Vous avez remarqué ces petites chenilles dans les forêts ? Comme vous avez été plusieurs à le remarquer dans les dernières semaines, l'on observe un phénomène surprenant dans les boisés de la région montréalaise, notamment au mont Royal. Des milliers de petites chenilles velues sont suspendues au bout de fils de soie, ou se nourrissent dans la canopée.
Identification des chenilles observées
Il s'agit des chenilles de l'espèce Bombyx Disparate (Lymantria dispar), une espèce exotique provenant d'Eurasie aussi connue sous le nom de Spongieuse. Comme dans le cas de la fameuse livrée des forêts (Malacosoma disstria), une espèce indigène aussi appelée chenille à tente, son envahissement est cyclique, augmentant et diminuant au fil des années. Ces cycles permettent à la forêt et aux chenilles de maintenir un équilibre et de survivre sur le long terme. Cependant, puisqu'il s'agit d'une espèce exotique, il reste encore beaucoup à apprendre sur les fluctuations de populations en Amérique du Nord, notamment dans un contexte de changements climatiques.

Nous avions observé, sur le terrain, des milliers de masses d'œufs brunâtres sur les arbres à la fin de l'été dernier, couvertes par les femelles mortes en place.
Autres espèces de chenilles et leurs caractéristiques
Il est important de distinguer le Bombyx Disparate d'autres espèces de chenilles qui peuvent présenter des caractéristiques similaires.
Le Bombyx du chêne (Lasiocampa quercus L.)
Ce lépidoptère polyphage se retrouve sur diverses espèces de feuillus et les callunes (Bruyère).
- Œufs : Juin - Juillet, pondus en vol.
- Larves : Août - Octobre, hivernage octobre - Mai, Juin-Juillet. Chenilles brunes avec des bandes noires, poilues (pilosité rousse), avec des motifs latéraux blancs.
Le Bombyx cul-brun (Euproctis chrysorrhoea)
Ce lépidoptère polyphage des feuillus peut s’attaquer à de nombreuses espèces forestières, fruitières ou ornementales. On le retrouve principalement en lisières de forêts, dans les haies et sur les arbres isolés. Il est considéré comme une espèce urticante.
- Reconnaissance : Deux points rouges sur le dessus du corps, même chez les jeunes individus, et des lignes de courtes soies blanches sur les côtés du corps. Longues soies orangées sur le corps.
Le Bombyx à Livrée (Malacosoma neustria L.)
Observable dans de nombreux arbres : Prunelliers, Aubépines, arbres fruitiers… Les jeunes chenilles tissent une toile de soie dans laquelle elles restent groupées. En grandissant, elles se dispersent et peuvent alors être observées seules. Cette espèce est inoffensive pour l'homme.
- Œufs : Juillet - Août, ponte en spirale autour de la tige, en forme de bague.
- Larves : Avril - Juin. Tête bleue avec 2 points noirs, ligne dorsale blanche entourée de lignes oranges, bande latérale bleue.
Le Bombyx de la Ronce (Macrothylacia rubi L.)
Observable plutôt dans la végétation basse, elle se nourrit de nombreuses plantes herbacées et de certains petits ligneux comme les Ronces ou les Chèvrefeuilles.
- Œufs : Mai, pondus à la base des plantes basses, sur des tiges, ou parfois même sur les bords de fenêtre, les murs des maisons, les pots de fleurs, le mobilier de jardin…
- Larves : Février - Mars et Juillet - Octobre. Épaisse pilosité noire sur le dessous et les côtés et roux vif sur le dessus. Bandes oranges entre les segments abdominaux, tête noire.
- Chrysalides : Avril - Mai. Cocon de soie assez fin, de forme ovale et de couleur brune.
Le Gazé (Aporia crataegi L.)
Les chenilles du Gazé se nourrissent sur les Rosacées (aubépines, prunelliers…) et parfois les arbres fruitiers. Cette espèce est inoffensive et est en déclin.
La Laineuse du Cerisier (Eriogaster lanestris L.)
Les chenilles de la Laineuse du cerisier tissent une toile de soie grise dans les branches de nombreux feuillus notamment des aubépines, prunelliers, tilleuls, bouleaux, arbres fruitiers… Elles se nourrissent des feuilles de diverses espèces d’arbres et d’arbustes à feuilles caduques. Le contact peut provoquer de légères réactions cutanées chez les personnes sensibles.
- Œufs : Fin février - Avril, ponte sur branche, recouverte de poils.
- Larves : Fin avril - Juin. Gris sombre avec une ligne latérale de motifs blancs en forme de U, touffes de courtes soies rousses sur tout le corps.
La Noctuelle de la Patience (Acronicta rumicis L.)
