La Malachite : De la Roche au Pigment Vert

Introduction à la Malachite

La malachite est un carbonate naturel de cuivre, réputé pour son pigment vert vif, froid, tirant vers le turquoise. Bien que la pierre soit parfois citée dans les textes anciens, les processus précis de son utilisation comme pigment sont souvent moins détaillés. Certains historiens de l'art pensent que l'expression « azur-vert » mentionnée par Cennino Cennini dans son traité sur les verts pourrait désigner la malachite, bien qu'elle puisse également se référer à la chrysocolle.

Schéma de la structure moléculaire de la malachite

Préparation Traditionnelle du Pigment de Malachite

La préparation de la malachite en pigment suivait un processus méticuleux. La pierre était d'abord pilée dans un mortier en bronze, puis broyée plus finement. L'étape suivante consistait à la passer à la molette pour obtenir une poudre encore plus homogène. Conformément aux indications de Cennini, le pigment était ensuite lavé par lévigation et décantation, un processus qui permettait de séparer les particules fines de l'eau, qui devenait effectivement laiteuse.

Photos du pigment de malachite obtenu avec un liant à la gomme arabique

La Malachite dans l'Histoire de l'Art

L'évolution de la couleur dans le temps est particulièrement intéressante lorsqu'on observe des œuvres comme la fresque de Giotto. Le bleu du ciel dans ces fresques était souvent obtenu à base d'azurite. L'azurite, elle aussi un carbonate de cuivre hydraté, présente une particularité : elle est instable à l'air libre et a tendance à se transformer en malachite au fil du temps. Cette transformation chimique explique pourquoi certaines œuvres d'art montrent une altération de la couleur bleue, qui vire au vert.

L'Utilisation Historique des Pigments Minéraux

Dès la préhistoire, les humains manifestaient un vif intérêt pour l'utilisation des couleurs. À l'âge de pierre, les hommes peignaient les parois des grottes avec des pigments provenant de la terre et des roches. Ces couleurs, souvent à base d'oxydes de fer, offraient une grande stabilité à l'air et à la lumière, permettant la conservation de ces peintures rupestres jusqu'à nos jours. Les teintes variaient du brun sable au rouge rouille.

Les pigments d'origine minérale offrent une palette de couleurs encore plus étendue. Par exemple, le bleu outremer, coûteux, est traditionnellement fabriqué à partir du lapis-lazuli. De même, les pigments verts peuvent être extraits de pierres semi-précieuses comme la malachite.

Tableau comparatif des pigments minéraux et leurs origines

Autres Sources de Pigments : Végétales et Animales

Outre les minéraux, les plantes et les animaux ont également servi de sources pour les colorants. Dans le règne végétal, on trouve des colorants comme le safran, le paprika, la betterave rouge et l'ortie. L'indigo, très recherché, provient de la plante Indigofera tinctoria. Aujourd'hui, nombre de ces colorants peuvent être synthétisés artificiellement, comme c'est le cas pour l'indigo qui donne leur couleur aux jeans.

Dans le règne animal, la pourpre était autrefois extraite d'un groupe de mollusques, nécessitant environ 8000 individus pour obtenir un seul gramme de colorant, ce qui en faisait l'un des plus chers existants. Le jaune indien, un autre colorant animal, était obtenu à partir de l'urine de bœufs nourris de feuilles de manguier, puis évaporée. La chimie moderne a permis la fabrication artificielle de ces colorants.

La Collaboration Géologique et Artistique

Une collaboration unique entre Erwan Martin, géologue, et Caroline Besse, artiste peintre, vise à valoriser le patrimoine géologique français en explorant les ressources locales en pigments minéraux. Ce projet est né d'une exposition de Caroline Besse au musée de l'École des mines, où elle a rencontré des conservateurs qui l'ont orientée vers la préparation de ses échantillons de roche.

Le processus de cette collaboration implique une sélection rigoureuse des minéraux basée sur la couleur de leur trace, écartant ceux qui donneraient une poudre blanche malgré leur teinte d'origine. La couleur et la brillance des minéraux sont les principaux critères d'échantillonnage sur le terrain.

D'où viennent les pigments naturels ?

Le Processus d'Obtention des Pigments

Les poudres de minéraux sont ensuite préparées avec des granulométries variées, allant de 710-250µm pour les plus grossières, à des tailles de 250-63µm et inférieures à 63µm. Caroline Besse souligne la singularité des couleurs minérales par rapport aux argiles et terres traditionnellement utilisées, notant la beauté naturelle des poudres obtenues, parfois avec des effets de brillance intéressants.

Pour utiliser ces poudres en peinture, diverses techniques s'offrent aux artistes. En Occident, elles sont souvent mélangées à du jaune d'œuf pour la peinture à la détrempe, technique utilisée notamment pour les icônes byzantines et les enluminures.

