Chrétiens d'Orient : 2000 ans d'histoire et d'art

Cette grande exposition, intitulée Chrétiens d’Orient, 2000 ans d’histoire, présentée à l’Institut du Monde Arabe, est un événement en soi et une grande première en Europe. Elle montre, avec plus de trois cents œuvres exposées, qu’il existe une culture chrétienne forte dans le Proche et le Moyen-Orient et traduit un geste fort posé par Jack Lang, Président de l’IMA, et son partenaire, la ville de Tourcoing, dont Gérald Darmanin est Maire.

Illustration d'une église chrétienne d'Orient

Les multiples facettes du christianisme oriental

Le christianisme s’est constitué en Orient et s’exprime à travers des églises chrétiennes de différentes philosophies et pratiques : l’église syriaque d’Orient avec les chaldéens et les assyriens, autrefois appelés nestoriens ; l’église syriaque d’Occident ; l’église Maronite dont le siège est au Liban ; l’église Copte d’Égypte qui comporte une branche catholique ; l’église grecque, avec les Grecs orthodoxes et les Melkites.

Une aire géographique et chronologique étendue

Structurée en quatre parties, l’exposition s’attache à une aire géographique correspondant à six pays arabes actuels : l’Irak, le Liban, la Syrie, la Jordanie, les Territoires Palestiniens, l’Égypte.

Ier-VIe siècle : Naissance et développement du Christianisme en Orient

La première partie de l’exposition, Ier-VIe siècle - Naissance et développement du Christianisme en Orient, témoigne d’une communauté de destins et rassemble des chefs-d’œuvre de différents pays. C’est sur les pas du Christ et de ses apôtres que s’est construit le christianisme, implanté sur les rives du Bosphore entre la Méditerranée et l’Euphrate. En raison des persécutions qui, dès le commencement, ont eu lieu, les chrétiens s’organisent et créent des lieux de culte clandestins, notamment en Syrie.

De ces domus ecclesiae, il reste des fresques dont deux, précieuses, présentées ici exceptionnellement grâce à la Yale University Art Gallery qui a accepté de les prêter : La guérison du paralytique et Le Christ marchant sur les eaux (Syrie, IIIe siècle).

Fresque d'une scène biblique issue de Syrie, IIIe siècle

On trouve, dans cette première partie de l’exposition, des stèles sculptées dans la pierre, des chapiteaux, des pendentifs, des amulettes et des croix provenant d’Égypte et du Liban et de nombreuses pièces uniques qui surgissent de l’Histoire. Ainsi d’Égypte, parmi d’autres :

  • La Tenture au Jonas, une tapisserie en lin et laine (IIIe-Ve siècle).
  • Une icône représentant Saint-Marc tenant le livre des Évangiles, peinture à l’encaustique sur bois de sycomore (VIe siècle).

De Jordanie, on peut admirer une mosaïque de pavement : Mosaïque avec une paire de chèvres autour d’un palmier-dattier (535). De Syrie, une pièce exceptionnelle : L’Évangéliaire de Rabbula, manuscrit enluminé sur papier (VIe siècle).

Manuscrit enluminé de l'Évangéliaire de Rabbula, Syrie, VIe siècle

À partir de 313, après l’Édit de Milan (ou de Constantin) qui accorde la liberté de culte à toutes les religions, de nombreuses églises se sont construites dans tout l’Empire Romain. Autre caractéristique de cette époque, à partir du IIIe siècle se fondent des monastères, tout d’abord en Égypte - avec les Pères du désert, notamment Antoine, considéré comme le père du monachisme, et Pacôme qui se retirent dans le désert - puis en Transjordanie, en Syrie et en Mésopotamie.

Deux icônes venant du Monastère de Baouit en Égypte représentent l’une le Portrait d’un moine copte, l’autre un Portrait copte, Frère Marc (VIe-VIIe siècle). La figure de Saint Syméon Stylite devient emblématique.

