordant.

L'année 1801 marque la neuvième année de la République, et une exposition de l'industrie nationale est inaugurée dans la cour du Louvre. Cette exposition, d'une ampleur universelle, présente des produits de toutes natures, signalant la lente reprise de la bijouterie. Les ateliers, désorganisés par l'abolition des corporations, se reforment progressivement, redonnant vie à cet art.

Sous l'impulsion des victoires de Bonaparte, le plaisir de vivre revient, et le bijou s'inscrit comme un élément de cet engouement retrouvé. Cependant, un contemporain, G. Cerfbeer, décrit avec une certaine réserve les bijoux de cette époque, les jugeant d'une "pauvreté d'imagination remarquable". Il cite des pièces comme des armilles en forme de serpent, des anneaux unis, des colliers de corail, des camées et des peignes en filigrane, qui, malgré leur simplicité apparente, étaient considérés comme d'une grande élégance.

Représentation d'une armille en forme de serpent, typique du début du XIXe siècle.

L'Ère Napoléonienne et la Restauration : Tendances et Matériaux

La famille Bonaparte joue un rôle notable dans le paysage joaillier. Pauline Bonaparte, par sa beauté, a inspiré la création de somptueux bijoux, dont un remarquable ensemble "Antique". Le grand camée du 1er siècle, volé en 1804 et retrouvé à Amsterdam, est restitué au cabinet des Médailles en 1805, puis reçoit une nouvelle monture en bronze doré en 1807. Les diadèmes, notamment ceux de style "voiture française", sont considérés comme des ornements de grande distinction.

Le nom de "jeannette" est donné à une multitude de petites croix, fabriquées en or, argent, vermeil et pomponne. Les pierres fines telles que les améthystes, les péridots et les aigues-marines sont utilisées, souvent entourées d'un fil ténu de métal. Des motifs minuscules ou de petites rosaces estampées complètent ces créations. Les montres pour hommes se parent de "breloques", et certaines pièces sont attribuées à la maison Mellerio.

La bijouterie occupe une place importante dans l'industrie. Les tours de tête et les diadèmes sont particulièrement prisés, parfois même demandés dans une couleur spécifique. Cependant, certaines productions d'échoppe sont critiquées pour leur manque de style et de goût, malgré la faveur accordée aux camées.

L'abdication de Napoléon en 1814 et l'avènement de la Restauration marquent une période de transition. Les Bourbons, soutenus par les Anglais, finissent par occuper le trône. Si une certaine pruderie s'installe dans les mœurs, entraînant une diminution du port de bijoux, les symboles royaux comme la fleur de lys remplacent les abeilles et les aigles. Les femmes portent des toques ornées de perles et des plumets sertis de diamants.

Durant cette période, des maisons comme Dubuisson, Paul Frères, Petiteau, Bénière, Caillot et Robin fabriquent de grandes parures, bien que les pierres utilisées soient souvent de second choix. L'écrin de maroquin au chiffre couronné d'Amélie, impératrice du Brésil, témoigne de l'élégance de l'époque, avec ses médaillons circulaires ornés de lettres gothiques.

Exemple d'un écrin de maroquin du début du XIXe siècle.

Le Romantisme et le Goût du Moyen Âge

Le début du XIXe siècle voit l'émergence d'un engouement pour le Moyen Âge, stimulé par des œuvres littéraires comme le "Génie du Christianisme" de Chateaubriand. L'art médiéval devient une source d'inspiration majeure, bien que souvent mal compris et donnant lieu à des pastiches. Les imitations d'orfèvreries et de bijoux des XVe et XVIe siècles, bien qu'imparfaites, témoignent de cet intérêt.

Des artistes renommés collaborent avec les orfèvres et bijoutiers, tels que Pradier, Feuchères, Cavelier, Klagmann, Liénard, Triquety et Geoffroy. Froment Meurice, avec son goût fin et son invention large, se distingue particulièrement. Victor Hugo et Théophile Gautier immortalisent son talent. Il devient l'orfèvre patenté de la ville de Paris et est reconnu dès 1839 à l'exposition nationale.

