Introduction : La transparence face au passé industriel
La transparence concernant les collaborations avec le régime nazi n'est pas une évidence pour de nombreuses entreprises. Bien que leurs archives deviennent plus accessibles, certaines continuent de poser des obstacles aux travaux des historiens. Un exemple notable est celui de la famille Quandt, propriétaire de BMW, qui a publié les recherches de l'historien Joachim Scholtyseck. Ces travaux ont sérieusement entaché l'image du fondateur de l'empire industriel, Günther Quandt, qui aurait exploité plus de 50 000 travailleurs forcés pour la fabrication d'armes destinées au régime nazi. La question demeure : d'autres entreprises allemandes suivront-elles cet exemple de transparence sur leurs "années sombres" ?
De même, la marque de prêt-à-porter Hugo Boss a fait appel à un historien pour éclaircir le rôle de son fondateur, Hugo Ferdinand Boss, souvent surnommé "le couturier préféré d'Hitler". L'étude confirme son adhésion à la politique nazie, tout en précisant qu'il n'était pas l'unique fournisseur d'uniformes du régime. L'entreprise a publiquement exprimé ses "profonds regrets" envers ceux qui ont souffert sous sa direction durant la période nazie.
Le passé industriel français : Entre silence et archives
En France, cette démarche de transparence est moins courante, le passé des entreprises pendant l'Occupation ayant longtemps été un sujet tabou. Personne, y compris l'État, ne peut contraindre les sociétés privées à rendre leurs archives accessibles. Seuls certains documents, comme les procès-verbaux des conseils d'administration ou les statuts, doivent être conservés. Les dossiers de carrière des employés, par exemple, sont détruits quatre-vingt-dix ans après la naissance des personnes concernées.
Le cas Coco Chanel et Louis Vuitton
Le passé trouble de Coco Chanel dans les années 1940 a refait surface avec la publication d'une nouvelle biographie par le journaliste américain Hal Vaughan. La direction de Chanel a éludé la question en affirmant que la maison de couture avait fermé en septembre 1939, et qu'il n'existait donc pas d'archives pour cette période. L'entreprise a repris ses activités après la guerre.
Le magazine Géo Histoire a quant à lui renoncé à publier un article sur le passé collaborationniste de certains dirigeants de Louis Vuitton, peut-être par crainte de représailles d'un important annonceur. Pourtant, une journaliste avait auparavant eu accès aux archives de la maison. Son ouvrage révélait que Louis Vuitton avait été la seule entreprise autorisée à rester dans l'Hôtel du parc à Vichy, siège du gouvernement de Philippe Pétain en 1940. L'auteure affirmait qu'Henry Vuitton, décoré par les nazis pour sa loyauté, avait fondé avec son frère Gaston une usine pour fabriquer des bustes du maréchal. La direction de Vuitton (LVMH) assure aujourd'hui que ses archives sont ouvertes aux chercheurs, tout en précisant qu'une partie de la famille Vuitton était du côté de la Résistance, comme Jean Ogliastro, gendre de Gaston Vuitton, qui a combattu dans la Résistance et a été déporté.
Les défis de l'accès aux archives d'entreprise
Les historiens ont dû batailler pour accéder aux archives des entreprises. Patrick Fridenson, directeur d'études à l'EHESS, souligne que les premières recherches sur l'histoire des entreprises, à la fin des années 1960, se sont appuyées sur des archives allemandes, anglaises et américaines. L'historien britannique Alan Milward avait publié des travaux sur ces questions bien avant les Français. "Les entreprises hexagonales n'avaient aucune envie qu'on parle de l'Occupation, même si elles s'étaient bien conduites, et l'État français fermait à qui mieux mieux ses archives", explique Patrick Fridenson. En 1966, la direction de Renault lui avait refusé d'enquêter au-delà d'avril 1936, considérant le Front populaire, les grèves et les occupations d'usines comme une période trop sensible.
Ce n'est qu'en 1972, lorsque Pierre Dreyfus, PDG de Renault, a souhaité éclaircir le rôle de l'entreprise durant la Seconde Guerre mondiale, qu'il a pu consulter l'intégralité des archives, enrichies par des documents familiaux légués par la veuve de Louis Renault. C'est finalement dans des archives allemandes conservées à Moscou que Pierre Dreyfus a retrouvé les comptes rendus des rencontres entre Louis Renault et Adolf Hitler.
"Aujourd'hui, nous disposons de trois fois plus d'archives qu'en 1972, mais plus le temps passe, moins il existe de témoins du passé", déplore-t-il.