VIIe-XIVe siècle : Les Églises orientales après la conquête arabe

La seconde partie de l’exposition, VIIe-XIVe Siècle - Les Églises orientales après la conquête arabe, parle de ce moment où, au VIIe siècle, des califats arabes s’installent, morcelant le territoire et instaurant la religion musulmane comme religion d’état. Après la conquête, les populations, majoritairement chrétiennes, conservent leur religion, leurs lieux de culte et leurs institutions et gardent un rôle important dans les administrations, la vie sociale et intellectuelle.

Après le Concile de Nicée, en 787, les églises développent leur style propre et se couvrent d’images. Cette partie de l’exposition montre le pouvoir des images et interroge leur place dans la religion : ainsi les icônes coptes d’Égypte et les panneaux de bois peints de l’église suspendue El Muallaqa, au Caire ; l’apparition des iconostases, de pierre ou de bois, séparant l’espace sacré de l’espace profane ; les images liturgiques qu’on trouve dans le mobilier et le décor des églises tels que ces deux Flabellum syriaques, des éventails liturgiques qui ont en leur centre l’image de la Vierge à l’Enfant (Deir Souriani, Égypte, XIIe siècle).

Flabellum syriaque, éventail liturgique avec l'image de la Vierge à l'Enfant

Les icônes deviennent des objets de culte. On y trouve entre autres, venant d’Égypte :

  • Le Fragment d’une icône avec représentation du Christ (VIIe-VIIIe siècle).
  • Une plaque avec Saint-Ménéas (Chaire de Grado) dans l’extrême finesse d’un ivoire sculpté (VIIe siècle).

De Syrie, est présenté un Tissu de soie avec scène de l’Annonciation (vers 800), une soie polychrome avec tissage en sergé.

La langue arabe s’intègre dans la liturgie et la Bible est traduite en arabe dès le IXe siècle. L’exposition présente des manuscrits rares en copte, syriaque, grec et arabe dans une scénographie circulaire très réussie et sonorisée avec les hymnes correspondant à chaque rite.

On lit, à travers les objets présentés dans cette partie de l’exposition, les interactions entre les civilisations chrétienne et musulmane, ainsi, venant de Syrie :

  • Un Fragment d’un plat à la descente de croix (fin du XIIIe siècle).
  • Une Bouteille décorée de scènes monastiques, vraisemblablement soufflée par un artisan musulman pour un commanditaire chrétien (milieu du XIIIe siècle).
  • Une Aiguière à iconographie chrétienne et islamique (XIIIe siècle).

XVe-XXe siècle : Les Églises orientales entre Orient et Occident

La troisième partie de l’exposition, XVe-XXe Siècle - Les Églises orientales entre Orient et Occident, montre comment, au XVe siècle, se nouent des alliances diplomatiques, intellectuelles et commerciales dans le nouvel Empire Ottoman où se trouvent les chrétiens de Mésopotamie, de Syrie et d’Égypte. Ainsi le système dit des capitulations règlemente les interventions des puissances européennes avec les populations chrétiennes et sont consignées dans des firmans. Le Firman ottoman Soliman I expulsant les Franciscains du Cénacle en 1500 est couvert d’une écriture fine, avec encre et or sur feuille de papier en rouleau.

C’est un moment où se développent les relations entre l’Orient et l’Occident, notamment par l’apprentissage des langues orientales en Europe, et la recherche, par les imprimeurs français et italiens, de la manière de restituer la typographie arabe. L’exposition présente ainsi des manuscrits, des poinçons et des plaques de cuivre comportant différents alphabets, et des bibles.

Exemple de poinçons et de plaques de cuivre utilisés pour l'impression de textes anciens

C’est un moment où s’organisent des pèlerinages et se renouvellent les icônes. À Alep, au XVIIe siècle, se créent des écoles spécialisées dans les icônes qui ouvrent sur des dynasties d’artistes chrétiens enlumineurs et miniaturistes - ainsi la dynastie des al-Musawwir -. À Beyrouth, Jérusalem, Damas, Le Caire, existe le même mouvement et la même dynamique artistique, et l’on trouve parfois sur les icônes des caractères arabes à côté de la figure du Christ.