Démarche Artistique et Géologique

La démarche artistique de Caroline Besse examine l'impact de l'utilisation de matériaux naturels sur la perception de la couleur. Ce relevé chromatique des minéraux du territoire français permet d'explorer les ressources locales. Erwan Martin explique que chaque minéral et roche se forme dans des conditions géologiques spécifiques, et le rôle du géologue est de comprendre ces processus.

Bien que l'intensité des couleurs et brillances dans les minéraux soit scientifiquement connue, la collaboration a révélé des variations selon la taille des grains, apportant des surprises agréables. Caroline Besse s'est plongée dans les fondamentaux de la géologie française, intégrant les notions de temps et de métamorphose, trouvant dans chaque aspect scientifique une source d'inspiration.

La Malachite : Propriétés et Utilisations

La malachite est un hydroxyde de carbonate de cuivre vert (Cu2(CO3)(OH)2). Historiquement, elle fut l'un des premiers minerais utilisés pour la production de cuivre métal, bien que son importance actuelle en tant que minerai soit mineure, étant davantage valorisée pour ses applications artistiques et ornementales.

Utilisée comme pierre gemme et matériau sculptural depuis des millénaires, la malachite est aujourd'hui taillée en cabochons ou en perles pour la bijouterie. Sa couleur verte, stable à la lumière et au temps, en fait un matériau de choix. Elle se forme à faible profondeur dans la Terre, souvent dans le calcaire, en association avec d'autres minéraux comme l'azurite.

Photographie de spécimens de malachite aux bandes concentriques caractéristiques

Gisements et Caractéristiques Physiques

Les premiers gisements de malachite exploités se trouvaient en Égypte et en Israël il y a plus de 4000 ans. Les montagnes de l'Oural en Russie ont également été une source importante au XIXe siècle, bien que cette production soit aujourd'hui minime. La majeure partie de la malachite sur le marché lapidaire provient aujourd'hui de la République démocratique du Congo.

La caractéristique la plus frappante de la malachite est sa couleur verte, variant du pastel au vert foncé. Elle se présente souvent sous forme de revêtements botryoïdaux ou stalactitiques, formant des bandes concentriques semblables à de l'agate lorsqu'elle est coupée. Les cristaux de malachite sont rares, généralement aciculaires, de couleur vert vif et translucides.

La malachite possède une densité spécifique élevée (3,6 à 4,0) et réagit avec l'acide chlorhydrique dilué, produisant une effervescence. C'est l'un des plus anciens pigments verts connus, facile à broyer et à mélanger aux liants, conservant bien sa couleur.

Utilisations comme Pigment et Pierre Ornementale

Le pigment de malachite, également connu sous divers noms tels que vert de cuivre ou vert hongrois, se retrouve dans les peintures des tombes égyptiennes et dans l'art européen des XVe et XVIe siècles. Son usage a décliné au XVIIe siècle avec le développement d'autres pigments verts.

Sa couleur vive, son éclat et ses bandes caractéristiques en font une pierre gemme populaire. Elle est utilisée en cabochons, perles, marqueterie et sculptures. Cependant, sa dureté relativement faible (3,5 à 4 sur l'échelle de Mohs), sa tendance à la rayure, sa fragilité et sa sensibilité à la chaleur et aux acides limitent son utilisation à des objets ne subissant pas d'abrasion.

L'Azurite et sa Transformation en Malachite

L'azurite, variant du bleu clair au bleu nuit, a même donné son nom à la couleur "bleu-azurite". Dans la fresque de la chapelle des Scrovegni à Padoue, peinte par Giotto vers 1305, l'utilisation de poudre d'azurite pour obtenir un bleu intense a conduit, par réaction chimique, à une transformation en malachite, expliquant l'altération de la couleur observée dans certaines parties de l'œuvre.

L'azurite, comme la malachite, est un dérivé du cuivre et s'oxyde au contact de l'air et de l'humidité. Pour préserver la couleur de l'azurite, elle est souvent stabilisée avec une résine. L'azurite-malachite est techniquement une roche composée de ces deux minéraux, leurs conditions de formation étant communes car dérivées du cuivre.

Comparaison visuelle de l'azurite et de la malachite

Traitement et Valorisation de l'Azurite-Malachite

L'azurite-malachite est une roche tendre et fragile, avec une dureté de 3 sur l'échelle de Mohs. Pour cette raison, les pierres vendues subissent un traitement à base de résine polymère incolore et de qualité afin de stabiliser la couleur et renforcer la solidité. Il est important de se méfier des résines teintées qui pourraient altérer la beauté naturelle de la roche.

L'observation des roches d'azurite-malachite révèle des motifs variés et uniques, rappelant les couleurs de la Terre vue du ciel. La collaboration entre Erwan Martin et Caroline Besse se poursuit, avec l'objectif de mettre en poudre de nouveaux échantillons et de valoriser ce travail par une exposition à la collection de minéraux de Sorbonne Université en mars 2023.

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