Jean-Pierre Raffarin est une figure politique française née le 3 août 1948 à Poitiers. Diplômé de l'École supérieure de commerce de Paris (ESCP), il a également été maître de conférences à l'Institut d'études politiques de Paris. Son parcours politique, débuté dans les années 1970, l'a mené à occuper des fonctions locales, régionales, nationales et européennes, culminant avec sa nomination comme Premier ministre de Jacques Chirac de mai 2002 à mai 2005.
Les Premières Années et la Formation
Né à Poitiers, Jean-Pierre Raffarin est le fils de Jean Raffarin, une personnalité politique influente qui fut vice-ministre de l'Agriculture dans le gouvernement de Pierre Mendès France (1954-1955) et conseiller général de la Vienne pendant plus de trente ans. Cette filiation politique a marqué son enfance et l'a orienté vers la sphère publique.
Après avoir suivi des études secondaires au lycée Henri-IV de Poitiers, il a étudié le droit à l'Université Paris-Panthéon-Assas, puis a obtenu son diplôme de l'École Supérieure de Commerce de Paris (ESCP) en 1972, dans la même promotion que Michel Barnier. Durant ses études, il a également effectué un stage d'un an dans le secteur privé.
Débuts en Politique et Carrière Locale
Son premier engagement politique remonte aux années 1970, au sein de l'association des jeunes partisans de Valéry Giscard d'Estaing. Il a été un animateur des "Jeunes Giscardiens" de 1974 à 1977, puis secrétaire national du Parti Républicain. En 1977, il participe à la création du Parti républicain, où il exerce diverses fonctions, notamment délégué national aux élus locaux et membre du bureau politique.
Parallèlement, il a entamé une carrière dans le privé, travaillant dans le marketing et le commerce, notamment pour les cafés Jacques Vabre (1973-1976). Il a également assuré des cours à l'IEP de Paris. Après le retour de la gauche au pouvoir en 1981, il a rejoint le cabinet Bernard Krief Communication, où il s'est occupé de la communication des collectivités territoriales.
Sur le plan local, Jean-Pierre Raffarin a d'abord été conseiller municipal d'opposition à Poitiers de 1977 à 1995. En 1986, il est devenu conseiller régional de la région Poitou-Charentes, puis président du conseil régional en 1988. Il a ainsi passé 18 ans à la tête de l'exécutif régional de Poitou-Charentes, devenant le plus jeune président de région de France à l'époque. Il a également été maire de Chasseneuil-du-Poitou de 1995 à 2001.

Ascension Nationale et Européenne
La carrière politique de Jean-Pierre Raffarin prend une dimension nationale et européenne à partir de 1989. Il est élu député européen, mandat qu'il exerce jusqu'en 1995. Durant cette période, il est également secrétaire général de l'UDF.
En 1995, sa carrière prend un tournant majeur avec son élection comme sénateur de la Vienne. La même année, il accède pour la première fois au gouvernement en tant que ministre des Petites et Moyennes entreprises, du Commerce et de l'Artisanat sous Alain Juppé (1995-1997). Durant son passage à ce ministère, il se forge une image d'élu de proximité, défendant les "petits" contre les "gros", notamment par la délocalisation de son ministère en province et l'instauration d'un contrôle administratif strict sur la création de surfaces commerciales.
Durant la campagne présidentielle de 1995, il choisit de soutenir Jacques Chirac, contrairement à une partie de l'UDF qui soutenait Édouard Balladur. Il participe à la fondation du Parti Populaire pour la Démocratie Française (PPDF), puis revient au Parti Républicain, qui deviendra Démocratie Libérale (DL) en 1997.
Premier Ministre : Réformes et Défis
Après la réélection de Jacques Chirac en 2002, Jean-Pierre Raffarin est nommé Premier ministre le 6 mai 2002. Il est choisi pour son expérience d'élu local, censé être consensuel et proche des préoccupations des Français. Il dirige trois gouvernements successifs.
Ses actions à Matignon sont marquées par plusieurs réformes importantes :
- La réforme des retraites, adoptée en 2003, qui a entraîné de nombreuses grèves et manifestations.
- La réforme de la décentralisation, visant à transférer des compétences de l'État vers les collectivités locales.
- La réforme de l'assurance maladie.
- La mise en place de la journée de solidarité envers les personnes âgées.
- L'autorisation de la privatisation des autoroutes.
- L'adoption de la loi relative à l'application du principe de laïcité à l'école en 2004.
Sa politique économique est caractérisée par un libéralisme économique modéré, avec un soutien aux politiques de "laissez-faire". Ses adversaires critiquent cependant une augmentation de la dette française due à une baisse des impôts sans diminution correspondante des dépenses de l'État.

