L'Époque Protogéométrique en Grèce : Une Période de Transition
L'époque protogéométrique, qui s'étend approximativement de 1050 à 900 av. J.-C. en Grèce, marque une période de transition culturelle et artistique significative. Fondée sur l'évolution des styles céramiques, elle se distingue nettement des formes mycéniennes antérieures. Cette ère s'inscrit au cœur des « siècles obscurs », une période initialement peu documentée, et coïncide avec l'apparition du fer dans les cultures grecques. Le protogéométrique succède au style Submycénien et précède l'époque géométrique (vers 900 à 700 av. J.-C.).
Le découpage chronologique de la Grèce très ancienne nécessite quelques précisions. L'Helladique correspond à l'Âge du bronze en Grèce continentale. La fin de l'Helladique Récent IIIC (environ 1120 à 1070 av. J.-C.) et le Submycénien (environ 1070 à 1020 av. J.-C.) témoignent de la disparition progressive des palais mycéniens. En Attique, la période Submycénienne se prolonge après 1020 av. J.-C. et s'achève vers 900 av. J.-C. avec la généralisation du style géométrique ancien, marquant une rupture stylistique nette avec les périodes précédentes.

L'apparition du fer durant cette période se caractérise par la rareté des objets en fer, qui ne sont pas encore considérés comme des objets de prestige. Cette période est marquée par une rupture avec l'univers mycénien, dont les vestiges subsistaient malgré la fin des palais, survenue peu après 1200 av. J.-C. Les destructions massives qui ont ravagé la Méditerranée orientale, attribuées aux « Peuples de la Mer », ont été précédées par des phénomènes internes en Égée. Les recherches actuelles remettent en question la théorie d'une « invasion » dorienne, s'appuyant sur des analyses linguistiques et chronologiques.
La chronologie moderne permet de distinguer les destructions massives des nouveaux phénomènes socio-culturels qui leur succèdent. L'incinération, par exemple, ne se généralise que 150 ans après les destructions, et l'introduction du fer intervient environ au milieu du XIe siècle av. J.-C., soit également 150 ans plus tard. Les « Peuples de la Mer », mentionnés dans les textes égyptiens, provenaient de diverses régions méditerranéennes, incluant potentiellement la Sardaigne, la Sicile, ainsi que des groupes achéens et philistins.
L'effondrement du système mycénien, antérieur à ces migrations, pourrait être lié à des facteurs internes tels que la fiscalité excessive, la conscription des paysans, ou l'esclavage. Les raids des princes mycéniens ont également pu déstabiliser la région. De plus, des études climatiques révèlent des sécheresses récurrentes autour de 1200 av. J.-C., ayant entraîné de mauvaises récoltes.
L'Art Céramique Protogéométrique
La production d'objets de luxe a diminué massivement, ne se maintenant que dans les régions où une certaine richesse subsistait, issue d'héritages ou de pillages. Cependant, de nouvelles productions apparaissent, comme le type d'épée « Naue II », originaire d'Europe centrale ou d'Italie, qui se répand rapidement. De nouvelles céramiques, façonnées à la main et d'origine étrangère (Italie, Balkans, Macédoine, Épire), font également leur apparition. Durant le XIIe siècle (1180-1070 av. J.-C.), l'art mycénien post-palatial subsiste de manière limitée, avec des céramiques de qualité présentant encore des décors variés, notamment des représentations d'animaux et des scènes de bataille navale.
La céramique protogéométrique se distingue par plusieurs caractéristiques. L'argile est mieux épurée, et la peinture noire à lustre particulier, typique de la céramique grecque, atteint sa pleine maîtrise. Ce procédé implique une phase oxydante dans le four, suivie d'une phase réductrice pour obtenir la couleur noire à haute température (1000° C). Au XIe siècle av. J.-C., l'usage de demi-cercles et de cercles concentriques dessinés au compas devient caractéristique de cette période. Le style géométrique ancien (900-850 av. J.-C.) reprendra ces éléments en les organisant de manière plus complexe.

