La pierre bleue, également connue sous le nom de pierre de Soignies, est une roche de couleur bleu gris extraite principalement des provinces belges du Hainaut, de Namur et de Liège. Son utilisation en architecture remonte à la fin du Moyen Âge. Il s'agit d'une roche sédimentaire d'origine marine, composée de fossiles d'organismes marins cimentés par une boue calcaire. Initialement extraite dans de nombreuses petites carrières, notamment dans le bassin de Soignies, à Clavier et Sprimont en Belgique, son extraction a été industrialisée dès 1668.

La pierre bleue dans l'Avesnois : une richesse patrimoniale
La pierre bleue est un matériau emblématique de l'Avesnois, constituant une véritable richesse depuis l'Antiquité. Sa formation, datant de l'intervalle de 50 millions d'années entre -380 et -330 millions d'années (périodes du Dévonien moyen et du Carbonifère inférieur), s'est produite dans des mers chaudes et calmes où foisonnaient des organismes marins dont les restes se sont accumulés pour former des dépôts de calcaire pouvant atteindre 500 mètres d'épaisseur.
Cette roche calcaire compacte, d'âge primaire, est constituée de coraux, d'algues et de crinoïdes, souvent riches en fossiles. Sa couleur bleu gris à bleu noir provient de la matière organique enfermée à l'abri de l'oxygène dans un milieu aquatique. Certaines couches se sont formées au Dévonien (Givétien et Frasnien, entre -380 et -360 millions d'années) et affleurent dans les secteurs de Bavay-Gussignies et de Fourmies-Wallers-en-Fagne. D'autres bandes se sont formées au Carbonifère (Tournaisien et Viséen, entre -360 et -330 millions d'années).

Traces historiques de l'exploitation de la pierre bleue
Les premières traces du travail de la pierre bleue remontent aux chantiers gallo-romains de la cité de Bavay (Bagacum). Les édifices antiques de cette époque témoignent de l'exploitation de ses qualités architecturales et esthétiques. Les carrières de Houdain-lez-Bavay et de Bellignies ont fourni la pierre nécessaire à la construction des édifices romains du IIe au IVe siècle. Le calcaire y était appelé "sarrazyn", et les anciennes galeries souterraines sont connues sous le nom de "trous des Sarrazyns".
Au Moyen Âge, et plus particulièrement au XIXe siècle, la pierre bleue fut principalement utilisée pour les monuments architecturaux, le dallage des parvis d'églises, les fondations et les murs d'habitations, souvent associée à la brique rouge. Les églises, les cimetières anciens, les maisons, les moulins et les oratoires ornés de cette pierre, plus ou moins anciens, embellissent encore aujourd'hui les paysages de l'Avesnois.
La pierre bleue trouvait également une grande utilité à l'intérieur des maisons, notamment pour les cheminées avesnoises typiquement travaillées. De nos jours, ce matériau est employé dans divers éléments de décoration intérieure : revêtements de sol, parements muraux, plans de travail, éviers, etc. La pierre bleue est à la fois une pierre à bâtir et une pierre d'ornement.

Le village de Wallers-en-Fagne, cœur de la pierre bleue
Wallers-en-Fagne, surnommé le "village de la pierre bleue", est un lieu emblématique où ce matériau est extrait et exploité depuis des siècles. Toutes ses maisons sont construites dans cette pierre gris-bleu caractéristique. La commune, bordée par une forêt, traversée par une rivière et entourée de collines boisées, offre un paysage pittoresque.
La commune a vu le jour vers le XIIIe siècle, ses habitants exploitant à la fois le bois des forêts environnantes et le calcaire bleu issu du sous-sol. Autrefois, une dizaine de tailleurs de pierre exerçaient leurs talents à Wallers-en-Fagne, le travail de la pierre bleue constituant la principale activité économique du village.
Le calcaire bleu, ou "calcaire givétien", est une pierre d'un gris bleuté, d'une grande densité, formée il y a entre 390 et 360 millions d'années. Cette veine parcourt non seulement l'Avesnois, mais aussi les provinces belges du Hainaut, de Namur et de Liège.
Bellignies, la vallée du marbre et de la pierre bleue
Le circuit de la pierre bleue à Wallers-en-Fagne
Un parcours balisé, le circuit de la pierre bleue, long de 4,2 km, permet de découvrir les curiosités locales. Ce circuit est jalonné de bornes en pierre bleue valorisant le travail de la pierre, les outils et les techniques de taille. Le parcours mène à l'église Saint-Hilaire, au moulin, et aux oratoires qui parsèment les chemins.
L'église Saint-Hilaire, construite en 1688, est entièrement réalisée en pierre bleue. À proximité, des bornes sculptées en pierre bleue s'illuminent la nuit. Sur la façade de l'église, un vitrail a été remplacé en 2011 par une pierre bleue gravée représentant les Quatre Saints couronnés, patrons des tailleurs de pierre et des maçons.
Le circuit longe la rive gauche de l'Helpe majeure et la rive droite du canal de la scierie, une dérivation de la rivière qui fournissait l'énergie hydraulique à l'ancienne scierie. Une ancienne carrière, où la pierre bleue est composée d'éponges, de coraux et de crinoïdes cimentés par de la calcite, est visible. On y distingue le trou d'exploitation d'une carrière manuelle, où des coins en bois étaient utilisés pour séparer les blocs de calcaire. Le banc de calcaire observé mesure 400 mètres d'épaisseur et s'enfonce sous le village.
L'utilisation du moulin au XIXe siècle a permis d'augmenter le rendement de la découpe de la pierre bleue, autrefois sciée manuellement à raison d'un centimètre par heure. L'ancien moulin à farine, bâti au XVIe siècle, abrite aujourd'hui les services administratifs de la carrière de pierre bleue.
La carrière du "Comptoir des calcaires et matériaux" (CCM), filiale du groupe Colas, exploite une veine de calcaire dur givétien depuis 1973. S'étendant sur une centaine d'hectares, il s'agit de l'un des dix plus grands gisements de France pour l'extraction de calcaire bleu massif, avec une production annuelle de 2 millions de tonnes de granulats. Un belvédère permet d'observer la carrière.

