Les poinçons de couture et la broderie au XIXe siècle

Au cours du XIXe siècle, le monde de la couture et de la broderie a connu une évolution notable, marquée notamment par l'utilisation de poinçons spécifiques pour authentifier les ouvrages en métaux précieux. Ces poinçons, apposés par les Bureaux de garantie, servaient à marquer les objets en or et en argent, garantissant ainsi leur titre et leur origine. L'étude de ces marques permet de retracer l'histoire de ces objets d'art et de comprendre les pratiques de l'époque.

L'usage des poinçons par les Bureaux de garantie

L'utilisation des poinçons par les Bureaux de garantie était réglementée par des périodes précises et concernait différents types d'ouvrages.

Périodes d'utilisation et régions concernées

  • Le poinçon utilisé du 19 juin 1798 au 5 mai 1819 par le Bureau de garantie de Paris et ceux des départements servait à marquer les vieux ouvrages d’or ou d’argent dits de hasard et qui étaient remis dans le commerce. Son apposition ne garantissait aucun titre.
  • Un poinçon était en usage du 2 janvier 1832 au 9 mai 1838 dans la neuvième Région, englobant les départements du Loir-et-Cher, Loiret, Yonne, Indre, Cher, Nièvre, Creuse et Allier, ainsi que le Puy-de-Dôme.
  • Un autre poinçon était en usage du 16 août 1819 au 9 mai 1838 dans la deuxième Région, couvrant les départements de l’Aube, Haute-Marne, Vosges, Meuse, Marne, Ardennes, Meurthe et Moselle, Bas-Rhin. Ce poinçon garantissait le titre minimum de l’or (750 millièmes) et était apposé uniquement sur les menus ouvrages essayés au touchau.
  • De même, un poinçon était en usage du 16 août 1819 au 9 mai 1838 dans la sixième Région, comprenant les départements de la Gironde, Dordogne, Lot-et-Garonne, Landes, Basses-Pyrénées, Haute-Garonne et Ariège, ainsi que le Gers.
  • Enfin, un poinçon était en usage du 16 août 1819 au 9 mai 1831 dans la neuvième Région (départements du Loir-et-Cher, Loiret, Yonne, Indre, Cher, Nièvre, Creuse, Allier, Puy-de-Dôme). Il garantissait le titre minimum de l’or, soit 750 millièmes, et était apposé uniquement sur les menus ouvrages essayés au touchau.

Marquage des ouvrages et garanties

Les poinçons étaient apposés sur différents types d'ouvrages pour en attester la qualité ou l'origine.

  • Le poinçon des Bureaux de garantie des départements, en usage du 16 août 1819 au 9 mai 1838, était inscrit sur les gros ouvrages d’or ou d’argent de fabrication étrangère et importés en France. Il est important de noter qu'il ne garantissait pas le titre de l'ouvrage.
  • Le poinçon de petite recense, mis en usage du 16 août au 15 octobre 1819 lors de la recense générale, a servi à marquer les menus ouvrages d’or ou d’argent présentés au Bureau de la garantie de Paris et déjà empreints de marques de poinçons régulières.
  • Le poinçon de grosse recense, également mis en usage du 16 août au 15 octobre 1819 lors de la recense générale, était affecté au Bureau de garantie de Paris et servait à marquer les gros ouvrages d’or ou d’argent déjà empreints de marques de poinçons régulières.
Schéma illustrant la variété des poinçons utilisés au XIXe siècle et leurs périodes d'application

Les nécessaires de couture et la broderie : une tradition d'excellence

Au-delà des aspects techniques liés aux poinçons, le XIXe siècle a été l'âge d'or des nécessaires de couture et des objets de broderie, considérés comme des objets d'usage courant mais aussi comme de véritables œuvres d'art.

