Introduction aux Rubis Synthétiques
La distinction entre un rubis véritable et un rubis synthétique peut s'avérer complexe pour le grand public. En parcourant une bijouterie, les différences visuelles entre ces pierres, toutes taillées et d'un rouge intense, peuvent être minimes. Cependant, la question de leur authenticité se pose : s'agit-il de pierres extraites du sous-sol ou créées en laboratoire ? Pendant des décennies, les acheteurs de pierres précieuses ont été confrontés à ce choix. Cet article explore l'histoire des rubis synthétiques, leur fabrication et comment les différencier des rubis naturels.
Qu'est-ce qu'un Rubis Synthétique ?
Les rubis synthétiques sont des gemmes créées en laboratoire grâce à des technologies avancées. Ces pierres partagent les mêmes caractéristiques que leurs homologues naturels, mais leur processus de formation est considérablement accéléré. Une gemme synthétique est définie comme une pierre précieuse cultivée en laboratoire dans des conditions identiques à celles des pierres naturelles. Parmi les diverses méthodes de fabrication, la technique la plus couramment employée commercialement est le dépôt chimique en phase vapeur (CVD). Inventée par le chimiste Roy Gordon, cette méthode consiste à placer une "germe" de rubis dans une chambre hermétique remplie de méthane. Au cours de ce processus, les molécules de gaz se déposent sur la gemme, l'agrandissant couche par couche. Après environ 30 jours, cette petite graine se transforme en un rubis de taille suffisante pour être monté en bijou.
Une caractéristique remarquable de ce procédé est qu'il produit des pierres aux propriétés physiques et chimiques identiques à celles des rubis naturels. Bien que les rubis synthétiques ne suscitent pas l'enthousiasme de tous, ils représentent une alternative intéressante en raison de leur ressemblance quasi parfaite avec les rubis naturels, la seule différence notable étant leur origine.

Origines et Fabrication des Rubis Synthétiques
Le rubis naturel est connu et apprécié depuis environ 8 000 ans. Dans de nombreuses cultures, ces gemmes sont valorisées non seulement pour leur beauté, mais aussi pour leurs propriétés protectrices supposées. La croyance populaire attribue leur couleur rouge à un feu interne, tandis que certaines cultures, comme la birmane et l'amérindienne, considéraient leur teinte sanglante comme un bouclier protecteur. L'attrait universel pour les rubis a logiquement conduit à des tentatives de fabrication artificielle, faisant du rubis l'une des premières pierres précieuses à être synthétisée.
Les Premiers Rubis Synthétiques : Les Rubis de Genève
Les premières pierres synthétiques identifiées furent les rubis de Genève, apparus vers 1885. Initialement vendus comme des pierres authentiques, il s'agissait en réalité de fragments de rubis naturels fondus et "reconstitués". L'origine exacte de ces pierres reste incertaine, mais leur nom évoque la ville de Genève, en Suisse, où elles auraient été produites.
Le Procédé Verneuil : Une Révolution dans la Synthèse des Gemmes
La découverte des rubis de Genève a stimulé l'intérêt de deux chimistes français, Auguste Verneuil et son assistant Edmond Frémy. Dès 1877, ils ont travaillé à perfectionner un procédé de chauffage d'un mélange d'alumine pure et d'oxyde de chrome. Une fois ce mélange fondu, ses gouttes formaient des cristaux rouge vif, appelés "boules". Ces cristaux étaient ensuite refroidis, polis et taillés en magnifiques gemmes.
Malheureusement, Edmond Frémy décéda en 1894, avant que le duo n'atteigne son objectif de produire un rubis synthétique de qualité gemme. Auguste Verneuil, quant à lui, a persévéré et a présenté ses pierres de laboratoire à l'Exposition Universelle de Paris en 1900. Son procédé, d'une durée de seulement deux heures, permettait de produire des cristaux de 12 à 15 carats. À la mort de Verneuil en 1913, le procédé de fusion à la flamme qu'il avait développé avec Frémy permettait déjà la production de 10 millions de carats de rubis par an.