Le village de Wallers-en-Fagne présente une architecture originale, avec des maisons toutes construites en pierre bleue, résistante au gel et à l'érosion, se mariant harmonieusement aux ardoises de Fumay des toitures. L'ancienne forge, vêtue de pierre bleue, servait à forger les outils des tailleurs de pierre. Le centre artisanal de la Pierre Bleue, installé dans une grange du XVIIIe siècle, accueille des ateliers de tailleurs de pierre réalisant des sculptures, des parements muraux, des plans de travail et d'autres éléments décoratifs.
De nombreuses sculptures et gravures sont disséminées dans le village, dont une niche dédiée à Sainte Hiltrude. Les portes des bâtiments arborent des montants et linteaux témoignant du savoir-faire des artisans et de la richesse des propriétaires. La Place des Trieux met en avant l'atelier de sculpture de Fredy Taminiaux et les "fermes blocs" du village, caractéristiques de l'architecture locale.
Chaque année, début mai, Wallers-en-Fagne organise la "Fête de la pierre bleue", un événement incluant randonnées, brocantes, expositions, démonstrations de taille de pierre et présentations de la carrière CCM.
Marbaix et l'exploitation historique de la pierre bleue
Le village de Marbaix se caractérise par ses constructions anciennes en pierre bleue, extraite du sol marbaisien au cours des siècles derniers. Historiquement, le terme "Pierre Bleue" désignait le "Petit Granit". Ce calcaire, constitué principalement de crinoïdes (calcaire crinoïdique), se prête particulièrement bien à la taille. Le petit granit de l'Avesnois, d'un âge légèrement différent de celui de Soignies, a été largement exploité à Marbaix, où l'on comptait jusqu'à 18 carrières.
Les ingénieurs des mines Dufrénoy et Elie de Beaumont ont décrit à Marbaix "des carrières considérables, ou plutôt une longue série de carrières ouvertes sur l’affleurement des couches du calcaire carbonifère, et qui sont célèbres depuis longtemps comme fournissant des pierres de taille qu’on transporte jusqu’à une grande distance… Le calcaire a généralement la teinte d’un noir bleuâtre qui le fait désigner sous le nom de calcaire bleu". Le bâti de ce village illustre la place qu'occupait ce matériau dans les constructions.
De nos jours, Leclercq Père et fils sont les deux seuls tailleurs de pierre à Marbaix. Sur l'axe Marbaix-Sars-Poteries, à Saint-Hilaire-sur-Helpe et Haut-Lieu, on continue d'extraire de la pierre bleue pour en faire des granulats (carrière Bocahut).

Trélon et la Carrière du Château Gaillard
La Carrière du Château Gaillard, située dans la commune de Trélon, est accessible via un chemin forestier. Elle fut autrefois exploitée par la S.O.C.A.T.R.E. (SOciété des CArrières de TRElon). L'exploitation a cessé définitivement dans les années 70. La carrière, d'un diamètre de 160 mètres pour 27 mètres de profondeur, est gérée par le C.A.S.F. - Club d’Activités Subaquatiques de Fourmies.
L'accès à la carrière est interdit par le propriétaire en raison des dangers existants : risques d'éboulements et de noyade. La production y était limitée et principalement réservée à une utilisation de proximité.
Le site de Trélon se compose d'une large clairière avec un vaste parking et des emplacements pour tentes. L'accès se fait par une pente douce, une ancienne route immergée. La carrière présente plusieurs thermoclines, dont une qui fait chuter la température.

