Origine et évolution de la joaillerie

La joaillerie est l'artisanat consistant à fabriquer des objets de parure faits de perles et de pierres (précieuses, fines, et ornementales), assemblées sur des montures de métal précieux comme l'or, l'argent, le platine, et le palladium.

Un joyau se différencie d'un bijou par un ou plusieurs de ces critères : sa grande rareté, sa beauté saisissante, sa grande durabilité, et parfois même par son histoire et sa renommée. Au sens figuré, un joyau est une chose très belle et de grande valeur.

La joaillerie consiste à mettre en scène des pierres sur un support de métal précieux. Les objets réalisés prennent la forme de bagues (solitaires, alliances), colliers, pendentifs, boucles d'oreilles, diadèmes, couronnes et tout autre objet exigeant l'utilisation de pierres : trône, statue, œufs de Fabergé, etc.

Schéma des différents types de bijoux créés par la joaillerie : bagues, colliers, pendentifs, etc.

L'art de la joaillerie à travers les civilisations

L’art de tailler et d’exposer des pierres précieuses se retrouve dans toutes les civilisations et toutes les cultures.

L'Égypte ancienne : symbolisme et pouvoir

Dans la haute antiquité, les Égyptiens préféraient ainsi la rareté et la maniabilité de l'or aux autres métaux. Dans l'Égypte prédynastique, les bijoux symbolisent le pouvoir politique et religieux dans la communauté.

Bien qu'ils soient portés par les riches Égyptiens dans la vie, ils le sont également par eux dans la mort, avec des pièces souvent placées parmi les objets funéraires, comme l'a montré la découverte du tombeau de Toutânkhamon, datant du XIVe siècle av. J.-C., ou les sandales et les étuis d’orteils en or des épouses du pharaon Thoutmôsis III, accompagnant les corps de ces défuntes dans leur tombeau, et faisant office de talisman pour le passage vers la vie éternelle.

Photographie de bijoux anciens trouvés dans des tombes égyptiennes, illustrant leur utilisation dans les rituels funéraires.

Le royaume du Bénin : statut et spiritualité

Au royaume du Bénin, au XVIe siècle, le roi arborait des manchettes en or gravées de têtes de crocodile, symbolisant le statut du monarque et sa capacité à passer du monde humain à celui des esprits.

La joaillerie contemporaine : diversité et innovation

Fin 2018, une exposition du Metropolitan Museum of Art de New York, "Jewelry: the Body Transformed", exposait un ornement de nez en argent réalisé au Pérou, entre le VIe siècle et le VIIe siècle, des bijoux d’oreille en ivoire du XIXe siècle venus des îles Marquises, ou encore une armure en aluminium et cristaux pourpre du créateur contemporain Shaun Leane pour la collection printemps-été 2000 d’Alexander McQueen.

Mais la joaillerie moderne se concentre davantage sur le décoratif et l’effet ostentatoire.

Image d'une pièce de haute joaillerie contemporaine, mettant en avant l'utilisation de matériaux modernes et un design audacieux.

L'émergence de la joaillerie moderne en France

En France, l'histoire de la joaillerie moderne commence au XVIIe siècle, avec l’introduction d’une nouvelle technique qui influe sur la forme des bijoux et la façon de les porter. Le cardinal Mazarin en développe le goût, acquérant les plus beaux diamants de son temps, et les faisant monter en bijoux, tout en encourageant les joailliers à recourir à ces nouvelles pratiques.

La taille Mazarin et la coulée à la cire perdue

C’est la taille en seize (qui se perfectionnera par la suite pour donner la taille en 32 facettes), appelée encore « taille Mazarin ».

Cette technique consiste à fabriquer un modèle en métal qui servira à réaliser un moule. Ce moule sera ensuite utilisé pour produire une ou plusieurs pièces. De la cire chaude est injectée dans le moule et les pièces en cire obtenues sont utilisées pour reproduire la pièce avec la technique de coulée à la cire perdue.

Infographie expliquant les étapes de la technique de coulée à la cire perdue dans la fabrication de bijoux.

Les procédés de finition : déroché et sertissage

Des acides sont utilisés pour enlever le borax, liquide employé pour la soudure. Pour ôter ce produit qui se cristallise, on utilise un mélange, le « déroché », composé d'une partie d'acide sulfurique pour neuf parties d'eau.

Le sertissage : fixer la pierre

Le sertissage consiste à fixer une pierre précieuse ou fine sur une monture métallique, en déplaçant une partie de ce métal.

  • Serti griffes : les griffes sont des tiges en métal sortant de la monture, tiges que le sertisseur vient replier en ergots sur la pierre pour la fixer.
  • Serti grains : c'est un petit copeau de métal qui est poussé par une échoppe coupante qui le sort de la masse de métal (sans l'en désolidariser) du bijou, pour le rabattre sur le bord de la pierre.
  • Serti clos : une mince plaque de métal précieux entoure le logement de la pierre.
  • Serti « LS » : récente procédure de sertissage brevetée et déposée par la société Lyon Serti. Ce serti consiste à entourer la pierre d'un fin rebord de métal à l'aide d'un outil spécial.
Illustrations des différentes techniques de sertissage : griffes, grains, clos, et LS.

Les matériaux de la joaillerie

Les pierres précieuses et fines

Les pierres précieuses sont le diamant, l'émeraude, le rubis et le saphir.

