L'art de la glyptique, englobant la gravure en relief (camée) et en creux (intaille), a une histoire riche et complexe. Les intailles, caractérisées par un décor en creux, étaient généralement destinées à être enchâssées dans des bagues en métal. L'artisan creusait une cavité peu profonde dans l'anneau pour y loger la gemme et la fixait avec une matière visqueuse, souvent de la poix.

Matériaux et Périodes Clés
À l'époque romaine, la cornaline était le matériau privilégié pour la confection d'intailles. D'autres pierres ont également été utilisées, telles que l'agate (notamment l'agate rubanée à l'époque républicaine), le nicolo (très prisé au IIe siècle de notre ère), les jaspes (comme le jaspe jaune), la prase, le plasma, et dans une moindre mesure l'améthyste, la citrine et le lapis-lazuli. La période hellénistique a également livré plusieurs grenats de bonne facture.
Face à une demande croissante, les ateliers ont développé une production sérielle de gemmes en réalisant des pâtes de verre à partir de moules portant l'empreinte d'intailles.

Signatures et Dimensions
Bien que la grande majorité des intailles soient parvenues sans inscriptions, certains graveurs ont signé leurs œuvres, toujours en lettres grecques. La signature se présente soit au génitif, soit au nominatif suivi du verbe ἐποίει (« a fait »). Des noms comme Pamphilos, Gnaios, Aspasios ou Dioscuridès sont ainsi passés à la postérité.
En raison de leurs dimensions réduites, de l'ordre de 8 x 12 mm, les intailles appartiennent au petit mobilier archéologique. Cette exiguïté a conduit les graveurs à concevoir leurs images dans un souci constant de lisibilité.
Techniques Figuratives et Iconographie
Pour pallier la petitesse de la surface, les graveurs ont élaboré divers procédés figuratifs. La représentation d'attributs permettait d'identifier facilement une divinité ou un personnage : ainsi, Athéna est casquée et brandit une lance, Héraclès est associé à sa massue, Zeus à un aigle, et Hermès à son caducée.
Les graveurs évitaient le plus possible le chevauchement des éléments décoratifs, privilégiant la juxtaposition. Ils associaient les éléments sous leur profil le plus explicite, aboutissant à des combinaisons où le décor gravé résulte de l'assemblage d'éléments représentés sous différents points de vue. Par exemple, deux bras de profil flanquant un buste de face.

Parallèles avec la Numismatique
Les intailles partagent avec les monnaies cette miniaturisation des motifs, conséquence directe de l'étroitesse du support. La confrontation glyptique-numismatique révèle des similitudes frappantes tant dans la conception de l'image que dans l'imagerie, ces deux types de mobiliers archéologiques partageant un répertoire iconographique commun.
La comparaison entre une intaille représentant l'Artémis d'Éphèse et une monnaie similaire met en évidence cette connexion. Les monnaies, par leur nombre et leur diffusion, servaient de modèles accessibles aux graveurs. La création d'un type iconographique monétaire entraînait souvent sa vogue en glyptique. Ainsi, une monnaie peut fournir un terminus post quem pour la datation d'une intaille.

Diversité des Sujets et Fonctions
Le panorama iconographique des intailles est marqué par une grande diversité de sujets : divinités, héros et personnages mythologiques, portraits, animaux, insectes, plantes, grylles, objets divers et symboles.
Il est tentant de distinguer les thèmes "masculins" des thèmes "féminins" pour déterminer le genre du porteur, mais il faut garder à l'esprit que ces intailles relèvent de la sphère privée, et que les dessins gravés avaient une signification personnelle.
Bien qu'indiscutablement objets de parure, la finalité première de nombreuses intailles était de servir de sceau. D'autres proviennent de lots d'offrandes, suggérant une fonction votive. De nombreuses intailles, datant surtout entre le IIe et le IVe siècle, ont été utilisées comme artefacts prophylactiques ou apotropaïques.
Intailles Islamiques : Un Aspect Spécifique
Dans le monde musulman, les Fatimides d'Égypte (909-1171) se sont distingués par leur maîtrise de la taille du cristal de roche. Plus tard, les premiers diamants gravés et marqués d'inscriptions apparurent sous le règne des empereurs moghols au début du XVIIe siècle. Cette technique fut redécouverte à Venise au début du XVIIIe siècle.
Une intaille ovale gravée d'inscriptions tirées du Coran illustre cette dimension. Le champ central présente trois lignes en écriture cursive, citant le Coran XIII, 14/13 : "Par crainte, le tonnerre glorifie Sa louange ainsi que les anges". La bordure porte le verset du Trône (Coran II, 256/255) : "Dieu - nulle divinité excepté Lui - est le Vivant, le Subsistant. Ni somnolence ni sommeil ne Le prennent."

