Mellerio : Histoire d'une Maison de Joaillerie d'Exception

Installée rue de la Paix à Paris, la maison de joaillerie Mellerio possède également des succursales au Luxembourg et au Japon. Ses origines remontent à la Renaissance, lorsque des membres de la famille Mellerio, originaires de Craveggia dans le Val Vigezzo, quittent le nord de l'Italie pour s'établir en France et y commercer.

Un Mellerio figure parmi les trois "consuls" chargés de représenter les intérêts des habitants de trois villages. Bien que la famille ne soit pas directement mentionnée parmi les joailliers ou orfèvres royaux avant la Révolution française, un acte juridique datant de 1755 atteste du gain de cause de Jacques Mellerio, joaillier, contre les Corporations du Havre, en vertu de privilèges spécifiques. Ce document est précieusement conservé dans les archives de la Maison Mellerio ainsi qu'aux Archives Nationales.

Les Premiers Pas et la Rencontre Royale

Le lien privilégié entre Mellerio et la royauté se tisse en 1777. Cette année-là, Jean-Baptiste Mellerio, un jeune orfèvre-joaillier italien, s'installe avec quelques marchandises devant les grilles du Château de Versailles. La Reine Marie-Antoinette, intriguée par ce singulier marchand, ordonne à sa suite d'examiner sa marchandise. La table est dressée avec soin, et Jean-Baptiste présente ses bijoux avec une telle persuasion que la dame d'honneur est séduite et acquiert plusieurs pièces.

Illustration de Jean-Baptiste Mellerio présentant ses bijoux devant le Château de Versailles

La Fondation et l'Ascension au XIXe Siècle

La première "Maison Mellerio" dont on peut identifier les traces est fondée en 1796, après la Révolution française. Cette période a créé un vide au sein de l'ancien corps privilégié des orfèvres parisiens, dont beaucoup avaient fait faillite. Jean-Baptiste Meller, ancien colporteur, s'établit alors rue Vivienne à Paris, sous l'enseigne "Mellerio - Meller à la Couronne de Fer".

L'historienne de la joaillerie Jacqueline Viruega propose un parcours historique légèrement différent, mentionnant François Mellerio (1772-1843). Venu en France en 1784, François reste à Paris sous la Révolution, s'engage dans l'armée républicaine, et devient commis chez un bijoutier milanais en 1796. En 1801, il ouvre une maison modeste mais prospère rue du Coq-Saint-Honoré. Présenté à Joséphine, il fait affaire avec les Bonapartistes et devient le fournisseur de l'impératrice. Jean Baptiste et François sont cousins.

Dès le XIXe siècle, cette entreprise nouvelle devient le fournisseur des rois et des reines de France, ainsi que d'autres têtes couronnées d'Europe. Elle s'affirme durablement comme l'un des grands artisans joailliers d'Europe.

Photographie d'une pièce de joaillerie du XIXe siècle signée Mellerio

Innovations et Héritage Moderne

Pour l'Exposition universelle de 1867, Mellerio crée un diadème en platine, marquant une innovation significative dans l'utilisation de ce matériau. En 1935, Charles Mellerio réalise les chandeliers du maître-autel et le tabernacle de l'église Sainte-Odile de Paris.

En 1993, la maison crée la montre originale de forme ovoïde, la "Neuf", qui obtient le cadran d'or. En 2010, l'entreprise se restructure en une holding familiale dirigée par Laure-Isabelle Mellerio, représentant la quatorzième génération de la famille depuis 1613.

Image de la montre

L'Héritage Familial et la Vision Contemporaine

La relation entre Mellerio et ses clients est décrite comme une relation humaine, où l'amour pour la marque et ses créations est primordial, surtout pour des produits de luxe. L'histoire des marques qui traversent les siècles se confond souvent avec celle de leurs créateurs, formant de véritables sagas.

Mellerio dits Meller fascine par son histoire intimement liée à la grande Histoire. La marque prend racine rue de la Paix, un quartier animé sous Napoléon III, dont l'influenceuse majeure était l'impératrice Eugénie. Cet âge d'or, ancré dans le Second Empire, a permis à ces marques d'irradier tout au long du XXe siècle, connaissant périodes de gloire et revers.

Contrairement à de nombreuses maisons historiques rachetées par de grands groupes du luxe, Mellerio est l'une des rares marques de joaillerie de la place Vendôme, ou plus précisément de la rue de la Paix, à n'avoir pas cédé aux sirènes de la finance. Elle est également la plus ancienne marque de joaillerie française.