L'âge d'or et le déclin de l'extraction de la pierre bleue
Si les premières constructions en schiste remontent au Moyen Âge, comme en témoigne l'église du Vieux-Bourg, l'âge d'or de la pierre bleue se situe au XVIe siècle. Pendant deux siècles, la pierre bleue a cessé d'être travaillée au profit du tuffeau du Val de Loire. Il a fallu attendre la fin du XIXe siècle pour que l'activité des carrières de schiste reprenne.
Au début du XXe siècle, plus de trois cents personnes vivaient encore de cette activité, répartie sur une trentaine de carrières. L'arrivée du béton a marqué le déclin de cette industrie. Cependant, la pierre bleue a longtemps connu et connaît encore des usages variés, comme matériau de construction ou de sculpture.
Dans la vallée de l'Hogneau, où étaient installées la plupart des marbreries, Bellignies possédait de nombreuses carrières de pierre bleue et de marbre. Le musée du marbre et de la pierre bleue retrace l'histoire de ces entreprises. Aujourd'hui, une seule carrière subsiste sur le territoire, dont la finalité est la production de granulats pour l'industrie du béton et du ciment.
À Hon-Hergies, en 1836, on comptait 7 carrières de pierre bleue. À la fin des années 1970, il y avait encore une dizaine d'entreprises dans la région de Bavay. Toutes les marbreries ont fermé, à l'exception d'une à Hon-Hergies, tenue par la famille Walqueman depuis 1903, qui travaille la pierre bleue extraite en Belgique.
À Gussignies subsistent des traces de ce passé, comme une carrière où la nature a repris ses droits. Le centre d'initiatives pour l'environnement sensibilise à la richesse du sol et à l'histoire du village, expliquant notamment les techniques d'extraction ancestrales utilisant des coins en bois qui gonflaient dans l'eau pour faire éclater la roche.
À Bettrechies, une carrière exploitée par la société S.E.C.A.B. est ouverte dans un synclinal dessiné par le Calcaire de Givet, riche en matière organique, qui fournit la "pierre bleue". Cette carrière a révélé de nombreuses structures tectoniques.
À Fourmies, il n'y a pas eu de carrière de pierre bleue, mais une carrière d'ardoise, la carrière du Hauty. À Glageon, vers 1860, l'industrie principale était l'exploitation des mines de fer et des carrières de marbre et de pierres à bâtir. La carrière de Glageon exploite un calcaire dur givétien.
À Baives affleure l'ancien massif corallien des Monts de Baives. Le "Petit Granit" de l'Avesnois a été largement exploité sur Marbaix. À Saint-Hilaire-sur-Helpe et Haut-Lieu, on continue de nos jours à extraire de la pierre bleue pour en faire des granulats.
À Bachant, les carrières de marbre étaient nombreuses. Dufrenoy et Elie de Beaumont signalent que les carrières de Saint-Remi-Mal-Bâti et Bachant fournissent un marbre d'un beau noir foncé. À Ferrière-la-Petite, des études ont porté sur des calcaires du Viséen dans plusieurs carrières abandonnées.
À Limont-Fontaine, une carrière exploite un gisement calcaire dont la transformation en granulats est destinée aux industries des travaux publics et du bâtiment. Etrœungt possédait également au milieu du XIXe siècle des carrières importantes de pierres à bâtir.
En conclusion, bien que la pierre bleue se manifeste encore dans l'architecture contemporaine, son extraction a largement cessé sur le territoire et son activité artisanale a quasiment disparu, à l'exception de quelques tailleurs de pierre qui perpétuent leur savoir-faire.
Le marbre, autre trésor du sous-sol de l'Avesnois
À l'instar de la pierre bleue, le marbre est également présent dans le sous-sol de la région et se présente sous diverses couleurs. À la fin du XVIIIe siècle, la région de Cousolre était un important centre marbrier. Des carrières y étaient exploitées, fournissant du marbre Ste Anne de couleur gris brun, un marbre noir semblable à celui de Dinant, et un marbre rouge.
Les mesures de protectionnisme à la fin de l'Empire ont favorisé l'établissement de nombreux ateliers de marbriers belges à Cousolre. En 1830, on comptait plusieurs grands ateliers, fondés par des Belges, et une dizaine de petits. Durant la période 1840-1850, l'activité marbrière a connu une véritable révolution, avec des ateliers produisant des cheminées de style Henri II, Louis XIII et Louis XV, ainsi que des pendules.
L'industrie marbrière a atteint son apogée entre 1870 et 1914, avec une production exportée vers l'Angleterre, les Amériques et Paris. À la fin du XVIIIe siècle, Etroeungt était également un centre marbrier important.