Dans le monde musulman, les bagues sigillaires en néphrite gravées de versets coraniques, montées sur or, originaires d'Asie centrale (XVe-XVIe s.), témoignent également de cette tradition.
Techniques de Gravure et Artisanat
Les pierres étaient taillées par abrasion. Une tige en fer recuit ou en cuivre, entraînant une poudre abrasive (pierre de Naxos, grès, poudre de diamant), usait et creusait la surface par rotation rapide. Le mouvement était obtenu par un archet ou une drille à pompe. Le travail, très long, se terminait par un polissage pour un rendu plus naturel, utilisant des abrasifs doux et des broches de plomb, d'étain ou de buis.
Des lentilles convexes en cristal de roche auraient pu servir de loupe pour contrôler le fini. Des ateliers comme ceux des Miseroni, des Scala et des Fontana ont marqué l'histoire de la glyptique, fournissant les cours européennes et réalisant des œuvres d'une grande finesse.

Réutilisation et Influence au Moyen Âge et Renaissance
Durant le Moyen Âge, un grand nombre de camées et d'intailles antiques furent réutilisés dans les Ars Sacra. La statue reliquaire de Sainte-Foy en est un exemple emblématique, intégrant trente-trois camées et trente-et-une intailles antiques. L'escrain de Charlemagne conserve une intaille représentant Julia Titi.
Au XIIe siècle, plusieurs exemples apparaissent dans le trésor de l'abbaye de Saint-Denis. Le XIIIe siècle, marqué par les croisades, vit l'essor de la gravure sur pierre semi-précieuse et précieuse, notamment au contact des pièces antiques circulant en Europe. La Châsse des rois mages (XIe-XIIIe s.) en est un témoignage remarquable.
Les intailles servirent également de matrices de sceaux. Leurs motifs gravés en creux permettaient d'imprimer la cire en relief. Ces "chevalières" antiques étaient appréciées pour leur finesse et l'impossibilité de falsifier leur empreinte. Cette pratique fut courante aux XIIe et XIVe siècles, particulièrement dans la noblesse et le clergé.
Les pierres antiques étaient réutilisées telles quelles, ou complétées par des ajouts médiévaux. Des pierres gravées de facture médiévale copiaient également les motifs antiques les plus répandus.

Artisans et Ateliers Célèbres
Des artistes comme Valerio Belli, Jacopo Nizzola (Jacomo Trezzo), Pisanello, les frères Anichini, Giovanni Bernardi, et Alessandro Cesati furent des maîtres reconnus. Les collections des Médicis, du Prado, et du Kunstkammer de Vienne témoignent de la richesse de ces productions.
En France, des graveurs comme Matteo dal Nasaro Veronese ont servi la cour de François Ier. Jacques Guay, sculpteur favori de Madame de Pompadour, reste l'un des glypticiens français les plus célèbres.
La Glyptique Aujourd'hui
Bien qu'il n'existe plus de formation spécifique en glyptique en France depuis la fermeture de l'atelier de l'École nationale supérieure des Beaux-Arts en 1995, des artisans d'art spécialisés dans la gravure sur pierre continuent de pratiquer ce métier, notamment dans le domaine de la haute joaillerie.
Le processus de commande implique un client (particulier ou entreprise) s'adressant à un artisan d'art. L'artisan réalise un dessin du motif à graver, qui peut être très complexe.