Les couverts en argent : histoire, poinçons et marché

Qu'est-ce que l'argent massif ?

Pour être considérés comme des services en argent ou des couverts en argent massif, le taux d’argent doit être compris entre 80 et 95 % de l’alliage argent-cuivre. Celui-ci est défini comme argent massif 800, 925 ou 950 selon la contenance du métal précieux. Vous reconnaîtrez la composition au poinçon sur le couvert. En France, celui-ci est généralement constitué de 92,5 % d’argent, soit de l’argent 925 depuis 1973.

L'évolution des couverts : de la nécessité à la ménagère

Si les couverts ont longtemps été réduits à la fourchette (à 2, 3 ou 4 dents), à la cuillère ou au couteau du nombre des convives attablés, il a fallu attendre le milieu du XIXe siècle pour voir apparaître les premières ménagères.

Les couverts de base

La cuillère à soupe (grande cuillère) et la fourchette de table à 4 dents forment les couverts de base. À ceux-là, s’ajoute généralement le couteau à bout rond ainsi qu’une petite cuillère dont la taille se situe entre celle dite à café (14cm) et celle à dessert (17cm).

Les pièces complémentaires et les pièces d'occasion

On peut ensuite trouver la louche, une pelle à tarte, des couverts (cuillères, fourchettes, couteaux) de taille inférieure aux précédents (couverts à dessert, à entremets, à poisson). Il s’agit des pièces les plus présentes sur le marché de l’occasion.

Illustration d'une ménagère complète avec ses différentes pièces : couverts de table, couverts à dessert, louche, pelle à tarte.

Le métal argenté : une alternative plus accessible

Notamment les ménagères en métal argenté avec différentes marques (Christofle, Ercuis, Boulenger…), modèles (filet, coquille, uniplat…), styles (Louis XV, Louis XVI, Empire…). La ménagère en argent est généralement sortie pour les grandes occasions. Les fêtes rassemblant la famille sont d’excellents prétextes pour orner la table de ces couverts en argent rutilant. Noël, des fiançailles, un mariage, un anniversaire de mariage… Et l’on est fier de montrer l’argenterie fraîchement avivée.

Cependant l’usage plus quotidien de l’argenterie à le vent en poupe. Nous parlons ici surtout du métal argenté, bien plus accessible. Après tout, pourquoi conserver tout ça dans un tiroir en attendant l’année prochaine.

Comment identifier l'argent massif ?

Comment être sûr que les couverts sont en argent massif et non en métal argenté ? Il suffit de regarder s’ils portent un ou plusieurs poinçons et lesquels, vous pourrez en parcourir la liste dans le guide des orfèvres.

La valeur des ménagères : une estimation complexe

Il est impossible de donner une estimation exacte de la valeur et du prix d’achat d’une ménagère. Le prix dépend d’un grand nombre de critères comme l’état d’usure des couverts, le nombre de pièces, le modèle ou le style, l’orfèvre ainsi que la présence de certaines pièces et couverts. Ceci concerne particulièrement les grands et petits couteaux qui sont souvent vendus à part et de fait plus difficiles à trouver. Par exemple une partie de ménagère de 64 couverts comportant ses 2 tailles de couteaux aura plus de valeur qu’une ménagère composée du même nombre de couverts, 64, mais ne comportant pas les couteaux.

D’une manière très générale une ménagère ou partie de ménagère en métal argenté peut s’acquérir entre quelques centaines d’euros jusqu’à plusieurs milliers, toujours en tenant compte des critères cités ci-dessus.

Qui collectionne l'orfèvrerie ?

Contrairement à ce qu'on pourrait croire il s'agit ordinairement d'hommes, plutôt mûrs. Ils aiment le contact du métal, sa mise en forme, le témoignage d'un raffinement passé et l'histoire. Cela dit, de nouveaux amateurs paraissent aujourd'hui simplement armés de bon sens. Ils ont compris, comme l'explique l'expert de chez Sotheby's, Thierry de Lachaise, que pour le prix d'un ensemble en métal argenté contemporain ils ont l'opportunité d'acquérir des couverts en argent du XVIIIe siècle.

Le marché de l'argenterie : tendances et fluctuations

On ne peut cependant pas dire que le marché de l'argenterie soit, à l'heure actuelle, particulièrement florissant. Ce thème de collection inscrit dans la grande tradition française souffre d'une certaine désaffection et les amateurs n'ont jamais été aussi sélectifs. Selon l'expert à Drouot Philippe Serret, les prix dans le domaine pour les pièces anciennes sont équivalents à ceux pratiqués dix ans auparavant. Quant aux objets considérés comme modernes et conçus après 1838, « ils ont baissé de 30 % environ depuis trois ans. Les cotes suivent le mouvement des meubles et des objets d'art classiques français ».

L'écart se creuse entre les pièces de charme, d'un style fort et typique de leur époque, et toute la marchandise commune destinée à un simple usage bourgeois.

Dates clés et leur impact sur la valeur

L'orfèvrerie est un secteur éminemment technique où les connaisseurs sont sensibles à quelques dates clefs qui influent directement sur la valeur. En France, 1715, date de la mort de Louis XIV, marque la fin d'une surcote. En effet, tous les objets fabriqués sous le règne du Roi-Soleil sont particulièrement populaires. On les identifie grâce aux poinçons dont ils sont frappés _ quatre poinçons des fermiers généraux sont apposés de la fin du XVIIe siècle à 1789.