Son gouvernement a également été confronté à des défis majeurs, comme la canicule de l'été 2003, qui a causé la mort de près de 15 000 personnes, et dont la réaction gouvernementale a été jugée tardive. Les gouvernements Raffarin ont aussi été marqués par des querelles internes et des positions divergentes entre ministres.
La défaite de la majorité aux élections régionales de mars 2004, où la droite a perdu toutes les régions métropolitaines à l'exception de l'Alsace, a été un coup dur pour sa popularité et a affaibli son gouvernement. En conséquence, un remaniement ministériel a eu lieu, avec notamment l'arrivée de Nicolas Sarkozy aux Finances.
La Démission et la Vie Post-Matignon
La victoire du "non" au référendum sur le projet de constitution européenne le 29 mai 2005 a été fatale à Jean-Pierre Raffarin. L'échec de cette campagne l'a conduit à remettre sa démission de Premier ministre le 30 mai 2005 au président Chirac, qui l'a immédiatement nommé à nouveau, lui donnant la tâche de former un nouveau gouvernement. Cependant, il sera remplacé par Dominique de Villepin peu après.
Après son départ de Matignon, Jean-Pierre Raffarin est resté actif en politique. Il a été réélu sénateur de la Vienne le 18 septembre 2005. Il a occupé le poste de Vice-Président du Sénat de mars 2011 à septembre 2014 et a présidé la commission des affaires étrangères du Sénat de 2014 à 2017. Il a également été vice-président de l'UMP en 2007 et a assuré l'intérim à la tête du parti en 2014.
Il a été le représentant personnel du président de la République pour la Francophonie de 2009 à 2012. En 2017, il a annoncé renoncer aux trois années de mandat de sénateur restantes pour se consacrer à l'ONG "Leaders pour la Paix", qu'il a fondée avec pour objectif de promouvoir la diplomatie et la coopération internationale.
L'interview politique du 20 juillet 2020 - Jean-Pierre Raffarin
Engagement International et Relations Franco-Chinoises
Jean-Pierre Raffarin est particulièrement connu pour son engagement dans les relations franco-chinoises. Il a effectué de nombreux voyages en Chine depuis 1976 et a développé des liens étroits avec les autorités chinoises. Il est souvent décrit comme un "vieil ami du peuple chinois".
Il a siégé dans plusieurs instances de conseil et de coopération économique entre la France et la Chine, notamment au "council of advisors" du forum de Bo’ao et à l'« advisory council » du Belt & Road Forum for International Cooperation. Il est également membre du conseil d'administration de la China Europe International Business School de Shanghai.
En 2011, il a co-écrit avec son épouse un ouvrage intitulé "Ce que la Chine nous a appris", publié uniquement en chinois, qui a été salué par le régime communiste. Sa posture dans les relations sino-françaises a parfois été qualifiée de "diplomatie d'allégeance" par certains observateurs.
En 2005, lors d'une visite en Chine, il a évité de s'opposer à la nouvelle loi "anti-sécession" sur Taïwan, affirmant la compatibilité de la position française avec cette loi et le principe "une Chine".
"Raffarinades" et Image Publique
Jean-Pierre Raffarin est souvent associé à ses aphorismes optimistes, surnommés les "raffarinades", dont la plus célèbre est : "La route est droite, mais la pente est forte". Ces expressions ont marqué l'imaginaire collectif et sont parfois utilisées de manière ironique.
Contrairement à ses prédécesseurs, il n'est ni normalien ni énarque, mais diplômé de l'ESCP. Il a souvent mis en avant sa connaissance du monde de l'entreprise et son attachement aux "terroirs" et à la "France d'en bas", se présentant comme un homme proche du peuple. Cette image d'anti-héros cache cependant une longue carrière politique.
Son style de communication personnel a également été remarqué. Malgré cela, il a connu une baisse significative de popularité, notamment après la défaite de son parti aux élections régionales de 2004. Les sondages suivant sa démission le plaçaient parmi les Premiers ministres les moins populaires de la Ve République.
Engagement Actuel et Retrait de la Vie Politique
Après avoir quitté son mandat de sénateur en 2017, Jean-Pierre Raffarin a continué à s'exprimer sur la scène publique. Il participe à des conférences internationales, notamment sur la francophonie, et est actif au sein de l'ONG Leaders pour la Paix.
Il a également rejoint l'équipe de l'émission télévisée "19h le dimanche" sur France 2 en 2017. Il apporte son soutien à des candidatures politiques, comme celle d'Emmanuel Macron pour l'élection présidentielle de 2022. Il a également publié des ouvrages, dont "Ne sortons pas de l'Histoire" en 2022.
Jean-Pierre Raffarin est marié à Anne-Marie Perrier depuis 1980 et a une fille, Fleur, née en 1981. Il réside entre Poitiers et Paris.