La Duchesse de Windsor, née Bessie Wallis Warfield, reste une figure marquante de l'histoire du XXe siècle. Connue pour son influence sur le roi Edouard VIII, dont l'abdication a bouleversé la monarchie britannique, elle a également laissé une empreinte indélébile par son style sophistiqué et sa collection inestimable de bijoux.
Les Débuts d'une Romance Célèbre et les Premiers Joyaux
Née Bessie Wallis Warfield en 1896, Wallis Simpson a grandi dans des circonstances modestes à Baltimore. Son premier mariage avec l'officier de marine Earl Winfield Spencer Jr. se solde par un divorce en 1927. C'est dans les années 1930 qu'elle rencontre le Prince de Galles, le futur Edouard VIII, qui allait changer sa destinée. Leur relation suscita un scandale, Wallis étant déjà divorcée une première fois, une situation inacceptable pour la couronne britannique.
La rencontre entre Wallis Simpson et le Prince Edouard, que ses proches appelaient David, eut lieu en 1931. Lady Thelma Thurman, alors maîtresse du Prince, était une invitée fréquente aux fêtes somptueuses de Mme Simpson. Trois ans et d'innombrables invitations à la Cour plus tard, le Prince était entièrement épris de la socialite américaine. Ils débutèrent une liaison clandestine en 1934, jalonnée de bijoux élaborés créés l'un pour l'autre.
Le premier jalon de cette relation amoureuse matérialisée par des bijoux fut offert à Mme Simpson en novembre 1934. Ce premier jonc, inscrit "WE are too (sic) 25-XI-34", est le seul croix qui ne soit pas serti de gemmes. La date est significative, car quatre jours plus tard, le 29 novembre 1934, le frère d'Edouard, George, épousait la Princesse Marina de Grèce à l'Abbaye de Westminster.

Des Croix Symboliques sur un Bracelet Cartier
Les deux croix suivantes sont toutes deux datées du 23 juin 1935. L'une, portant l'inscription "Wallis--David 23-6-35", est sertie de saphirs calibre et fut ajoutée au bracelet en platine de Wallis Simpson. L'autre, vendue chez Sotheby's en 1987 dans le cadre d'un collier comportant trois pendentifs en croix, est sertie de rubis et porte l'inscription "David--Wallis 23-6-35".
En septembre 1935, le Prince Edouard offrit à Wallis sa propre croix sertie de rubis. Le bijou, gravé "Wallis--David St. Wolfgang 22-9-35", possédait un jumeau porté autour du cou du Prince. Sa croix était sertie de saphirs et portait l'inscription "22-9-35 David--Wallis St.".
Au cours de l'automne, en quittant Cannes, le Prince, Mme Simpson et plusieurs amis entreprirent un voyage international de deux mois, faisant escale à Paris, Windsor, Budapest, Vienne et retour à Paris. Le groupe s'arrêta notamment à St. Wolfgang.

Wallis Simpson : Icône de Mode et Muse des Joailliers
L'année 1935 fut, à sa manière, une seconde "coming out party" pour Wallis Simpson. Ses réceptions étaient légendaires, la nourriture si décadente que Vogue UK suggérait que les invités "intelligents" devaient jeûner avant d'y assister. En 1935, elle apparut dans les pages de Vogue aux États-Unis et au Royaume-Uni, et Cecil Beaton écrivit d'elle : "En tant que sujet, elle est devenue une manie". En 1936, le magazine Time la nomma Femme de l'Année, et British Vogue la déclara "La femme la mieux habillée de la ville".
Le 1er mars 1936, six semaines seulement après le couronnement du Prince de Galles comme Roi d'Angleterre, Wallis s'envola pour Paris avec une amie pour un peu de répit. À ce stade de leur relation, le Roi était devenu dépendant de la compagnie spirituelle de la socialite américaine. Son départ à un moment aussi critique de sa nomination en tant que Roi le déconcerta. Il est facile de supposer que le couple ait pu échanger plus que quelques mots croisés. En guise de gage de paix, le Roi commanda à Cartier la création d'une nouvelle croix.
Il fut rapporté que, durant cette séparation, le Roi Edouard conclut un accord privé avec le mari de Wallis, Ernest Simpson. Lors de cette rencontre privée, le Roi jura "de lui rester fidèle et de s'occuper d'elle". Avec une poignée de main et probablement une expression défaite, M. Simpson accepta.