La céramique protogéométrique précède le décor dit « géométrique », mais ses motifs sont différents. La maîtrise de la forme du pot sur son axe et l'usage de décors à larges bandes horizontales ou de filets horizontaux témoignent de l'utilisation du tour à rotation rapide. Ce développement permet une plus grande liberté dans la création de formes et la fabrication de vases aux parois plus fines et plus grandes.
L'usage généralisé du compas, souvent marqué par la trace de sa pointe, et muni de brosses à peindre, permet la création de cercles et demi-cercles concentriques parfaits. Ces motifs, d'égale largeur et espacement, peuvent aller jusqu'à 12 cercles. Les parties peintes mettent en valeur les différentes sections du récipient : pied, panse, col, lèvre et anses. L'aspect global des poteries est sobre, avec des couleurs de peinture allant du noir, gris-noir, brun, rouge, orange clair, parfois avec un engobe jaune ou jaune-rouge.
Plusieurs motifs sont récurrents : la bande horizontale ou ondulée, les cercles et demi-cercles concentriques, la ligne droite, les hachures, le triangle, le carré, le losange, le zigzag, l'arête de poisson, le disque et la roue à 8 rayons. L'amphore à deux anses est un modèle courant, décorée sur l'épaule d'arcs de cercle concentriques, de bandes et de filets, ainsi que de traits verticaux à la base du col. Un filet pouvait orner l'anse, et plusieurs autres le col. Ces amphores étaient utilisées comme urnes cinéraires, celles avec des anses verticales étant réservées aux hommes et celles avec des anses horizontales aux femmes.
La céramique funéraire montre la prédominance de vases fermés, tels que l'amphorisque à anse verticale et à embouchure large, notamment à Chalcis. Les premières hydries attiques datent de la fin de l'Helladique Récent IIIC et se retrouvent durant la période protogéométrique. Les sites de production se répartissent en Attique, notamment le cimetière du Céramique à Athènes, ainsi qu'en Eubée (Érétrie, Chalcis) et sur le site de Lefkandi, un centre majeur de production en lien constant avec Chypre et la Crète.

À Athènes, en Eubée, à Skyros et à Rhodes, le protogéométrique récent voit l'apparition soudaine de petites figurines, similaires aux « idoles-cloches » de Béotie datant de la fin du VIIIe siècle av. J.-C. Ces objets semblent appartenir à un rite funéraire récurrent sur plusieurs siècles dans le monde grec, retrouvé dans des tombes d'enfants et de femmes.
Le site antique de Lefkandi a livré une figurine exceptionnelle de centaure, haute de 36 cm, dont le corps est décoré de hachures et de formes géométriques. Cette figurine, possiblement une représentation de Chiron, devait avoir une forte valeur symbolique, son corps ayant été retrouvé dans une tombe et sa tête dans une autre.

Peu d'habitats du XIe siècle av. J.-C. sont connus, et les tombes sont généralement simples et pauvres, les tombes à ciste remplaçant les tombes à chambre dans toute l'Égée. La nécropole la plus représentative se trouve au Céramique, à Athènes. Vers 1050 av. J.-C., le recours à la crémation se généralise au Xe siècle, se propageant dans toute l'Égée, ainsi qu'en Europe centrale et occidentale.
Les tombes elles-mêmes varient régionalement. Le site de Lefkandi a révélé une tombe complexe datant de la fin du protogéométrique (fin du Xe siècle av. J.-C.), contenant les restes de quatre chevaux et une fosse double avec les restes d'une femme inhumée et d'un homme incinéré dans une amphore en bronze chypriote. Ces tombes étaient situées sous un bâtiment de grande taille.
À quelques exceptions près, les habitats ne présentent plus de hiérarchie claire, à l'exception de la Crète (Cnossos). Cependant, certaines habitations plus étendues suggèrent des sociétés à « big men » ou chefs temporaires. Au XIe siècle av. J.-C., certains sites d'habitat, comme à Cnossos, s'étendent en plaine, tandis qu'ailleurs, on préfère se maintenir sur des sites élevés du XIIe siècle, considérés comme des refuges. La tendance au protogéométrique est plutôt à redescendre vers des lieux plus accessibles. Les fortifications sont rares ou inexistantes.
Les anciens villages mycéniens perdent leur aspect antérieur, et les modes de construction ont probablement changé. La forme des bâtiments subsistants, avec un fondement en moellons, évolue de la maison mycénienne quadrangulaire à des bâtiments longs avec une abside.