Elle doit son nom à ses plantes-hôtes, les Patiences ou Oseilles. Les chenilles sont brun noirâtre avec des taches orangées sur le dessus et les flancs. Leur face ventrale est jaune, et leur corps, très velu est couvert de poils urticants et allergisants. Elles vivent donc en colonies, de plusieurs centaines d’individus.

Les chenilles processionnaires : un danger particulier
Il est crucial de ne pas confondre les chenilles observées avec les chenilles processionnaires, qui présentent un réel danger pour la santé humaine et animale.
Chenille processionnaire du chêne (Thaumeotopoea processionea)
Présente notamment en Alsace, Bourgogne, Ile de France, Centre, Poitou-Charentes et Midi Pyrénées, la chenille processionnaire du chêne vit en colonie et s’alimente la nuit, de juin à août, sur le feuillage, en suivant une « piste » soyeuse leur permettant de retrouver facilement le chemin du nid. La vie des chenilles avant la nymphose peut durer de 2 à 3 mois, pouvant provoquer durant ce laps de temps une défoliation complète de l’arbre atteint. Durant la journée, elles confectionnent un nid soyeux très léger dans lequel elles s’abritent et qu’elles abandonnent après chacune des 5 mues de leur développement. À la fin de leur développement, elles tissent un nid plus résistant, pouvant atteindre près d’un mètre de long, sur le tronc ou une branche maîtresse où elles se nymphosent.
- Où vit-elle ? Exclusivement dans les chênes (Chêne pédonculé, Chêne sessile…).
- Quand peut-on l’observer ? Plus tard dans l’année que la Processionnaire du pin, dès le mois de mai et jusqu’en juillet environ.
- Est-elle dangereuse ? Tout comme la Processionnaire du pin, son contact peut provoquer des réactions allergiques et des irritations : il ne faut ni s’en approcher, ni la toucher.
- Comment la reconnaître ? Elle s’observe rarement seule. Sa face dorsale est noire et ses côtés sont gris. Elle possède de longs poils blancs partant d’un petit point orange.
Chenille processionnaire du pin (Thaumetopoea pityocampa)
Avec le changement climatique, la chenille processionnaire du pin est déjà là ! En plus de coloniser de nouveaux territoires, comme la Bretagne ou l'Ile-de-France, ces larves de papillon de nuit entament leur descente des arbres de plus en plus tôt. Elles s’avèrent aussi dangereuses pour les arbres, qu’elles affaiblissent en se nourrissant de leurs aiguilles et empêchant donc leur croissance, que pour les hommes, avec leurs poils urticants pouvant entraîner de graves réactions allergiques.
- Où vit-elle ? Exclusivement dans les Pins (Pin sylvestre, Pin maritime, Pin parasol…), et parfois dans les Cèdres ou les Sapins de Douglas.
- Quand peut-on l’observer ? Les chenilles tissent des nids de soie à l’extrémité des branches, qui sont visibles tout au long de l’hiver. Au début du printemps, vers février - mars, elles quittent leur nid pour descendre au sol, en formant une procession, puis s’enterrent dans le sol pour effectuer leur nymphose (= se métamorphoser en chrysalide).
- Est-elle dangereuse ? Son contact peut provoquer de vives réactions allergiques : elle ne doit pas être manipulée ni approchée.
- Comment la reconnaître ? Elle s’observe très rarement seule. Sa face dorsale est orange barrée de noir. Sur le côté, elle possède de longs poils gris clair.
Reconnaître les chenilles processionnaires
Cycle de vie des chenilles processionnaires
Au fil des années, le cycle de vie des processionnaires reste globalement le même, même si des variations peuvent survenir en fonction de la météo et de la localisation de la région. Les individus adultes se reproduisent et pondent en haut des arbres entre juin et septembre, leurs œufs éclosent entre fin juillet et début novembre. Puis s’ensuit la nidification, où elles forment leurs nids volumineux caractéristiques, en 5 stades larvaires, entrecoupés de mues jusqu’en février. C’est à ce moment-là que débute la procession de nymphose : les chenilles quittent le nid en descendant le long des arbres pour s’enfouir sous terre, environ à 15 cm de profondeur, pour se transformer en chrysalides puis en papillon. Comme elles se situent au niveau du sol, à proximité de l’Homme et des animaux, c’est au cours de cette phase que le danger est le plus grand !
Impact sur les arbres et gestion des populations
Dans le contexte d'un milieu forestier comme le mont Royal, il n'y a malheureusement pas d'action à entreprendre pour le moment, mis à part le suivi de la dégradation engendrée et le suivi ciblé de la reproduction dans certains secteurs du parc. Lorsque ce phénomène survient ponctuellement, les conséquences sont surtout esthétiques et il ne nuit habituellement pas aux arbres qui ont de bonnes conditions de croissance. Toutefois, si la situation se présente plusieurs années de suite, certaines essences pourraient être affectées très sérieusement, voire mourir. Généralement, les arbres affectés produiront une seconde feuillaison au cours de l’été.