Le fils de Froment-Meurice perpétue la tradition familiale, comme en témoigne un bracelet de 1835 et un pendant qui illustre sa fidélité aux styles paternels. Morel, associé à Duponchel, innove dans l'orfèvrerie et la bijouterie, apportant une allure plus originale et personnelle aux créations. La figure humaine est réintroduite dans la composition des bijoux, ajoutant un accent expressif.

Wagner, venu d'Allemagne, devient chef d'école, faisant revivre le repoussé. Il se fait remarquer aux expositions de 1834 et 1839 aux côtés de Froment-Meurice. Des collaborateurs éminents comme Pradier et Feuchères contribuent à leurs œuvres. Le travail de ciselure est enseigné par l'orfèvre Fauconnier à ses neveux Fannière, qui joueront un rôle important dans l'orfèvrerie de la fin du XIXe siècle.

La parure de perles blister naturelles, datant des années 1820-1825, comprend un collier, des boucles d'oreilles et trois broches, ornés de motifs floraux. L'orfèvre Biennais développe un atelier de joaillerie, avec des montures plates et peu décorées.

Exemple de parure de perles blister naturelles des années 1820-1825.

Le Second Empire : Luxe et Influences Antiques

Sous le Second Empire, les bijoux deviennent imposants et luxueux. Les pierres précieuses, telles que les rubis et émeraudes, sont abondamment utilisées dans des parures inspirées de la Renaissance et du style gothique. Frédéric Boucheron, pionnier de la joaillerie, ouvre sa première boutique en 1858, initiant un art de l'élégance et de la liberté, inspiré par l'architecture et la nature.

L'invention de la crinoline "cage" en 1856 coïncide avec le port de boucles d'oreilles pendantes de plus en plus longues. Les camées aux motifs parfois grossiers, appelés à tort "pierre de lave", sont montés sur du "pomponne" en broches ou bracelets.

L'acquisition de la collection Campana par Napoléon III influence la création joaillière, donnant naissance au style néogrec. Les bijoux antiques, notamment le style étrusque, connaissent un grand succès. Le bracelet porte-bonheur, composé d'une bande plate en or rouge poli, uni ou repercé, devient populaire.

Les maisons comme Chaumet, Cartier, Boucheron, Van Cleef et Arpels, et Mauboussin marquent cette période. Le platine, métal noble, révolutionne la conception du bijou, permettant des montures invisibles et une mise en valeur accrue des diamants. L'or gris apparaît en 1918.

L'Art Rétro, des années 1940-1950, se caractérise par des bijoux somptueux, sculpturaux et volumineux, tels que les chevalières et les bagues Tank. Durant la guerre, la rareté des pierres entraîne l'utilisation de pierres synthétiques et la récupération de diamants issus de bijoux en platine.

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Matériaux et Techniques : Une Évolution Constante

Les matériaux utilisés dans la bijouterie du XIXe siècle sont variés. L'or, l'argent et le vermeil sont couramment employés. Le filigrane, technique d'orfèvrerie consistant à former des fils métalliques fins, est utilisé pour créer des motifs délicats. Le repoussé, technique de martelage du métal pour créer des reliefs, est remis à l'honneur.

Les pierres fines telles que les améthystes, les péridots, les aigues-marines, les grenats, les topazes et les citrines sont privilégiées, souvent serties dans des montures en or ou en argent. Les perles, naturelles ou blister, sont également très appréciées, notamment dans les colliers et les boucles d'oreilles.

Les camées, gravés sur des pierres semi-précieuses ou des coquillages, racontent des histoires mythologiques ou familiales. Les émaux, utilisés pour ajouter de la couleur et de la finition aux bijoux, sont également présents.

Le XIXe siècle voit également l'essor de nouvelles techniques et de nouveaux matériaux. Le platine, plus résistant et plus blanc que l'or, devient un métal de prédilection pour les montures de diamants. L'invention des procédés électro-chimiques permet de nouvelles applications, comme le dépôt de couches métalliques.

Les recueils de dessins de bijoutiers, tels que ceux de la maison Morel & Cie, témoignent de l'intense créativité de l'époque. Ces dessins, réalisés à la main, montrent l'évolution des styles, des matériaux et des techniques, offrant un panorama précieux de la bijouterie romantique et du Second Empire.

Exemple de dessin de modèle de bijou du XIXe siècle, montrant l'utilisation de différentes techniques et matériaux.

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