Le Palais de l'Aljafería, connu en espagnol sous le nom de Palacio de la Aljafería et en arabe sous celui de Qasr Aljafariya, est un palais fortifié d'une importance historique et architecturale remarquable. Sa construction remonte à la seconde moitié du XIe siècle, à l'époque d'Al-Muqtadir, et il fut érigé à Saragosse pour servir de résidence aux rois de la dynastie Banu Hud.
Ce monument revêt une importance particulière car il constitue l'unique témoignage conservé d'un grand édifice de l'architecture islamique en Espagne datant de l'époque des Taïfas. Après la conquête de Saragosse par Alphonse Ier le Batailleur en 1118, le palais devint la résidence des rois catholiques d'Aragon, jouant un rôle crucial dans la diffusion de l'art mudéjar aragonais. Plus tard, il fut la résidence royale de Pierre IV le Cérémonieux.

Au fil des siècles, le palais a connu de nombreuses transformations. En 1593, une reconversion majeure le transforma en forteresse militaire dans un style Renaissance, incluant des fossés et des jardins. Par la suite, il servit également de caserne. L'édifice a encore subi des altérations et des dégradations, notamment lors du siège de Saragosse durant la guerre d'Indépendance, avant de faire l'objet d'une restauration dans la seconde moitié du XXe siècle.
Origines et Construction
À l'origine, la construction du palais fut entreprise à l'extérieur de l'enceinte romaine, sur l'esplanade de La Almozara, un lieu utilisé par les Musulmans pour de grandes parades militaires. Avec l'expansion de la ville, le palais fut progressivement intégré au tissu urbain.
La construction principale du palais s'est déroulée entre 1065 et 1081, sous le règne d'Abú Ya'far Ahmad ibn Sulaymán al-Muqtadir Billah, plus connu sous son titre honorifique d'Al-Muqtadir, le second monarque de la dynastie des Houdides. Il fut conçu comme un symbole de la puissance de la taïfa de Saraqusta (Saragosse).
La disposition générale du palais s'inspire de l'archétype des châteaux omeyyades du désert de Syrie et de Jordanie du début du VIIIe siècle, tels que Qasr al-Hayr al-Sharqi, Msatta et Khirbat al-Mafjar, ainsi que du château de Ujaydir de la première période abbasside. Ces châteaux présentaient une base carrée ornée de tours semi-circulaires sur les flancs.
L'espace central tripartite du palais est composé de trois zones rectangulaires, l'espace central étant occupé par un patio avec des bassins. L'architecture de l'Aljafería rend hommage à ce modèle de château-palais, avec la zone noble située sur le segment central de la base carrée, bien que l'alignement des côtés ne soit pas parfaitement régulier. Les portiques et les appartements se trouvent aux extrémités nord et sud.

La Tour du Trouvère : Un Vestige Ancien
Le plus ancien édifice de l'Aljafería est la Tour du Trouvère. Son nom lui a été donné suite à l'œuvre dramatique "Le Trouvère" d'Antonio García Gutiérrez, datant de 1836. Il s'agit d'une tour défensive dont la construction remonte à la fin du IXe siècle, ou plus précisément, à la seconde moitié du Xe siècle selon certaines sources.
La tour conserve des vestiges de sa base, constituée de murs épais en pierres de taille d'albâtre. Au-dessus, s'élèvent des murs coffrés de béton simple, composé de plâtre et de chaux, qui s'affinent en prenant de la hauteur. De l'extérieur, la division interne en cinq étages n'est pas perceptible ; la tour se présente comme un immense prisme plein, percé seulement de quelques meurtrières.
L'accès à la tour se faisait par une petite porte située en hauteur, nécessitant l'utilisation d'une échelle mobile.
Première et Deuxième Étages
Le premier étage conserve la structure de construction du IXe siècle, composée de deux nefs et six pièces séparées par deux piliers cruciformes. De ces piliers naissent des arcs en plein cintre outrepassé, créant une structure simple et équilibrée rappelant les plafonds des mosquées califales.