Le Bracelet Cartier : Un Mémorial d'Amour et de Soutien
Dans les mois précédant la croisière du Nahlin, la presse britannique et la famille royale manifestèrent une forte opposition aux deux amants. Le médecin de Wallis découvrit une cicatrice d'ulcère guérie et la plaça sous un régime spécial. Pas une semaine plus tard, le Roi Edouard fut menacé à main armée lors d'une procession sur Constitution Hill. Un mois plus tard, des photos de Wallis et du Roi seuls ensemble firent la une des principaux journaux en Grande-Bretagne et en Amérique (où l'histoire de leur liaison avait d'abord éclaté).
En octobre, Wallis Simpson reçut un certificat de divorce, bien que la publication de la nouvelle par la presse fût retardée, n'étant finalement diffusée qu'en décembre 1936. Fuyant les répercussions, Wallis se dirigea vers Cannes. "Je dirai seulement ici que ce fut un moment suprêmement heureux", écrirait plus tard la Duchesse. À son poignet, on peut voir le bracelet Cartier, désormais orné de sept croix, la plus récente ayant été ajoutée le matin même.
Il faudra encore cinq ans avant que les deux dernières croix ne complètent le bracelet Cartier de Wallis Simpson. Le 31 août, elle subit une appendicectomie et aurait souffert de quelques complications. Une autre croix suivit le mois suivant. Celle-ci, sertie de saphirs jaunes, porte l'inscription "Get Well Cross Sept 1944". Elle se remit, et le couple continua à professer son amour et sa dévotion l'un pour l'autre à travers les bijoux pendant encore 28 ans, jusqu'à la mort du Prince en 1972.
En juin 1936, pour célébrer le 40ème anniversaire de Wallis, Edouard VIII visita Van Cleef & Arpels. Il apporta avec lui des pierres précieuses données lors de son voyage en Inde en 1921-1922, alors qu'il était encore Prince de Galles.
Ce bracelet en rubis et diamants fut présenté par Edouard VIII à Wallis Simpson en mars 1936. Sertie de quarante rubis et diamants, cette pièce remarquable reflétait non seulement la passion du Roi pour les bijoux, mais aussi son amour inconditionnel pour Wallis.
À la fin de 1936, alors que l'Angleterre et le monde assistaient au bouleversement causé par l'imminente abdication d'Edouard VIII, une chose restait inchangée : son amour pour Wallis Simpson. Tout en négociant sa démission du trône, le Roi passa une commande spéciale chez Van Cleef & Arpels pour le cadeau de Noël de Wallis.

Le Goût des Parures Spectaculaires et Colorées
Devenue Duchesse de Windsor, mais non Altesse Royale, Wallis maudirait toute sa vie Buckingham, qui le lui rendait bien, interdisant au couple de vivre sur le sol britannique. Cela n'empêcha pas le Time de consacrer l'Américaine "Femme de l'année 1936". Cette année-là, celui qui allait officiellement devenir son mari en juin 1937 lui offrit de superbes pièces signées Van Cleef & Arpels : un collier cravate en diamants et rubis, un bracelet Jarretière en saphirs et diamants, ou encore un bracelet en diamants et rubis au fermoir gravé "Hold Tight". Elle raffolait des bijoux, il adorait l'en couvrir, ce qu'il fera jusqu'à sa mort en 1972, dessinant souvent lui-même les premières esquisses.
Toujours tirée à quatre épingles et habillée par les grands couturiers, Wallis Simpson savait tirer parti de ses atouts : une taille de guêpe, un joli port de tête et un regard pétillant d'intelligence. Le plus souvent habillée de gants, ses mains n'étaient pas ce qu'elle avait de plus ravissant, mais ne la faisaient pas pour autant renoncer à une impressionnante bague de fiançailles, une émeraude de plus de 19 carats achetée chez Cartier. Le joaillier fournit aussi un bracelet en diamant sur lequel viendraient s'accrocher au fil des ans huit croix en aigues-marines, émeraudes, saphirs jaunes, améthystes, chacune commémorant un souvenir du couple.
Privés des engagements officiels de la Couronne, le Duc et la Duchesse de Windsor passent leur vie dans les raouts qui se donnent dans leurs lieux d'exil, entre la France, les Bermudes et les États-Unis. Maître ès mondanités, le couple a le don de colorer n'importe quelle soirée, au sens littéral du terme, puisque la Duchesse de Windsor affectionne les parures chatoyantes. À l'image de cette bague cocktail Cartier à corps d'or godronné et fileté, cabochon de corail cerclé d'émeraudes carrées, ou cette broche flamant rose à ramage d'émeraudes, de rubis et de saphirs calibrés. Ou encore cet ensemble en calcédoine commandé chez Suzanne Belperron : deux rangs de boules à fermoir fleur au cœur de saphirs cabochons, paire de bracelets ouverts et boucles d'oreilles à nervure de diamants.