Quatorze générations de joailliers se sont succédées depuis que Jean-Baptiste Mellerio a vendu son premier bijou à la reine Marie-Antoinette. L'arrivée de Laure-Isabelle et de son mari Laurent Mellerio à la tête de la société familiale en 2015 a représenté une forte pression, perpétuant la tradition d'un binôme fraternel ou conjugal, l'un créatif, l'autre affairiste.

Photographie de Laure-Isabelle Mellerio dans la boutique historique

La Transmission et le Renouveau

Laure-Isabelle Mellerio, architecte d'intérieur de formation et ancienne élève de l'École du Louvre, a toujours dessiné. Son passage de la décoration à la joaillerie a nécessité un travail conséquent, incluant une formation en gemmologie. Son sens des volumes, des couleurs et des matières s'est avéré précieux pour la création. Ses premiers mois dans la société ont été consacrés à l'immersion dans les archives familiales situées en cave.

Confrontée au dilemme entre fidélité à l'histoire familiale et désir de renouer avec le succès dans la modernité, Laure-Isabelle a choisi de tirer le fil de l'origine italienne de la famille Mellerio. Ses premières collections de haute joaillerie font référence aux Iles Borromées du lac Majeur, réinterprétant les explosions florales, l'architecture baroque et la symbolique de l'eau. Ce lien avec la tradition d'excellence est ainsi renoué.

La perte de son mari Laurent, également directeur général de Mellerio, a marqué un tournant. Son fils aîné, Côme, lui propose alors de la rejoindre, permettant à Laure-Isabelle de passer le flambeau de la partie commerciale à son fils, insufflant un vent de jeunesse à la maison tout en respectant la tradition familiale.

Une Communication Renouvelée

Le reset du compte Instagram de la marque, réalisé avec l'agence de communication Atelier Franck Durand, marque un changement significatif dans la communication de Mellerio. Cette agence, reconnue pour son travail avec des marques de luxe inspirantes, a su ancrer Mellerio dans la modernité tout en valorisant ses références au passé.

Franck Durand a insufflé de la fraîcheur, exhumant les trésors des archives pour les mettre en valeur. Le reset d'Instagram, l'alternance entre bijoux iconiques du Second Empire et nouvelles créations, le projet de réaménagement de la boutique, et la conception d'une nouvelle collection de bijoux de peau témoignent de ce renouveau.

Laure-Isabelle Mellerio souligne que la richesse de la maison réside dans ses archives, dans sa "cave", comme elle le dit si bien. L'idée est de suivre une ligne directrice entre la force de l'ancrage historique et le besoin de modernité.

Plongée dans les Archives : Trésors et Histoire

La visite des sous-sols révèle les vitrines des pièces uniques de la collection Mellerio, ainsi que la cave où sont conservées toutes les archives. Un escalier, comparé à celui des salons Chanel de la rue Cambon, mène à des trésors historiques : un nœud de diamant aérien, un bracelet de camées antiques, des parures ornées d'améthystes et d'aigues-marines géantes, et des diadèmes sublimes.

Photographie d'un diadème historique de la collection Mellerio

L'étage inférieur abrite l'"Antre de l'esprit Mellerio". Dans une cave d'une propreté méticuleuse, les murs de briques sont ornés de dessins de bijoux encadrés et de bibliothèques en acajou remplies de grimoires classés par ordre chronologique. L'odeur caractéristique des vieilles bibliothèques - un mélange de bois, de cuir et de papier ancien - enveloppe les lieux.

Un livre de comptes clients datant du Second Empire, avec des écritures magnifiques, révèle les noms des grandes familles royales de l'époque, y compris l'impératrice Eugénie, qui fréquentait assidûment la boutique Mellerio. Le livre de l'atelier, détaillant la composition, le coût et les dessins de chaque bijou produit, permet de retrouver la trace de la création de pièces iconiques, comme la fabuleuse plume de paon.

Image de dessins d'archives de bijoux Mellerio

La visite se conclut par des photographies des collections Color Queen, Giardino et de la bague Maglia en or rose perlé, les pièces favorites de l'auteure. Tandis que Laure-Isabelle Mellerio quitte pour son prochain rendez-vous, la boutique retrouve un silence ouaté, et la place Vendôme brille comme un miroir.

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