Le 5 octobre dernier, M. TIAN Lixiao, Consul et Chef de Poste de Chine à Papeete, a effectué une visite au Musée de la Perle à Tahiti. Ce musée, fondé par le réputé homme d'affaires Robert WAN, a accueilli le consul pour un entretien avec les responsables de l'entreprise, Bruno WAN et Richard WAN.
Lors de cette rencontre, M. Bruno WAN a partagé l'historique de l'entreprise, soulignant une coopération de longue date avec la Chine. Il a exprimé le souhait d'étendre la présence de l'entreprise sur le marché chinois en augmentant le volume d'exportation de perles vers ce pays.
Après avoir attentivement écouté la présentation du développement de la filière de perliculture en Polynésie française et les actualités relatives aux coopérations, le Consul de Chine a réaffirmé la détermination de la Chine dans sa politique d'ouverture de haut niveau. Il a assuré que cette ouverture continuerait d'offrir des opportunités de développement aux entreprises étrangères d'excellence.

Robert Wan : Un parcours singulier entre trois cultures
Dans un coin discret de Patutoa, se dresse un havre de paix, un mini village parsemé de bungalows. C'est là que Robert Wan, homme d'affaires d'envergure, accueille chaleureusement ses visiteurs. Son domicile, orné d'éléments chinois et tahitiens, reflète son identité aux multiples facettes : chinois, tahitien et français.
Né à Tahiti en 1934, Robert Wan a grandi dans la culture de ses parents, émigrés de Chine. Il se sent profondément chinois, parle couramment le hakka et a reçu une éducation chinoise, suivie d'une éducation tahitienne. Le français est venu plus tard. Il évoque son parcours scolaire, notamment ses sept années à l'école du Koo men tong et son apprentissage du français à l'âge de 13 ans, ainsi que son échec aux examens d'entrée dans la police.
Malgré une enfance modeste, marquée par la sévérité de son père mais empreinte de bonheur, Robert Wan a toujours montré une grande détermination et un goût prononcé pour le travail. Ces qualités, sans doute inculquées par son père, l'ont mené loin. Après avoir travaillé dans un cabinet de comptable, dirigé une société de glaces et yaourts, et été partenaire dans l'import-export, il a saisi l'opportunité d'acquérir une entreprise de perles avec ses frères.

L'aventure perlière : une passion née de la qualité
L'histoire d'amour de Robert Wan avec la perle a débuté il y a cinquante ans, alors qu'il avait 39 ans. Son ami japonais, Mikimoto, pionnier de la culture de la perle, lui avait prodigué un conseil fondamental : "fais de la bonne qualité et j'achèterai." Ce principe est devenu le fil conducteur de sa carrière.
Il a ainsi créé une perle d'une qualité exceptionnelle, attirant une clientèle internationale. Son atelier est aujourd'hui le théâtre de ventes aux enchères où négociants asiatiques et européens se pressent. Un négociant japonais s'émerveille de la rareté d'une perle noire de 18 millimètres aux reflets verts, estimée à 10 000 euros.
Robert Wan considère la perle comme une gemme précieuse, un produit à protéger dont la valeur augmente avec sa rareté. Il est propriétaire de deux atolls dans l'archipel des Tuamotu-Gambier - Nengonengo et Marutea - ainsi que de la petite île Aukena, où il cultive ces perles d'exception.

Défis et résilience : L'impact des affaires et de la santé
Le parcours de Robert Wan n'a pas été exempt de difficultés. Dans les années 2000, la vente d'un de ses atolls, Anuanuraro, au Pays, alors dirigé par Gaston Flosse, a entraîné des accusations de détournement de fonds publics. Bien que relaxés, cet épisode a marqué un tournant, ralentissant ses investissements en Polynésie.
Robert Wan, qui accorde rarement des interviews, partage sa philosophie : "Quand on est connu, on est connu par soi-même d'abord. On n'a pas besoin de faire de la 'politique publique'." Il exprime son respect pour la presse, tout en déplorant la déformation des informations.
À son apogée, Robert Wan employait 700 personnes. La crise du COVID-19 a marqué un coup d'arrêt à son activité pendant trois ans. Récemment, il a combattu un cancer, mais la demande pour ses perles a repris, lui permettant de se remettre sur pied, malgré une perte d'audition.
Le travail continue de l'animer, mais il accorde désormais une importance accrue à sa santé, excluant la viande "à quatre pattes" de son régime alimentaire. Il pense également aux femmes, sublimées par ses perles, et est accompagné d'une jeune demoiselle chinoise lors de ses réceptions.
Robert Wan, la route de la perle de Paule Laudon
L'influence chinoise sur le marché des perles de Tahiti
Plus récemment, l'actrice et influenceuse chinoise **Ni Ni** a joué un rôle significatif dans la hausse des ventes de perles de Tahiti en Asie en 2023 et 2024. En postant 30 selfies la mettant en scène avec des perles de Tahiti, elle a suscité un engouement immédiat pour la célèbre perle noire.
Cette publicité gratuite a provoqué une augmentation fulgurante de la demande, particulièrement visible lors de l'Exposition Internationale de Hong Kong en septembre 2023. Les négociants ont constaté une hausse des prix sans précédent en si peu de temps. Un exemple frappant est l'annulation d'une vente aux enchères de Robert Wan suite à une offre d'achat exceptionnelle d'un client chinois.
L'influence de Ni Ni a permis de déplacer des curseurs sur le marché, démontrant la puissance des réseaux sociaux et de personnalités influentes dans la promotion de produits de luxe.

