L'étude des poinçons d'orfèvrerie française est essentielle pour situer l'époque de fabrication de l'argenterie produite en France, particulièrement à Paris, à partir du XIIIe siècle. Ces marques garantissent le paiement de l'impôt sur les métaux précieux, perpétuant ainsi les anciens poinçons de charge et de décharge de l'Ancien Régime. À Paris, les poinçons diffèrent pour l'or et l'argent, et selon que la pièce est de grosse, moyenne ou petite garantie. Afin d'éviter les fraudes, les poinçons de garantie furent renouvelés en 1809 et en 1819.
Le poinçon est destiné à garantir l'exactitude du titre exigé par le règlement, c'est-à-dire la teneur en argent du métal. Ce dernier prévoit deux titres pour l'argent : le chiffre 1 ou 2 dans le poinçon. Afin de remédier aux fraudes de faux poinçons, l'Administration des monnaies a instauré de nouveaux poinçons de titre en 1819 et, finalement, en 1838.
Ce poinçon est insculpé par le bureau des fermiers des droits du Roi, officiers d'État, sur la pièce d'orfèvrerie en cours de fabrication. La lettre date ou de jurande permet de retrouver la date exacte de fabrication de l'ouvrage, chaque année correspondant à une lettre de l'alphabet.
L'évolution des poinçons sous l'Ancien Régime
Le poinçon de jurande ou de maison commune garantit le titre du métal précieux. Le poinçon de reconnaissance, sous forme de lettre ou de symbole, permet d'identifier la ville où a été fabriquée la pièce. Il change à chaque élection de garde de la communauté. Le poinçon de la marque était apposé par les fermiers généraux, tandis que le poinçon de charge et de décharge attestait le paiement des droits sur les métaux précieux de chaque juridiction.
Les poinçons d'Ancien Régime, bien que complexes, étaient précis. Il est souvent oublié que l'argenterie et l'orfèvrerie, jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, constituaient des réserves monétaires. Louis XIV lui-même fit fondre son mobilier d'argent pour financer ses guerres, une pratique courante depuis le XIIIe siècle pour obtenir des liquidités.
Face aux contentieux liés à la qualité des alliages fabriqués par les orfèvres, un système de poinçons fut élaboré pour limiter les fraudes et responsabiliser les artisans. Au XIIIe siècle, il n'existait qu'un seul poinçon, celui de la Maison Commune. En 1378, il en fallait deux : celui de la Maison Commune (lettre date couronnée, dite "poinçon de jurande") et celui de l'orfèvre. À partir de 1672, Colbert réforma le système pour en imposer quatre, qui restèrent en vigueur jusqu'en 1790.
- Le poinçon de maître était frappé par l'artisan sur l'ébauche de la pièce.
- Le poinçon de jurande (de la Maison commune) était appliqué par les jurés-gardes de la corporation.
- Le poinçon de décharge était apposé par la Ferme générale après paiement de la taxe.
Parfois, certaines pièces n'étaient pas marquées des poinçons de la Ferme générale, soit par fraude, soit parce que certaines juridictions "oublièrent" cette obligation, pourtant très respectée à Paris. Il est à noter que ces quatre poinçons devaient être apposés sur toutes les parties de l'objet, y compris ses parties mobiles comme un couvercle.

Une bizarrerie notable est le poinçon au C couronné sur les ouvrages en bronze doré. Gage d'une pièce de qualité, il semble avoir été réservé aux bronzes les plus raffinés. Créé sous Louis XV, ce poinçon d'impôt couronnait les pièces d'une reconnaissance artistique, garantissant leur rareté et leur qualité.
Les poinçons après la Révolution française : Vieillard, Coqs et Minerve
La Révolution française bouleversa le système des poinçons. Bien qu'aboli, un nouveau système fut rapidement établi pour éviter les fraudes. Le poinçon de garantie pouvait être une tête de vieillard de face dans un cercle pour le premier titre, et un faisceau de licteur pour le second. Le poinçon de titre était représenté par un coq dans un cadre à pans coupés, la tête tournée vers la gauche.