Les avancées récentes et les lacunes persistantes
Le rôle des associations juives et la volonté de l'État de faciliter l'accès aux archives publiques sur la Seconde Guerre mondiale en 2002 ont été fondamentaux. Un groupe de recherche du CNRS sur les entreprises sous l'Occupation a permis, entre 2002 et 2009, la publication de quatorze ouvrages, contribuant à rattraper le retard pris par rapport aux Allemands et aux Suisses.
Pierre-Antoine Dessaux, doctorant en histoire, a découvert que le dirigeant du fabricant de pâtes Panzani gérait trois comptabilités distinctes durant l'Occupation : une pour les Allemands, une pour les banques, et une, plus avantageuse, pour les actionnaires familiaux.
Hervé Joly, chargé de recherche au CNRS, a parfois été confronté au désintérêt des entreprises pour leur propre histoire, surtout lorsqu'elles ont été rachetées, ont fusionné ou changé de nom. "Toutes n'ont pas la volonté de dévoiler leur passé ni envie de 'dépenser de l'argent pour leur histoire'", note-t-il. La conservation de ces masses de documents représente un coût important. Les archives sont parfois externalisées et stockées dans des zones industrielles, sans accès facile à la consultation. À chaque déménagement, des tonnes de documents sont jetées. Aucune personne n'était spécifiquement chargée de ces questions au sein des entreprises.
Dominique Barjot, professeur d'histoire économique à La Sorbonne, pointe un obstacle récent : "l'hyper-développement des services de communication, qui cherchent à façonner l'image des entreprises et n'admettent pas que des historiens fassent leur travail". L'accès aux informations est souvent plus simple au sein des entreprises qui ont rompu avec les familles fondatrices ou sont devenues publiques, comme Saint-Gobain ou Pechiney.
Diversité des approches face au passé industriel
Chaque entreprise a sa propre histoire et sa propre manière d'y faire face. Chez Rhodia, une équipe de salariés motivés a pris l'initiative de classer les archives historiques. Chez Peugeot, la direction a mené un travail exemplaire de transparence.
Les Archives de France, département du ministère de la culture, recensent cependant seulement 28 fonds historiques d'entreprises, tels qu'Air France, Allianz, ArcelorMittal, la Banque de France, BNP Paribas, EDF, France Télécom, Lafarge, La Poste, la RATP, Saint-Gobain, Sanofi-Aventis, la Société générale, la SNCF ou Total.
Selon Dominique Barjot, "les entreprises ont du mal à ouvrir leurs archives quand elles étaient divisées sous l'Occupation". Dans le secteur du bâtiment, il a obtenu "carte blanche de Vinci" pour des raisons similaires, mais a rencontré plus de difficultés avec une filiale de Spie, Drouard.
Le comportement individuel durant la guerre continue de choquer, tandis que "la collaboration de la part des entreprises est mieux admise qu'il y a vingt ans, sous prétexte qu'elles étaient forcées d'obtempérer", observe-t-il.
Des exemples concrets d'études historiques
Dans les groupes de chimie, aluminium, caoutchouc ou de charbonnages, des contrats de livraison aux Allemands ont pu être retrouvés dans les archives publiques, témoigne Michel Margairaz, professeur à Paris-VIII-Vincennes. Il a également travaillé sur plus de 120 entreprises spoliées pendant la guerre grâce aux archives du Commissariat aux questions juives.
Le cas de L'Oréal est instructif. Les écrits antisémites du fondateur, Eugène Schueller, ainsi que son soutien à la Cagoule, organisation d'extrême droite, sont connus depuis longtemps. Seul l'historien Jacques Marseille a pu analyser les archives du géant des cosmétiques pour son ouvrage du centenaire du groupe. Cependant, les archives des banques, celles de l'ancien département de la Seine ou de la Bibliothèque nationale de France (BNF) l'ont davantage éclairé sur ces sujets sensibles que les archives de L'Oréal.
Il a fallu attendre 1992 pour qu'un colloque sur la SNCF remette en question l'image de grande résistante forgée par l'entreprise publique. Depuis, elle a été accusée d'avoir convoyé 76 000 juifs vers des camps d'extermination. Fin 2010, un partenariat a été signé avec le Mémorial de la Shoah pour développer des recherches historiques. Lors de sa candidature pour l'exploitation de futures lignes TGV en Californie et en Floride, la SNCF a été critiquée par les élus de ces États américains pour ne jamais avoir présenté ses excuses ni versé de réparations aux déportés et à leurs familles.