Sur le mont Royal, les dommages sont tout de même conséquents, notamment dans le secteur du Sommet et de l’Escarpement où certains arbres présentent un taux de défoliation de 20-30%.
La perte de feuillage (ou défoliation) diminue la capacité de photosynthèse, ce qui entraîne le ralentissement de la croissance. En forêt domaniale, l’ONF n’applique pas de traitement insecticide qui pourrait s’avérer dangereux pour d’autres espèces. La diversification des essences forestières ralentit la progression de la chenille processionnaire. Les travaux en forêt peuvent être reportés en cas de pullulation pour protéger les personnels. Les promeneurs sont invités à éviter les zones où la pullulation est importante.
Méthodes de lutte et de prévention
Lutter avec le piège à collier : Le stade de la nymphose, ou même dès la fin de l’année, est donc la période à privilégier pour l’éradiquer. Et pour cela, l’utilisation d’un piège à collier se révèle très efficace : ce système permet de lutter de façon simple, écologique et permanente en se fixant à 2 mètres de hauteur sur le tronc des arbres contaminés. Il empêche les chenilles processionnaires de descendre du pin et du chêne, en les canalisant vers un sac de collecte rempli de terre dans lequel elles vont se loger. Se croyant arrivées au niveau du sol, elles vont alors tisser leur cocon pour se nymphoser, mais se retrouvent en réalité piégées et ne pourront pas continuer leur cycle de développement. Un mois plus tard, il suffira de récupérer le sac et de l’incinérer.
Comme le font déjà de nombreuses communes françaises, l’idéal est de coupler ce piège avec l’aménagement de nichoirs à mésanges. Les chenilles processionnaires sont les larves d'un papillon de nuit.
Particuliers, pour lutter contre les chenilles dans vos bois ou jardins, consultez des professionnels agréés. Les forestiers travaillent également main dans la main avec les chercheurs pour trouver des solutions face à cette pullulation. Financement et cofinancement de thèses. Expérimentation de phéromones pour attirer les chenilles mâles lors de l’accouplement. Poser des nichoirs à mésanges près des zones infestées, ou préventivement dans votre jardin, peut s’avérer efficace.
Il est bien souvent possible de déplacer le nid de chenilles dans un autre arbre si vous souhaitez préserver à la fois l’arbre et les chenilles. Il faudra cependant prendre des précautions particulières si les chenilles sont des Bombyx cul-brun (si vous avez un doute, contactez un professionnel), en se munissant de gants et en faisant bien attention à éviter tout contact avec les chenilles. Dans le cas des autres espèces, non urticantes, la marche à suivre est simple : il suffit de couper l’extrémité de la branche où se trouve le nid, et d’aller la déposer ailleurs. Un simple sécateur et un récipient (type seau) suffisent. Si vous n’avez pas envie de toucher les chenilles à main nue, vous pouvez les faire tomber dans le seau à l’aide d’un pinceau.
Attention : ces chenilles ne peuvent pas manger tout et n’importe quoi. Par exemple :
- Bombyx cul-brun → Aubépine, prunellier, chênes, charme, saules, églantier, orme, hêtre, ronces, arbousier, argousier…
- Livrée des arbres → Aubépine, prunellier, chênes, charme, saules…
- Grande tortue → Saules, peupliers, ormes, merisier…
- Laineuse du cerisier → Aubépine, prunellier, saules, sorbier, bouleau…
- Gazé → Aubépine, prunellier, églantier, bourdaine…
- Hyponomeutes → Il existe plusieurs espèces d’Hyponomeutes.
Détruire les nids : Ce n’est évidemment pas une solution recommandée, mais dans certains cas les jardiniers choisissent de détruire les chenilles, notamment s’il s’agit de chenilles de Bombyx cul-brun, espèces considérées comme ravageuses. Cependant, si vous choisissez cette solution, faites-le en connaissance de cause : soyez sûr(e) de l’identité des chenilles que vous allez tuer. Prélever et détruire manuellement les nids de processionnaires du chêne. Cette destruction peut se faire par pulvérisation d’eau savonneuse sur les nids, puis décrochage et/ou aspiration des nids, qui seront ensuite emballés dans des sacs étanches.
Bandes de glu sur le tronc : La technique consistant à poser tout autour du tronc une substance collante, supposée empêcher les insectes de monter le long du tronc, est totalement inutile pour lutter contre les chenilles dont il est question dans cet article. Un papillon pond ses œufs directement sur les branches, il ne rampe pas le long d’un tronc. Pire encore, les bandes de glu peuvent se révéler être de véritables pièges pour la faune, et notamment pour les oiseaux et mammifères qui voudraient se nourrir des insectes piégés sur la glu.