Les pierres fines sont un vaste ensemble de pierres qui ne sont pas considérées comme précieuses, mais ont une belle couleur et une belle transparence, les rendant aptes à l'usage en joaillerie. On les appelle également pierres semi-précieuses, bien que cette appellation soit interdite en bijouterie-joaillerie. Leur usage chez les plus grands joailliers s'est élargi depuis les années 1980, après des usages novateurs par quelques créateurs dès les années 1930. Ce sont par exemple le larimar, le topaze, l'améthyste, l'aigue-marine, le péridot et la citrine, le lapis-lazuli, la malachite et le quartz.

Les métaux précieux et leurs alliages

On parle d'alliage en joaillerie pour l'or, le platine et l'argent.

L'or fin, soit l'or tel qu'il se trouve à l'état naturel, est jaune. Si on y ajoute du nickel, l'or devient blanc. La proportion utilisée est 75 % d'or et 25 % de nickel (on parle d'or 750 ou or 18 carats). Selon les proportions d'alliage utilisées, on pourra faire varier la couleur du bijou. Ainsi, la composition de l'or rose 18 carats est de 75 % d'or, 20 % de cuivre et 5 % d'argent. La composition de l'or rouge 18 carats est de 75 % d'or et 25 % de cuivre.

Certaines pièces de haute joaillerie sont aujourd'hui réalisées en titane. Les spécificités de ce matériau, rigidité et légèreté, sont utilisées pour produire des pièces de dimensions jamais vues, telles que des fleurs de 18 cm de diamètre ou de grands papillons, etc.

Les poinçons : garantie d'authenticité

Quel que soit l'alliage choisi, un bijou doit toujours porter deux poinçons : la tête d'aigle ou le poinçon d'état qui indique le titrage et le poinçon de maître qui est unique et propre à chaque fabricant. Les ouvrages en or ou en platine d'un poids inférieur à 3 grammes et les ouvrages en argent d'un poids inférieur à 30 grammes sont dispensés du poinçon de titre ou de garantie.

Photographie de différents poinçons utilisés en joaillerie pour garantir la qualité et l'origine des métaux précieux.

La haute joaillerie : un monde d'exception

Les échanges entre lapidaires, diamantaires, joailliers, bijoutiers, sont basés sur le principe du « confié » : selon ce principe d'usage régulier, le diamantaire ou le lapidaire « confie » les pierres, dans de petits sachets aux plis toujours identiques, au joaillier. Il n'est demandé aucun reçu, signature, engagement ou caution. L'engagement est verbal.

Cette pratique ne peut pas exister sans garde-fous. À l’époque de la standardisation, la haute joaillerie et horlogerie font figure d’exceptions. Ces créations exceptionnelles peuvent occuper un atelier pendant plusieurs milliers d’heures, et visent une clientèle très spécifique.

L’univers fascinant du joaillier (création de bijou, salaire, quotidien)

Haute joaillerie vs Haute couture

Il est ainsi possible d’affirmer que la haute joaillerie est à la bijouterie ce que la haute couture est à la mode : il s’agit d’un monde à part, où ce n’est pas le prix qui fait la valeur d’une pièce, mais la création de la maison dont elle provient.

De ce fait, chaque grande maison de la place Vendôme possède sa propre identité stylistique, comme l’atteste Pierre Rainero, directeur de l’image et du patrimoine de la maison Cartier : « Un objet de la production est à la fois reconnaissable comme venant de la maison Cartier, et se doit en même temps d'être novateur ».

Stratégies de communication et valeur symbolique

En constatant cette augmentation du nombre de collections, on peut aussi observer un développement massif de stratégies de communication spécifiques à la haute joaillerie. En effet, la dimension marketing des maisons de luxe est à distinguer de la communication mise en place autour de simples bijoux, car la haute joaillerie ne se contente pas de vendre des matériaux précieux : elle y apporte aussi un savoir-faire qui les transforme et les sublime.

On pourrait ainsi dire que c’est ce savoir-faire, davantage que l’objet en lui-même, qui est vendu par les maisons. De ce fait, la valeur de ces pièces uniques réside surtout dans l’identité des marques de la place Vendôme. On peut ainsi considérer que la dimension publicitaire n’est pas la plus importante, même si elle est aujourd’hui indispensable pour faire perdurer l’« aura » de la marque.

Dans la haute joaillerie, la communication passe cependant plutôt par la relation personnelle entre le vendeur et le client : c'est l'image du joaillier d’antan, à l’écoute, qui comprend et matérialise les attentes d'un client qui a le goût et la capacité de posséder une création sur-mesure. Les grandes maisons poussent ainsi toutes à la réalisation de pièces uniques et mettent en avant cette dimension artisanale comme autant d’arguments marketing.

De plus, le côté émotionnel constitue aussi une valeur importante de la haute joaillerie. Pierre Rainero l’affirme en effet : « au-delà de la beauté des pierres, quand un artisan a passé jusqu'à deux mille heures sur une pièce, il se crée un attachement viscéral entre lui et le bijou qu'il crée ».

On confère alors une valeur symbolique à l’objet, transmise à la personne qui portera la pièce.

Image représentant une pièce de haute joaillerie unique, mettant en valeur le savoir-faire artisanal et l'émotion.

tags: #origine #du #mot #joaillerie