Le deuxième étage présente une disposition spatiale similaire. Des vestiges de l'artisanat musulman du XIe siècle sur les briques suggèrent que cet étage a pu être reconstruit en même temps que le palais, sous le règne d'Al-Muqtadir de Saragosse.
Troisième et Quatrième Étages
Les deux derniers étages présentent un aspect assez similaire. Leur construction de structure mudéjare est probablement liée à l'édification du palais annexe de Pierre IV d'Aragon, relié à la tour par un couloir, lui conférant une configuration de donjon.
Durant les IXe et Xe siècles, la tour servait de tour de garde et de bastion défensif, entourée d'une douve. Elle fut intégrée par les Houdides à la structure du château-palais de la Aljafería, constituant une des tours de l'enceinte défensive de la façade nord de la forteresse. Lors de la Reconquista, elle fut utilisée comme donjon, puis, en 1486, l'Inquisition la transforma en prison.

Le Salon Doré et la Mosquée Privée : Cœur du Palais Houdide
La dépendance nord constitue l'ensemble le plus important d'appartements du palais de l'époque houdide. Elle comprend le Salon du Trône, également connu sous le nom de Salon Doré, et la petite mosquée privée située sur l'aile est du portique d'accès, servant d'antichambre à l'oratoire.
Le Salon Doré
À l'intérieur du Salon Doré, au centre du mur nord, se trouve un arc aveugle, emplacement où se tenait le roi. Cet arc est orné d'un motif géométrique traditionnel imitant les jalousies de la façade du mihrab de la Grande mosquée de Cordoue, un édifice clé pour son influence architecturale.
Depuis le patio, le roi apparaissait partiellement dissimulé par les trames de colonnes, qu'il s'agisse des colonnes principales donnant accès au Salon Doré ou de celles du portique contigu. Cette structure permettait un jeu de perspectives sur les différentes hauteurs et les volumes cubiques, accentué par la présence du deuxième étage et de la Tour du Trouvère, qui ajoutait du volume à l'arrière-plan pour un spectateur situé dans le patio.
Les sols des dépendances royales étaient en marbre, bordés de plinthes en albâtre. Les chapiteaux étaient en albâtre, à l'exception de certains en marbre réutilisés de l'époque califale. Les murs de ces salles sont décorés d'une bande d'ornementation épigraphique composée de caractères kufiques reproduisant des sourates coraniques, qui font allusion à la signification symbolique des décorations.
Sur deux de ces reliefs calligraphiques, on peut lire le nom d'Al-Muqtadir, permettant de dater la construction du palais, du moins une première partie, entre 1065 et 1080. Les sols en marbre blanc du palais original et la majorité des ornementations florales en plâtre qui tapissaient les murs de ces pièces, ainsi qu'une plinthe d'albâtre de 2,5 mètres de hauteur, ont été perdus.
L'accès au Salon Doré s'effectuait à travers un mur formé de trois embrasures. L'embrasure centrale, très large, est constituée de cinq colonnes doubles en marbre.

La Mosquée Privée
Du côté ouest du portique d'entrée au Salon Doré se trouve la petite mosquée ou pièce oratoire privée, utilisée par le monarque et sa cour. L'accès se fait par une porte se terminant par un arc en fer à cheval, inspiré de la Mezquita de Cordoue. Une innovation notable réside dans les premières pierres d'où part l'arc, qui sont en forme de S, une caractéristique qui sera reprise dans l'art almoravide et nasride.
Cet arc s'appuie sur deux colonnes aux chapiteaux en forme de feuilles géométriques, dans la lignée des réalisations de l'art de Grenade mozarabe. L'alfiz est profusément décoré de motifs végétaux.
En entrant dans la salle oratoire, on découvre un espace réduit, de base carrée, dont les angles sont atténués, donnant une sensation octogonale à la pièce. Du côté sud-est, orienté vers la Mecque, est placé le mihrab.