XXe au XXIe siècle : Être chrétien dans le monde arabe aujourd’hui

La quatrième partie de l’exposition, XXe au XXIe Siècle - Être chrétien dans le monde arabe aujourd’hui, parle à la fois d’exil, d’exode, et d’un renouveau culturel et religieux. Elle présente, sous vitrines, des revues et des journaux - Al-Hilal-Le Croissant, Al Manâr-Le Phare, Al Muqtata-L’Emprunt - qui témoignent de la volonté de créer une culture arabe commune.

Elle montre des objets et des photographies, des pendentifs, des statues représentant la Vierge, des autels de rue au Liban, dédiés à deux saints maronites Rifqa et Charbel, que Houda Kassatly a photographiés à Beyrouth. Autre démarche, Vincent Gelot, alors jeune étudiant parti à la rencontre des églises d’Orient en 4L entre 2012 et 2014, présente son récit de voyage sous forme d’un grand Livre d’or : ceux qu’il a rencontrés ont déposé un message, un dessin, une prière.

Cette dernière partie de l’exposition montre les regards d’artistes contemporains inscrits dans l’histoire collective de territoires confrontés à des situations politiques et sociales très diverses. Sa présentation est assez disparate et manque d’ambition.

  • Lara Tabet, de Beyrouth, présente une série intitulée Pénélopes (2013).
  • Michele Borzoni avec Inch’Allah-Si Dieu le veut évoque, à travers huit photographies, l’ancienneté et la contemporanéité de la présence chrétienne en Jordanie et au Liban (2013).
  • Roger Anis Blessed Marriage construit un scénario sur le mariage à partir de six photographies et de petits messages accrochés, comme des bouteilles à la mer.
  • Icônes, de Nabil Boutros, polyptyque faisant partie de la série Coptes du Nil réalisée entre 1997 et 2004, ferme l’exposition et construit un discours très personnel à partir de huit années de recherches.
Photographie d'une œuvre d'art contemporain exposée, représentant la présence chrétienne au Moyen-Orient

L'art du métal dans le monde islamique

L'art du métal en terre d'Islam est un art majeur, considéré souvent comme la production la plus luxueuse possible. Ainsi, si le métal peut être produit pour de grands commanditaires (émirs, grands marchands) comme pour le souk, il coûte toujours cher à celui qui l'achète, en raison des matériaux utilisés. Les œuvres en métal sont en général des objets mobiliers, plus rarement religieux, sauf en ce qui concerne les clés de la Kaaba.

Le métal est un matériau recyclable, et les récupérations de métaux précieux ne furent pas rares au cours de l'histoire du monde islamique. C'est pourquoi notre connaissance de ceux-ci en ce qui concerne les premiers siècles de l'islam est assez fragmentaire. Les objets en alliage sont souvent mieux étudiés. Les objets trouvés en fouilles offrent plusieurs avantages, comme celui d'une datation stratigraphique, mais ils sont souvent en mauvais état, corrodés ou fragmentaires.

Quoi qu'il en soit, les objets en eux-mêmes peuvent apprendre beaucoup, par des analyses chimiques, des signatures, des mentions d'ateliers ou de lieux de production. Toutefois, ces inscriptions sont assez rares, non seulement car les ateliers étaient familiaux, parfois itinérants, mais surtout car le travail était divisé et spécialisé. Ainsi, le graveur (al-naqqash) n'était pas toujours la même personne que le dinandier, qui mettait en forme la pièce. Des spécialisations extrêmement précises existaient parfois, entre les fabricants de seaux, de chandeliers, etc.

Les métaux utilisés dans l'art islamique

Un métal se définit ainsi par un ensemble de propriétés mécaniques et physiques : la solidité, l'éclat, l'opacité, la déformabilité.