Utilisation des Rubis Synthétiques
Dans l'Industrie Horlogère
Bien que souvent associés à la joaillerie, les rubis synthétiques trouvent une application majeure dans l'industrie horlogère. Leur capacité à supporter des températures élevées et leur faible coefficient de friction en font des composants idéaux pour les mécanismes d'horlogerie mécanique. Ils sont utilisés comme paliers pour supporter les pivots des axes des rouages, réduisant ainsi considérablement l'usure et garantissant la précision et la longévité des montres.
À l'origine, des rubis naturels étaient utilisés. Cependant, dès le début du 20ème siècle, les rubis synthétiques, produits par le procédé Verneuil, sont devenus la norme. Ils offrent une grande fiabilité, une reproductibilité et une standardisation que les gemmes naturelles ne peuvent garantir. Les mouvements mécaniques standards comportent généralement entre 15 et 21 rubis, placés aux endroits les plus exposés à l'usure due aux frottements. Pour les montres de haute complication, ce nombre peut atteindre plus de 200.
L'indication du nombre de rubis sur les mouvements de montres, bien que n'étant plus obligatoire en Suisse, trouve son origine dans les tarifs douaniers américains, notamment dès 1897. Cette mention permettait de calculer la valeur des montres importées et d'appliquer les droits de douane correspondants. Elle servait également, à l'époque, à indiquer la valeur de la montre à l'acheteur.

Dans la Joaillerie et d'Autres Applications Techniques
Les rubis synthétiques, dépourvus des inclusions et des impuretés souvent présentes dans les pierres naturelles, ont rapidement séduit les créateurs de bijoux. L'abondance de ces pierres rouges magnifiques a également contribué à faire baisser les prix, rendant les rubis plus accessibles aux consommateurs. De nombreux acheteurs sont attirés par les rubis créés en laboratoire pour des raisons environnementales, car leur production a un impact moindre sur les ressources naturelles, et pour des raisons économiques, les coûts de production étant inférieurs.
Au-delà de la joaillerie, les rubis synthétiques sont également employés dans des applications techniques. Leur excellente conductivité thermique les rend utiles comme lentilles pour les lasers de forte puissance. C'est d'ailleurs un rubis synthétique qui fut utilisé par Theodore H. Maiman en 1960 pour créer le premier laser fonctionnel.
Comment Distinguer un Rubis Naturel d'un Rubis Synthétique ?
La distinction entre un rubis naturel et un rubis synthétique nécessite souvent un examen approfondi, un fort grossissement et l'utilisation d'instruments techniques. La principale différence réside dans la présence d'inclusions. Les rubis naturels présentent généralement des inclusions résultant du processus de cristallisation, telles que des gaz ou d'autres minéraux mélangés lors de leur croissance. Les rubis synthétiques, issus d'un processus contrôlé et constant d'application de minéraux, de chaleur et de pression, en contiennent généralement moins.
Cependant, lorsqu'on achète un bijou auprès d'un créateur réputé, la question de l'authenticité ne devrait pas se poser. En 2018, la Federal Trade Commission (FTC) a mis à jour ses directives pour l'industrie de la bijouterie, stipulant que les bijoutiers sont légalement tenus d'informer leurs clients lorsqu'une pierre est de synthèse. Outre les réglementations et les outils d'analyse, le prix reste un indicateur clé : une étiquette de prix qui semble trop belle pour être vraie est souvent révélatrice.
En joaillerie, la valeur marchande d'un rubis dépend de plusieurs facteurs : sa taille, sa couleur, sa pureté et sa taille (sa "découpe"). Les rubis naturels possèdent des inclusions, tandis que les rubis synthétiques peuvent donner l'impression d'être parfaits. Plus ces inclusions sont rares et infimes, plus la pierre naturelle a de valeur.
Le Spinelle : Une Pierre Souvent Confondue
Il est important de noter que le spinelle, une autre gemme rouge, a souvent été confondu avec le rubis au cours de l'histoire. Le célèbre "Rubis du Prince Noir" sur la Couronne Impériale Britannique, un cristal de 170 carats, est en réalité un spinelle rouge d'une grande valeur. Le spinelle, bien que chimiquement différent du corindon (la famille du rubis et du saphir), partage certaines de ses propriétés et peut également être synthétisé. Les spinelles de synthèse Verneuil sont créés en laboratoire depuis 1920.