Pierre Louis Auguste Bourgoin, né le 4 décembre 1907 à Cherchell (Algérie) et décédé le 11 mai 1970 à Paris, fut un officier de l'Armée française de la Libération durant la Seconde Guerre mondiale et un homme politique français.

Premières années et engagement militaire
Pierre Bourgoin est né à Cherchell, en Algérie, en 1907. Après avoir exercé comme instituteur en Afrique-Occidentale française (AOF) à partir de 1925, il est incorporé en janvier 1941 au Bataillon de marche n°2. Au sein de cette unité, il commande le groupe franc et participe à la campagne de Syrie en juin 1941, où il est blessé au pied droit par un éclat d'obus en juillet. En 1941, il est condamné à mort par contumace pour faits de résistance.
En mars 1942, il est blessé une seconde fois par balle à la face postérieure du genou. Après avoir suivi un stage de commando parachutiste, il est affecté aux services secrets britanniques de l'Intelligence Service Landing Departement, où il est chargé du renseignement lors de missions spéciales.
Engagement dans la Résistance et blessures graves
En janvier 1943, son unité participe à des actions continues contre les convois entre Tripoli et Sousse, ainsi qu'à la destruction d'ouvrages d'art et à des opérations de sabotage ferroviaire dans la région de Gabès. Le 23 février 1943, alors qu'il retourne en Algérie au retour d'une reconnaissance des infrastructures allemandes en Tunisie, son véhicule est attaqué par un avion allemand, provoquant un accident.
Bourgoin subit 37 traces de blessures et est amputé du bras droit. Son bras gauche présente une fracture du radius et du cubitus ainsi qu'une fracture complète du poignet, et il souffre de multiples blessures par éclats d'obus à la cuisse gauche. Il parvient à échapper aux recherches allemandes, se cache en s'enterrant dans le sable et est secouru six heures plus tard par une patrouille anglaise. Surnommé « le Manchot », il est promu commandant.

Commandement d'unités parachutistes et opérations en Bretagne
En novembre 1943, il prend le commandement du 4e régiment du Special Air Service, le 4e Bataillon d'Infanterie de l'Air, une unité française de 500 hommes qui deviendra en 1944 le 2e régiment de chasseurs parachutistes. Il entraîne son régiment en Angleterre, puis en Écosse, en préparation du débarquement en Europe.
À partir de la nuit du 5 au 6 juin 1944, son régiment est envoyé en Bretagne dans le cadre des opérations de la bataille de Normandie afin de fixer les troupes allemandes présentes. C'est le début des opérations SAS en Bretagne. Lui-même est parachuté, malgré son handicap, dans la nuit du 10 au 11 juin, sur Dingson dans le Morbihan, à proximité de Saint-Marcel, avec son état-major et une compagnie.
Afin de bloquer sur place les 85 000 soldats allemands présents dans la région, il rassemble 3 000 maquisards et 200 SAS dans le maquis de Saint-Marcel. La base Samwest située à Duault (Côtes-du-Nord) est dispersée le 12 juin 1944 par une attaque allemande. S'ensuit le combat de Saint-Marcel le 18 juin 1944. Après la bataille, les hommes de Bourgoin se dispersent dans toute la région. Les 18 Cooney-parties, composées de 58 hommes, étaient entrées en action dès le 8 juin 1944.
L'action de Bourgoin paralyse les Allemands, qui recherchent activement tout individu suspect, notamment un manchot. Il échappe de peu à la capture près de l'écluse de Guillac le 11 juillet. Il devient l'homme le plus recherché de Bretagne jusqu'à la libération de la région en août. Les Américains atteignent la Bretagne le 6 août 1944 et la jonction se fait avec les SAS qui se regroupent et reforment le 4e SAS.

Opérations post-Bretagne et reconnaissance
Fin août 1944, Bourgoin reçoit la mission de couvrir avec son régiment le flanc droit de l'armée alliée sur la rive droite de la Loire, dans le cadre de l'opération Spencer. En septembre, ses troupes attaquent une colonne allemande de 18 000 hommes qui remontait du sud-ouest. À Saint-Pierre-le-Moutier, il capture 3 000 Allemands et saisit un matériel considérable.
Le 11 novembre 1944, le lieutenant-colonel Bourgoin, coiffé pour la première fois du béret rouge, ouvre le défilé militaire sur les Champs-Élysées à Paris, à la tête du 2e régiment de chasseurs parachutistes. Le drapeau du régiment reçoit la Légion d'honneur des mains du général Charles de Gaulle devant l'Arc de Triomphe, en présence du Premier ministre britannique Winston Churchill et du général de Gaulle.

Carrière politique et fin de vie
En novembre 1944, Bourgoin est nommé inspecteur des Parachutistes ; son régiment est confié à son adjoint Pierre Puech-Samson. Il est démobilisé en octobre 1945.
En 1958, il est élu député UNR de la 12e circonscription de Paris. Représentant de la France à l’Assemblée du Conseil de l’Europe à partir de 1959, il est également membre de l’Assemblée de l’Union de l’Europe occidentale. Il se prononce en faveur de l'autodétermination des Algériens, tout en souhaitant que l'Algérie reste française.
En 1967, il se présente pour la troisième fois dans sa circonscription sous l'étiquette de l'Union démocratique pour la Ve République. Durant ses mandats, il siège à la commission de la défense nationale et des forces armées, ainsi qu'à la commission des affaires culturelles, familiales et sociales.
Grand mutilé de guerre, il donne sa démission de député de Paris pour des raisons de santé le 6 mai 1970. Il meurt le 11 mai 1970 à Paris. Ses obsèques ont lieu aux Invalides, à titre exceptionnel. Il est inhumé à Plumelec dans le Morbihan.
Reconnaissance et distinctions
Pierre Bourgoin a été élevé aux grades de Commandeur de la Légion d’Honneur et Compagnon de la Libération. Il s'est vu décerner la Croix de Guerre 39/45 (avec 6 citations), la Médaille Coloniale avec agrafes « Libye », « Bir-Hakeim », « Tunisie », ainsi que les Palmes Académiques, l'Ordre du Mérite Civil, le Mérite Social et la Silver Star (US).