La partie frontale du mihrab est formée d'un arc en fer à cheval traditionnel, avec des formes inspirées de Cordoue. Les voussoirs alternent des décorations de reliefs végétaux et des sections lisses (originellement peintes). Contrairement aux matériaux nobles du mihrab de Cordoue (mosaïques et maîtres d'œuvre byzantins), celui de Saragosse utilise des stucs en plâtre et polychromie, les ressources étant plus modestes qu'à la capitale califale. Les couleurs ont disparu de presque tout le palais.
Le reste des murs de la mosquée est décoré d'arcs recti-curvilignes aveugles entrecroisés, ornés sur toute leur surface d'atauriques végétaux d'inspiration califale. Ces arcs s'appuient sur des colonnes aux chapiteaux de fins entrelacements. Cette structure est couronnée par des arcs polylobulés entrecroisés.
Cette galerie constitue la seule pièce conservant des vestiges de la décoration pictographique du XIe siècle. Ces motifs ont été récupérés lors de la restauration effectuée par Francisco Íñiguez Almech, après le retrait d'une couche de chaux qui les recouvrait lorsque l'Aljafería devint une chapelle chrétienne. Cependant, les travaux initiaux de 1947 suivaient des critères de restauration différents de ceux actuellement en cours.
La coupole de la mosquée n'a pas été conservée, car le palais des Rois Catholiques fut construit à cette hauteur. Néanmoins, la structure de base octogonale suggère une coupole similaire à celles de la maqsurah de la mosquée de Cordoue, composée d'arcs en plein cintre s'entrelacant pour former un octogone central.
Le Palais de l'Aljafería à Saragosse (Espagne)
Transformations Post-Musulmanes
Après la prise de Saragosse par Alphonse Ier d'Aragon en 1118, la Aljafería fut aménagée en palais pour les rois d'Aragon et également adaptée comme église chrétienne.
L'Église de Saint-Martin
Pierre IV d'Aragon fit agrandir les dépendances royales en 1336 et ordonna l'édification de l'église de Saint-Martin dans le patio d'accès à l'alcazar. Cette église, de facture gothico-mudéjare, se compose de deux nefs, chacune divisée en trois tronçons, initialement orientées vers l'est.
Les nefs s'appuient sur deux piliers formés de semi-colonnes adossées à mi-hauteur. Les voûtes sont formées par l'intersection d'arcs diagonaux simples, s'appuyant sur des arcs-diaphragmes et des arcs formerets. Les arcs diagonaux sont en plein cintre. Sur les versants des voûtes apparaissent des fleurons portant les blasons de la monarchie aragonaise.
Le portail de l'église se compose d'un arc en anse de panier surbaissé, abrité par un arc pointu de plus grandes dimensions. Deux médaillons, formés d'une série de quatre petits arcs, abritent le blason du royaume d'Aragon. Sur le tympan, une série d'arcs recti-curvilignes aveugles entrecroisés rappelle les arcs du palais des rois Bani Hud.
L'église fut entièrement remodelée au XVIIIe siècle avec la construction d'une nef qui la précède et recouvre ainsi le portail mudéjar. Les piliers et les murs furent rénovés et crépis dans un style néoclassique, réformes qui furent éliminées lors des restaurations menées par Francisco Íñiguez.
L'Ampliación Mudéjare
Il ne s'agit pas d'un palais indépendant, mais bien d'une amplification du palais musulman, qui continuait d'être utilisé. Ces nouvelles salles se situent dans le secteur nord du palais andalou, à différents étages. Cette nouvelle facture mudéjare s'est montrée extraordinairement respectueuse de la construction existante.
Les arcades ressemblent à celles du patio de Sainte-Isabelle, avec un intrados formé d'arcs lobulés. On trouve également une petite chambre de base carrée, couverte par une coupole octogonale en bois, et une petite porte d'entrée formée par un arc pointu avec un intrados lobulé, circonscrite dans un fin alfiz, dont l'écoinçon est décoré d'atauriques. Cette porte mène à une triple loge de petits arcs en plein cintre.
Durant les dernières années du XVe siècle, les Rois Catholiques ordonnèrent la construction d'un palais dans l'aile nord de la structure andalouse.