Défis de la perliculture : la distinction entre authenticité et contrefaçon
Le marché de la perle de culture d'eau douce chinoise présente des défis notables, notamment la commercialisation de perles artificiellement teintées sous des appellations trompeuses comme "perle de Tahiti" ou "perle naturelle de culture". Ces pratiques, allant à l'encontre des standards de qualité, inondent les marchés mondiaux, parfois sous des noms géographiques prestigieux.
Il est crucial de distinguer une perle d'eau douce chinoise d'une véritable perle de Tahiti. La perle de Tahiti naît dans l'huître Pinctada margaritifera, en Polynésie française, sous un contrôle strict. La Chine, avec une production annuelle de 1 500 tonnes, domine la perliculture mondiale d'eau douce, mais la qualité peut varier considérablement.
Historiquement, le Japon a connu une crise similaire avec des perles Akoya à la couche de nacre trop mince. La Chine semble suivre un chemin similaire, avec une surproduction et des prix bas qui peuvent nuire à la réputation du marché. La crise financière de 2008 a d'ailleurs mis en lumière les fragilités de ce secteur.
Les professionnels s'accordent sur la nécessité d'une charte de qualité commune, à l'image des "4C" du diamant, pour créer un langage universel et garantir l'authenticité des perles. Le label "perle de culture" pourrait servir de garantie de qualité vérifiée.
La valeur d'une perle réside dans sa rareté contrôlée, et non dans la quantité produite. L'illusion de pouvoir acquérir une perle de qualité à bas prix sur des plateformes anonymes est une erreur. La formation d'une perle est un phénomène biologique unique, dont la beauté défie la reproduction industrielle parfaite.
Gemperles, certifiée GIA et présente dans six pays, sélectionne directement ses perles sur les marchés d'origine, privilégiant les artisans qui résistent à la tentation du volume. La mission est d'aider à distinguer les perles authentiques des contrefaçons, reconnaissant que la Chine a produit le meilleur comme le pire dans ce domaine.
Une véritable perle de Tahiti se distingue par ses reflets organiques (verdâtres, rosés ou dorés), une nacre d'au moins 0,8 mm et un orient typique à la Pinctada margaritifera. Bien que la Chine ait investi massivement dans la perliculture, il n'existe pas encore de certification internationale unifiée équivalente aux 4C du diamant.

Affaires illicites et expertise chinoise dans la perliculture
En fin 2018, deux femmes chinoises ont été appréhendées à l'aéroport de Tahiti avec plus de 900 perles de culture dissimulées dans leur soutien-gorge. Elles comptaient revendre ce butin, volé dans la ferme perlière qui les employait comme greffeuses, au Japon.
Les deux femmes avaient été interpellées le 31 décembre. La fouille a permis de découvrir 561 perles et 27 keishis (perles sans noyau) sur l'une d'elles, et 346 perles sur l'autre. Les marchandises de fraude, de grande qualité et de très haute valeur, ont été saisies et une instruction a été ouverte.
Le travail de greffe, essentiel à la production de perles de culture, consiste à insérer un noyau dans l'huître perlière. Traditionnellement, les fermes perlières de Polynésie faisaient appel à des greffeurs japonais. Cependant, avec le développement spectaculaire de la perliculture en Chine, les greffeurs chinois sont désormais privilégiés par les perliculteurs polynésiens en raison de salaires nettement moins élevés.