En juin 1953, au bal donné à l'Orangerie du château de Versailles, la Duchesse fait sensation en fourreau Dior et collier draperie de Cartier. Le bijou fait rayonner sur l'or torsadé 29 améthystes totalisant 158,9 carats, dont une en forme de cœur, 27 taille émeraude et, sur le fermoir, une de forme ovale facettée. Fournis par le Duc, les quartz pourpres se marient à deux cents cabochons de turquoise, confortant ce nouveau goût pour les pierres fines.
L'Art des Porters Inédits et des Bijoux Symboliques
Amatrice de couleurs, la Duchesse de Windsor apprécie aussi les bijoux symboliques. Elle sera l'une des premières femmes de la bonne société à porter des panthères. Jusque-là, la joaillerie figurative est réservée à des actrices ou des courtisanes. L'arrivée de Jeanne Toussaint à la direction artistique de Cartier en 1933 change la donne. Surnommée "la panthère", la créatrice, qui porte un manteau en tigre, a bien cerné la personnalité de Wallis. Lorsque le Duc lui confie un imposant cabochon d'émeraude oblong, elle n'hésite pas à le coiffer d'une panthère montrant les crocs, donnant naissance à une broche que la Duchesse portera à la ceinture. Poser le félin comme une métamorphose de la féminité flirte avec le vraisemblable.

D'autant plus que l'année suivante, la Duchesse achète une deuxième broche panthère où le fauve se dresse avec orgueil sur un saphir cabochon de 152 carats, le corps pavé de saphirs calibrés et le regard en diamants jonquille taille poire. Piqué bas sur l'épaule, le bijou confirme le caractère de sa propriétaire.

Ce caractère la conduira d'ailleurs à léguer ses bijoux non à la Couronne, comme le veut la tradition, mais à l'Institut Pasteur. Ce dernier confiera la dispersion à Sotheby's dans une vente mémorable en avril 1987, 95 lots rapportant 33,5 millions de dollars. Laurence Graff y achètera notamment la bague de fiançailles de la Duchesse pour 2,126 millions de dollars et des clips sertis de diamants jaunes pour 2,273 millions de dollars.
Parmi les pièces les plus fascinantes de la collection de Wallis Simpson, Duchesse de Windsor, figure un somptueux bracelet rigide en rubis et diamants de Cartier. Ce bijou exceptionnel témoigne du goût exquis de la Duchesse pour les créations audacieuses et colorées, ainsi que de sa relation particulière avec Cartier, qui produisit plusieurs de ses pièces les plus emblématiques. Ce bracelet jonc est serti de rubis et de diamants, formant un motif élégant et harmonieux.
Le bracelet "Fleurs Enlacées", aux roses rouges et blanches, est sans aucun doute l'exemple le plus éloquent de l'adhésion de la Maison Van Cleef & Arpels au mouvement Art déco. Typologie fort répandue au cours de la première moitié des années 1920, le bracelet bandeau est un support privilégié au développement d'une iconographie figurative, comme ici où se déploient, entre deux lignes de diamants taille brillant, des rameaux de rosiers bichromes. Des roses aux pétales composés d'un pavage uniforme de brillants alternent avec d'autres à la corolle sertie de rubis taille suiffée et d'un cœur en diamant jaune.
Dès les années 1910, le motif de la rose revient en force dans l'ensemble des arts décoratifs. Cette décennie voit naître les prémices du courant Art déco, avec notamment une certaine tendance de se référer à la tradition artistique française du XVIIIe siècle. Emblème du règne de Marie-Antoinette, la rose devient le motif de prédilection des créateurs des années 1910. On la retrouve dans les créations textiles de Paul Iribe, qui la décline également ensuite pour la griffe du couturier Paul Poiret.
Au cours de l'année 1924, la Maison conçoit deux broches qui reprennent l'alternance des roses rouges et blanches du bracelet aux fleurs enlacées, ainsi qu'un second bracelet bandeau, présentant cette fois sur le même schéma joaillier, des œillets. Exposées dans les vitrines de la Classe XXIV dédiée aux bijoutiers-joailliers, ces pièces de joaillerie valent à Van Cleef & Arpels un Grand Prix de l'Exposition.

Autre représentant de la luxueuse production des arts décoratifs français, le pavillon intitulé "Une ambassade française", et plus particulièrement sa chambre de l'ambassadrice, témoignent, à l'instar de ce bracelet, de ce regard porté sur la tradition mobilière du XVIIIe siècle. Au sein de cet intérieur conçu par André Groult, figure de l'émergence du style Art déco dans les années 1910, sont disposés un chiffonnier, un lit à baldaquin et une commode tous trois gainés de galuchat et aux courbes empruntées au style Louis XV.