Si la période révolutionnaire, de 1789 à 1798, est marquée par un chaos de la vie politique, il en va de même en matière d'argenterie. On peut imaginer que la production a été faible. Dans tous les cas, elle n'a pas été l'objet d'une réglementation spécifique.

De 1798 à 1838, la vaisselle et les objets d'argent sont marqués du poinçon de titre garantissant le pourcentage d'argent _ un coq puis un vieillard _ mais aussi d'un poinçon de garantie _ il indique le lieu de production _ et d'un poinçon d'orfèvre.

Depuis 1838 jusqu'à aujourd'hui deux poinçons sont apposés sur chaque objet, celui de l'orfèvre et celui indiquant titre (950/1000) et garantie symbolisé par une tête de Minerve.

Exemple de poinçons français sur des couverts en argent : tête de Minerve, poinçon d'orfèvre.

L'avènement de l'argenture et son impact

Enfin, 1840 sonne le glas de l'argent massif lorsque la maison Christofle bouleverse les arts de la table en brevetant et exploitant un procédé de placage d'argent. La société bourgeoise du XIXe siècle utilisera abondamment ce qu'on appelle l'argenterie, à commencer par Napoléon III qui encourage vivement le commerce de cette nouvelle vaisselle bon marché.

L'importance des poinçons pour la valeur

Au cours des âges, l'État a donc su prendre de grandes précautions pour assurer la qualité de ces objets et les collectionneurs continuent à être sensibles à la vertu des poinçons. Une pièce sur laquelle ces derniers seraient effacés ou illisibles perdrait une part importante de sa valeur.

Exemples de pièces et leurs estimations

Ainsi, le 15 décembre, Sotheby's propose à Paris 153 lots d'orfèvrerie dans une vente cataloguée. Thierry de Lachaise organise ce type d'opération deux fois par an. Pour cette édition, un des objets les plus curieux est une chocolatière en argent pesant 1.540 grammes, certainement conçue vers 1770 en Belgique. Son décor de créatures fantasmagoriques est impressionnant. L'objet, de grande dimension _ 35,5 centimètres de haut _, repose sur des pieds torsadés qui sortent de la gueule de personnages étranges. Le bouchon est en forme de lion, la verseuse comme l'anse de bois sont des chimères. On a affaire à un véritable objet d'art, mais sa signature est effacée. Il est estimé 10.000 euros contre de 25.000 à 30.000 si son auteur était identifiable de manière certaine.

Comme toujours dans le marché de l'art, la provenance est aussi un élément majeur dans l'établissement de la valeur. Ainsi Sotheby's propose une cuillère et une fourchette en argent fabriquées en 1773-1774 qui sembleraient des plus ordinaires si elles n'étaient marquées aux armes de France et surmontées d'une couronne. Elles ont certainement été utilisées par le comte d'Artois, qui deviendra en 1824 Charles X. Il s'agit selon Thierry de Lachaise des seuls couverts connus marqués aux armes royales. Leur estimation de 1.500 euros aurait été dix fois inférieure sans ce pedigree prestigieux.

Dans la vente Sotheby's, pour 1.000 euros à peine, on pourra peut être obtenir un service à thé et à café daté 1849-1861, d'un poids total de 5,2 kilos d'argent. Même si le modèle est élégant, la mode n'est pas, selon l'expert, à ces ensembles complets de l'époque Louis Philippe. Il en va cependant différemment, vu leur vertu décorative pour une paire de chandeliers spectaculaires, hauts de 98 centimètres, accompagnés de deux compotiers qui ont été imaginés pour l'Exposition universelle de 1878 par le fameux orfèvre Odiot. Ils sont ornés dans un style du XVIIIe siècle d'enfants jouant avec des guirlandes de fleurs (30.000 euros).

Les taste-vins : un objet populaire

Actuellement, l'un des objets les plus populaires dans le domaine de l'orfèvrerie est le taste-vin. Les amateurs s'intéressent exclusivement à ceux conçus au XVIIIe siècle. Au siècle suivant, les artisans réaliseront simplement des copies de modèles antérieurs qui se négocient pour 200 à 400 euros. Il s'agissait alors, selon l'expert de Tajan, Arnould de Charrette, d'un objet à usage populaire stylisé selon sa région d'origine. Les tasses les plus prisées sont celles dont le poids excède 100 grammes. Dans la vente Tajan du 15 décembre qui se tient à Drouot pas moins de dix tasses à vin seront proposées dont un modèle bordelais typique apprécié pour son dessin épuré et sans anse (2.500 euros) ou un rare modèle normand de 1714 dont l'appui-pouce _ la anse _ est gravé d'une coquille (2.500 euros). Evidemment, le goût pour ses petites soucoupes est davantage conditionné par l'engouement actuel pour l'oenologie que par l'attirance pour la vaisselle d'argent traditionnelle.

À la française - Art de la dégustation

Description de l'objet : Couverts vintage estampillés ''métal blanc'' et ''au bon marché'' poinçon 120. Dimensions: 21.3cm. Poids: 160gr. Bon état. Lignes simples.

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