Les banques et la spoliation : une histoire complexe
Contrairement aux sociétés d'assurance, les banques ont ouvert leurs archives sous l'impulsion de Jean Mattéoli, gaulliste de gauche et ancien déporté, qui avait lancé en 2000 un travail approfondi sur leur rôle pendant l'Occupation. Roger Nougaret, archiviste de formation, assure que "l'Occupation est une période assez bien connue dans les banques". Depuis 1951, des historiens étudient les spoliations des biens des juifs par les 106 établissements bancaires recensés en France pendant la guerre.
Cependant, l'accès aux archives reste fragile. Certaines entreprises redoutent l'espionnage industriel et hésitent à ouvrir leurs archives à des étudiants étrangers, notamment chinois, selon Dominique Barjot.
L'exemple suisse : une transparence temporaire
L'exemple suisse est particulièrement éloquent. Une commission indépendante d'experts (CIE) a obtenu carte blanche, y compris la levée du secret bancaire, pour étudier entre 1996 et 2001 les relations entre les entreprises suisses et l'économie allemande pendant la guerre. Durant cette période, 25 études ont pu être réalisées. Cependant, la CIE a été dissoute fin 2001, et cette initiative n'est plus qu'un souvenir dans un pays qui reste très attaché à ses secrets.
L'industrie de la bijouterie et de la joaillerie : un aperçu historique
Les publicités datant de 1923 à 1929 offrent un aperçu de la vie des maisons de bijouterie joaillerie et peuvent aider à retrouver l'origine de certains bijoux.
Les maisons et leurs créations
- Maison Gay : Fondée en 1835 par Jean-Pierre Gay et Gaspard Tissot à Genève, elle reçut un prix à l'exposition de 1900. Charles Gay aurait succédé à la maison Gay Frères, située à Genève, pour la France. Une S.A.R.L. Gay frères était située à Annemasse. L'origine de cette marque reste incertaine.
- Bansse : En 1925, cette maison était située au 16 rue Oberkampf, Paris. En 1922, Bansse employait plus de 150 personnes et était un joaillier aisé possédant un hôtel particulier rue Singer à Passy. En 1919, il était membre de la Ligue anti-allemande, un organe de défense des intérêts économiques français et coloniaux.
- Émile Baril : En 1925, son nom permettait d'identifier de nombreux petits colliers draperies vendus chez les antiquaires en joaillerie. Un incident notable fut l'agression et le vol du garçon de course d'Émile Baril en 1926. Le terme "Passe debout" était utilisé, faisant référence à l'octroi, taxes indirectes établies au profit des communes. Ces taxes ont été supprimées le 2 juillet 1943 par Pierre Laval.
- Sirop et Pauliet : En 1925, la publicité prenait la forme de marque-pages. Des dessins de la maison Sirop et Pauliet, réalisés sur Rhodoid, étaient revendus par la maison d'enchères Audap & Associés. En 1938, la publicité ne reculait devant aucune comparaison.
- ORMIA : En 1925, cette maison étonnante, encore existante récemment, avait demandé un poinçon en 1922 pour du plaqué-or. Le poinçon était un losange avec une corne d'abondance et une étoile, initiales H.Q. Sous la marque ORLUXIA, elle fabriquait un plaqué-or de qualité. En 1943, l'insculpation fut modifiée en Q & Cie. La marque "Le Bijou Chic" fut déposée en 1922 et la société était toujours présente en 1983.
- Auguste LAROCHE : En 1925, cette maison, d'abord installée rue de Saintonge puis rue de Turenne, obtint un poinçon en 1887 et le radiation en 1944. Une société fut créée en 1944, suivie de nouvelles insculpations et radiations. A.L. fabriquait des ronds de serviettes, des bourses en argent, timbales, coquetiers, puis des petits objets, hochets, bracelets en argent, et créa des modèles pour René BOIVIN.
- Chopard Frères : En 1925, cette maison, distincte de l'horloger-joaillier Chopard France, changea de raison sociale plusieurs fois entre 1897 et 1906. La bijouterie or était située rue Chapon puis rue des Trois-Bornes à Paris. Le poinçon était une chope avec les initiales correspondantes. Le style s'inspirait de motifs gallo-romains et Art nouveau, avec des ajouts d'ivoire, d'argent, d'émail et des motifs animaliers. Gaston Albert CHOPARD présenta des créations au Salon de Paris en 1905. La maison fut médaillée de Bronze à l'exposition universelle de Barcelone en 1888.

Les manufactures et leurs spécialités
- Albert Villon, Duverdrey et Bloquel (devenue "Bayard") : Créée en 1896, cette société deviendra "Bayard" une trentaine d'années plus tard. Après un dépôt de bilan en 1984, le site a fermé définitivement en 1989. Le site a été reconnu pollué par des matériaux radioactifs et a subi des opérations de nettoyage. L'entreprise fabriquait des réveils et des cadrans pour l'aviation contenant du radium et du tritium.