L'évolution des nécessaires de couture

Sabine Morel, experte reconnue dans le domaine, explique que l'âge d'or de ces objets s'étend sur tout le XIXe siècle, du Premier Empire jusqu'à la Première guerre mondiale. Au début du XXe siècle, les nécessaires ont tendance à se simplifier, se réduisant à l'essentiel : ciseaux à broder, étui à aiguilles, dé à coudre, bobines, aiguille passe-lacets et parfois crochets à broderie ou poinçon de couture. Ce dernier, servant à écarter les fils du tissu pour réaliser des points de broderie sans les casser, était un outil précieux.

Auparavant, les nécessaires étaient bien plus fantaisistes et personnalisés. Au début du XIXe siècle, les coffrets étaient souvent marquetés et réalisés sur commande par des tabletiers qui y réunissaient divers objets. Le poinçon de couture, bien que moins connu que les poinçons de garantie des métaux précieux, témoigne de l'importance des outils spécifiques pour la broderie fine.

Photographie d'un nécessaire de couture du XIXe siècle richement décoré

Les styles et les motifs décoratifs

Les techniques de ciselage et les motifs décoratifs ont évolué au fil des époques, reflétant les tendances artistiques du moment.

  • Le style Empire se caractérisait par un goût pour les contrées lointaines, l’Extrême-Orient, ainsi que pour l’Antiquité grecque, romaine et égyptienne. Cette période a vu la création de ciseaux remarquables en or, avec des branches ornées de motifs tels que des griffons, sirènes, chimères ailées, sphinx, scarabées, cariatides en gaines, pyramides, feuilles de vigne ou acanthe.
  • Sous la Restauration, des motifs comme la palmette et la corne d’abondance subsistent, tandis que de nouveaux apparaissent, tels que le cygne ou la lyre.
  • Vers 1900, avec l'Art nouveau, les motifs inspirés de la nature, comme le serpent ou la feuille de chêne, deviennent prédominants.

Matériaux et techniques de fabrication

Les matériaux utilisés pour ces objets étaient variés, incluant des alliages d’or, l’argent massif et le vermeil, ainsi que l’acier. Au cours du XIXe siècle, la fabrication a également évolué. Si la production des lames de ciseaux s'est mécanisée au début du XXe siècle, pendant longtemps, les ciseliers les ont forgées manuellement. Des villes comme Nogent, en Haute-Marne, étaient réputées pour leur production de « dentelle d’acier », à l'instar de Nicolas Pelletier.

Illustration de divers motifs décoratifs de ciseaux à broder du XIXe siècle (Empire, Restauration, Art nouveau)

Le marché des objets de broderie et les conseils aux collectionneurs

Le marché des objets de couture et de broderie, bien que spécifique, attire une clientèle passionnée par les pièces raffinées et les objets de collection.

Collectionneurs et objets recherchés

Ce marché se compose principalement de femmes, mais aussi de quelques hommes, pratiquant la couture ou la broderie, ou simplement appréciant les objets raffinés. Parmi les pièces les plus recherchées figurent celles possédant des formes originales ou insolites, notamment les coffrets miniatures, tels que ceux en forme de pianos à queue ou de clavecins. Les étuis à aiguilles en argent en forme de buste de femme de l’Antiquité grecque ou romaine, lorsqu'ils sont rares, sont également très prisés des collectionneurs.

Critères de prix et conseils d'achat

Le prix des objets dépend de plusieurs facteurs : l'originalité des coffrets, la rareté des motifs, et l'état de conservation des pièces. Un petit nécessaire en argent peut coûter entre 200 et 300 euros, tandis qu'un beau nécessaire en or peut atteindre 1500 à 2000 euros.

Il est essentiel d'accorder une grande attention à l'état de conservation. Il faut vérifier l'absence de soudures indiquant une réparation, ainsi que de tout défaut, particulièrement pour les ciseaux en or ou en argent. Un examen attentif de tous les détails est recommandé.

Enfin, s'assurer de la présence de poinçons est primordial : il faut vérifier que l'argent et l'or sont bien poinçonnés. Il faut également être vigilant pour ne pas confondre l'or massif avec le vermeil. L'existence de poinçons spécifiques selon les matériaux et les époques souligne l'importance de cette vérification pour les collectionneurs.

tags: #poincon #a #broder #xixe