Le Dallage Opus Romain : Un Concept Architectural
Bien que traité séparément dans le texte d'origine, le concept d'Opus Romain est pertinent pour comprendre l'esthétique et les techniques de dallage utilisées dans diverses périodes et contextes architecturaux, y compris potentiellement dans des contextes associés à des édifices historiques.
Définition et Origines
L'Opus Romain est avant tout un schéma de pose géométrique pour les dalles. Chaque schéma est appelé "module", composé d'un nombre défini de dalles rectangulaires et carrées. La combinaison de ces modules crée un rendu homogène et structuré.
Ce style architectural provient de l'antiquité romaine, où les dalles étaient posées de manière parfois aléatoire, parfois taillée sur mesure. Le concept moderne de schéma de pose a été développé pour faciliter son utilisation avec un système précis.
Le style a regagné en popularité depuis les années 1960, utilisé par les architectes et paysagistes pour recréer l'ambiance des villas romaines. L'utilisation de Travertin beige ou d'autres pierres calcaires permet de créer ce style méditerranéen, apprécié dans les régions chaudes pour son aspect rustique et ancien.
Choix des Dalles en Opus Romain
Les dalles de pierre naturelle au format OPUS sont idéales pour créer un espace harmonieux et durable, convenant aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur. Elles apportent un caractère authentique renforcé par le schéma de pose et souvent une finition vieillie qui accentue cet effet.
Le format opus est particulièrement populaire en pierre naturelle, offrant un rendu authentique inégalé par le carrelage grès cérame ou la pierre reconstituée. La pose collée est recommandée pour l'opus, bien que des formats plus modernes comme le 60x60 cm soient également utilisés.
Types de Pierre et Finitions
Il existe un large choix de pierres naturelles en format OPUS, notamment le Travertin Mix (disponible en 1er et 2ème choix, ce dernier présentant plus d'aspérités pour un prix abordable), la pierre du Sinaï, la pierre bleue Alia de Turquie, le Grès Kandla, ainsi que les pierres calcaires Argos et Mera.
Les finitions les plus courantes pour un opus sont la finition vieillie (ou antic), qui reproduit la patine ancienne des pierres avec des bords usés et légèrement arrondis, ainsi que les finitions Rustique ou Manoir qui accentuent le vieillissement.
Moins communes, la finition clivée (ou "brute"), obtenue par fendage naturel de la pierre, laisse la surface rugueuse et en relief. Les finitions adoucie et brossée peuvent également être rencontrées.

Formats d'Opus Romain
Il existe deux principaux types de formats d'Opus Romain :
- L'Opus Romain 4 formats : Le plus commun, chaque module comprend 4 dalles de dimensions différentes (A, B, C, D), rectangulaires et carrées. Il existe des déclinaisons comme l'Opus 40, l'Opus 50 et l'Opus 60, où le chiffre indique la largeur de départ des dalles A, B et C.
- L'Opus Romain 7 formats : Moins courant, il est composé de 7 dalles par module (A à G). Les déclinaisons Opus MH et Opus XXL sont réservées aux grands espaces et aux pierres naturelles haut de gamme.
Pose d'un Dallage en Opus Romain
La pose d'un dallage en Opus Romain est complexe et il est recommandé de faire appel à un professionnel expérimenté. Les étapes clés incluent la préparation du sol pour obtenir une surface stable et plate, et le suivi précis du plan de pose.
Pour un rendu parfait, il est conseillé d'utiliser des produits de mise en œuvre fiables et compatibles, tels que le mortier colle Carroflex DTG et les joints PCI Pericolor Large XL. En extérieur, il est possible d'harmoniser le dallage avec des margelles de piscine, des bordures de jardin ou des parements en pierre.
Entretien et Coût
L'entretien d'un dallage en opus romain est facile et consiste à nettoyer les pierres naturelles avec un produit adapté et non acide, suivi de l'application d'un hydrofuge. La pierre naturelle résiste naturellement au gel et aux intempéries.
Le coût d'un m² de dalle Opus Romain varie considérablement en fonction du type de pierre et de la dimension de l'opus, allant de 18€/m² pour un Travertin à plus de 100€/m² pour des opus grands formats en pierre naturelle.