- Bayard Exportateur : Après la guerre, Bayard était le seul fabricant français de réveils à détenir la carte d'exportateur. En 1960, 40 % de ses mouvements étaient exportés dans 58 pays, notamment aux États-Unis.
- OR-JEHLSON : Formée en 1929 entre Jean et HASKELSON, cette société exploitait un commerce de fabrication de couverts et orfèvrerie argentée. La marque JEHLSON fut déposée en 1921. L'insculpation au bureau de Paris comportait un poinçon : une cloche et les initiales O.J.
- Jean Dunand : Ce joaillier a fabriqué des bijoux en Oréum.
- Bourgeois et Nappey : En 1916-1917, Henri et Marcel Bourgeois s'associèrent avec les frères Nappey pour produire des pièces pour les obus. En octobre 1922, ils obtinrent l'exclusivité pour la France d'un nouvel alliage imitant l'or, l'Oréum. En 1921, Marcel Bourgeois inventa un procédé de plaquage or par électrolyse ("blindage"), créant plusieurs marques dont "Blindé-Or", déposée internationalement en 1925. Ce procédé intéressa Christofle. La société ouvrira un atelier à Maîche en 1930 pour le blindage de plumes de stylo.
- Société Henri Bourgeois et Nappey : Le 1er février 1927, cette Sarl fut créée avec un capital important.
Techniques et innovations dans la bijouterie
La gravure sur métal, souvent sur argent, s'apparente à la marqueterie. Une technique ancestrale, transmise par les Romains, consiste à introduire un sulfure métallique noir dans la gravure, puis à polir la pièce après refroidissement. Cette technique connut une période de gloire en Italie à la Renaissance et fut redécouverte au XIXe siècle.
En 1925, on vendait encore des portes-montres extensibles pour transformer les montres de poche en montres-bracelets.
Les étuis à cigarettes ESSES étaient très légers en 1925.
RICHARD, "le Roi des réveils", est mentionné en 1925.
Le système d'oreilles IDEAL date de 1925.
E. MARDON est cité pour des "fumes cigares" en 1925.
Les verres de montres incassables ROBUR sont également mentionnés en 1925.
Augis : une maison de médailles et d'insignes
Augis fut fondée par Alphonse Augis, qui obtint son premier poinçon en 1910 jusqu'en 1980. Le symbole était un coq et les lettres A.A. En 1907, il créa sa célèbre "médaille d'amour". Il se spécialisa dans les médailles religieuses et les insignes pour les sociétés. En 2012, la maison fut reprise par Arthus Bertrand. Durant la guerre, ils fabriquèrent les "Francisques du Maréchal Pétain".
L'horlogerie et les marques emblématiques
La publicité de 1925 pour SASPORTAS est mentionnée.
LIP : de l'artisanat à la manufacture
L'histoire de LIP remonte à l'époque où un artisan horloger offrit une montre au Premier Consul Bonaparte à Besançon. Cet artisan, personnage de roman, parcourait la plaine alsacienne pour réparer des pendules et vendre ses propres fabrications. Il est l'ancêtre de la marque LIP, fondée en 1868 par Emmanuel Lipmann à Besançon, qui devint la plus puissante manufacture française.
Les pendules électriques ATO
Les pendules électriques ATO sont également citées en 1925.
UTI : une marque franco-suisse
La marque UTI, créée vers 1909 par Georges Meyer, fabriquait ses montres à Besançon (Fabrique Utinam) mais avait des bureaux à Paris et surtout en Suisse (La Chaux de Fonds). Au début du siècle, UTI proposait des montres de poche, des réveils et des pendules de voyage. Utinam fut l'une des premières fabriques à utiliser le radium pour la lecture nocturne des cadrans, aux côtés de Junghans en Allemagne et Lip en France.
En 1912, UTI se spécialisa dans la montre-bracelet, proposant de nombreux modèles "de forme". UTI apparaît pour la dernière fois en Suisse vers 1926 et est probablement devenue strictement française par la suite. En 1952, des réveils UTI étaient encore commercialisés, potentiellement avec des mouvements d'origine diverse, y compris suisse.
La Sihl Group : une tradition papetière
Plus de 400 employés du groupe Sihl constituent un partenaire solide pour leur clientèle internationale. Les racines de Sihl remontent à plus de 500 ans, avec une première mention d'une "vieille papeterie sur le Werd" à Zurich. L'usine allemande, Sihl GmbH Dueren, possède une tradition de plus de 100 ans dans le couchage de papier. Anciennement Renker GmbH, l'entreprise a fusionné avec la papeterie Sihl en 1990.

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