Cette époque voit de nouveaux dépôts funéraires dans des tombes de jeunes femmes, apportant un éclairage nouveau sur la classification des tombes anciennement attribuées à des « enfants ». Une certaine continuité avec la période géométrique, caractérisée par le contenu de ces tombes féminines, est observée. Les archéologues s'accordent sur le fait qu'il s'agit d'une société agricole, avec de grands vases de stockage, des meules et des foyers. La céramique de cuisine est également montée à la main.
Les rois homériques seraient en partie le reflet de la société qui précède le VIIIe siècle av. J.-C., époque de la composition des poèmes homériques, et auraient dominé la société agricole du protogéométrique et du géométrique.

Le Cimetière Wisigoth d'Estagel : Bijoux et Pratiques Funéraires
Après la mise à sac de Rome en 410, les Wisigoths s'établissent en Gaule, fixant leur capitale à Toulouse. Le cimetière wisigoth d'Estagel, situé dans les Pyrénées-Orientales, a été mis au jour au milieu du XIXe siècle. Les fouilles successives, menées entre 1888 et 1948, ont révélé environ 200 sépultures.
Les sépultures sont groupées densément et organisées selon des alignements parallèles. Généralement composées d'une fosse avec des dalles de schiste formant une sorte de cercueil, elles accueillent des défunts habillés, inhumés avec leurs parures et des objets d'usage domestique. Malgré une certaine pauvreté, le mobilier est homogène et se caractérise par l'absence de céramique et d'armement. Les tombes de femmes et d'enfants sont plus nombreuses que celles des hommes, manifestant une modestie similaire dans le mobilier funéraire.
Cependant, deux sépultures féminines se distinguent par des parures exceptionnelles. La sépulture n°8, découverte lors des fouilles de 1935-1937, contenait une grande plaque-boucle rectangulaire en bronze à décor de verroteries bleues et jaunâtres cloisonnées, une technique populaire au haut Moyen Âge consistant à créer des décors à l'aide de parois verticales. Quatre caissons renferment une étoile à huit branches et l'ardillon est terminé par une tête d'ophidien stylisée. Une grande fibule ansée en bronze à cinq digitations, rehaussée de verroteries et décorée de motifs en forme de spirales, a été retrouvée sur l'épaule gauche de la défunte. Au cou, des éléments d'un collier ont été exhumés : trois perles de verre côtelées et une petite monnaie de Constantin.
La sépulture n°117, fouillée en 1946-1947, est également attribuée à une femme. Elle contenait une paire de fibules ansées dissymétriques à têtes d'oiseaux sur le torse, une épingle gravée de zigzags, quelques perles, une boucle en fer et une petite boucle de chaussure en alliage cuivreux.
Le mobilier funéraire du cimetière d'Estagel, notamment les fibules digitées à arc et les plaques-boucles rectangulaires décorées de verroteries, relève de la civilisation wisigothique. Les fibules, façonnées et portées par paire, sont caractéristiques des régions à peuplement wisigothique. Contrairement aux Francs, les femmes wisigothes les portaient au niveau de l'épaule, suivant une coutume d'origine germanique orientale. Les études sur les restes de textiles découverts à Estagel ont toutefois démontré que les tissus portés par les défunts étaient de tradition romaine, indiquant une mode à la croisée des influences gothiques et romaines.
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