Entre 1798 et 1809, le poinçon de titre présentait deux variantes : un coq avec un chiffre 1 pour le premier titre (95% d'argent), et un coq combattant avec un chiffre 2 pour le second titre (80% d'argent). Le poinçon de garantie prenait la forme d'une tête de vieillard de face dans un ovale pour la "grosse garantie".
De 1809 à 1819, le poinçon de titre resta un coq, appelé "deuxième coq". Les productions parisiennes d'argent (1er titre) portaient un coq tourné vers la droite dans un encadrement octogonal horizontal avec le chiffre 1.
De 1819 à 1838, le système des trois poinçons persistait sans changement notable pour le poinçon d'orfèvre. Cependant, le poinçon de Paris pour le 1er titre devint une tête de vieillard (ou "Michel Ange") tournée vers la droite avec le chiffre 1, le tout dans un octogone. Une tête de vieille femme tournée à droite, avec le chiffre 1 à gauche, représentait le 2ème titre.

Les poinçons de garantie variaient toujours selon la taille de l'ouvrage. Le vermeil (argent doré) était composé majoritairement d'argent et portait les poinçons de ce métal, ainsi que la lettre V dans un losange.
En 1838, une simplification du système intervint, passant de trois à deux poinçons : le poinçon d'orfèvre (dans un losange depuis 1797) et un poinçon unique fusionnant titre et garantie. La fameuse tête de Minerve apparut pour les gros et moyens ouvrages, tandis qu'une tête de sanglier (pour Paris jusqu'en 1962) ou un crabe (pour les départements) était utilisée pour les petits ouvrages.
Pour les gros et moyens ouvrages, la Minerve du 1er titre, tournée vers la droite, se trouvait dans un encadrement octogonal avec le chiffre 1 devant son front. La Minerve garantissant le 2ème titre figurait dans un rectangle aux grands côtés arrondis, également tournée vers la droite.
Les derniers changements majeurs eurent lieu en 1973. Le premier titre passa de 950 à 925. La Minerve 1er titre changea d'aspect, le chiffre 1 passant en bas à gauche. Une lettre fut ajoutée sous le menton pour la datation, changeant par ordre alphabétique tous les 10 ans, commençant par le A de 1973 à 1982.
Le poinçon argent : une garantie de qualité
En bijouterie et en orfèvrerie, le poinçon argent ou poinçon de garantie est un cachet apposé par le bureau de garantie française après contrôle des bijoux et ouvrages en métaux précieux. La marque est faite sur les ouvrages neufs par l'orfèvre à l'aide d'un outil appelé pointeau.
La plupart des objets et bijoux en argent métal possèdent un poinçon de titre argent qui permet de reconnaître le type d'alliage et de garantir la pureté de l'argent utilisé. L'apposition d'un poinçon argent certifie la qualité, apposé par les douanes françaises, le fabricant ou l'importateur pour les bijoux en argent véritable et pièces d'argenterie de plus de 30 grammes.
La forme du poinçon a une signification. En plus des poinçons de garantie déterminant le titre, les orfèvres peuvent apposer leur propre poinçon de maître, souvent en forme de losange avec leurs initiales gravées.
L'Angleterre, par exemple, possède ses propres poinçons de garantie, comme l'argent sterling. Un poinçon argent 925 signifie que l'objet est fabriqué à partir d'argent à 92,50%. Ces poinçons sont souvent minuscules (deux ou trois millimètres) et nécessitent une loupe pour être distingués.
Le poinçon argent peut être apposé sur les couverts, cuillères ou fourchettes d'une ménagère en argent massif de fabrication française sur la face juste au-dessus du manche, et ceux de fabrication anglaise au dos des manches.
Le contrôle des pièces d'orfèvrerie remonte au Moyen Âge. En 1275, Philippe le Hardi demanda à chaque ville d'apposer un poinçon sur les pièces produites. Cependant, c'est depuis 1672 que les réalisations des orfèvres font l'objet d'une réglementation nationale. Les inscriptions furent simplifiées à partir de 1798, suite à la Révolution.
L'expertise des poinçons
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