  • L'or est un métal inaltérable et ductile, qui fond à haute température (1 064 °C), et se présente à l'état natif sous forme de pépites et dans des roches (filons). Il nécessite d'être allié à au moins 5 % d'argent pour être jaune. L'or pur est mou, et doit être renforcé par l'ajout d'autres métaux, comme l'argent et le cuivre. On l'extrait en Arabie, en Asie centrale, dans le sud de l'Espagne et en Égypte, mais il peut aussi être importé du Mali et du Soudan.
  • L'argent est également un métal blanc très malléable, très fragile (corrosion), dont la température de fusion se situe aux environs de 960 °C. On le trouve rarement à l'état natif : il est en général combiné à du soufre, du plomb ou de l'antimoine. Les mines d'argent sont assez nombreuses dans le monde islamique, dans le Khorassan, au Ferghana, dans le Fars et dans le sud de l'Espagne.
  • Le cuivre est très utilisé dans l'art islamique. Métal malléable, ductile (corrosion en vert-de-gris) il est présent à l'état natif et a alors une couleur rouge. Sa température de fusion se situe aux alentours de 1 048 °C.
  • Fondant à très basse température (327 °C), le plomb est principalement utilisé dans des alliages à base de cuivre pour en abaisser la température de fusion. De couleur gris-bleuâtre, il n'existe pas à l'état natif, et doit être extrait par grillage. Mou et malléable, on l'extrait dans la région de Balkh, en Anatolie, en Jezirah, en Andalousie et en Sicile.
  • Comme le plomb, l'étain fond à très basse température (232 °C), et est donc utilisé à même escient dans des alliages à base cuivre. Il accroît la facilité de moulage, mais a aussi une action durcissante. On le rencontre dans des alluvions, mais il doit être extrait par grillage. Très blanc et malléable, il sert parfois pour les revêtements de pièces en alliage : c'est l'étamage.
  • Le zinc sert parfois à créer des pièces, notamment à l'époque Safavide, mais il est aussi utilisé comme élément d'alliage à base cuivre. De couleur blanche, il est extrêmement cassant à froid, mais malléable vers 100 à 150 °C. Sa température de fusion se situe aux abords de 420 °C. Provenant des mines de Kerman et d'Espagne, il est extrait du minerai par grillage.
  • Quasiment jamais utilisé en Islam sous sa forme pure, le fer est un métal de couleur blanc-gris qui fond à 1 530 °C. Les gisements importants se trouvent en Jezirah, dans le Fars, vers Kirman, au Maghreb, en Sicile et au Khorassan.

Les alliages métalliques

Le bronze est un alliage binaire, composé de cuivre et d'étain. Quasiment impossible à identifier à l'œil nu, sa couleur varie en fonction de la quantité d'étain : si celle-ci est inférieure à 10 %, le métal est rouge, vers 10 %, il prend une couleur rose doré, à 15 %, il est franchement doré et entre 20 et 40 %, on arrive à une production de bronze blanc, de teinte argent ou jaune pâle. La quantité d'étain joue aussi beaucoup sur la plasticité de l'alliage : ainsi, le bronze blanc est très rarement utilisé car il est cassant comme du verre ; par contre, il sonne très bien, et réfléchit beaucoup la lumière une fois poli.

Les alliages ternaires et quaternaires utilisent le cuivre allié à l'étain et/ou au zinc et/ou au plomb, dans des proportions variables.

Le bidri (en) est spécifique au monde indien. Cet alliage à base de zinc (au moins 87 %) de plomb, de cuivre et d'étain est apparu au XVIIe siècle à Bîdâr. Il s'agit du seul alliage dont la base n'est pas de cuivre. Les objets sont moulés, polis, puis frottés avec du sulfate de cuivre, ce qui noircit le métal. Des incrustations d'argent et de laiton, plus rarement d'or, lui sont ensuite ajoutées : elles peuvent être "à fleur" ou en relief sur une couche de plomb (spécialité de la ville de Lucknow). Ensuite, l'artisan applique une pâte composée de chlorure d'ammonium, de nitrate de potassium et de chlorure de sodium, qui ne noircit que l'alliage.

Techniques de fabrication et de décoration

Pour les pièces relativement plates, la fonte au sable est le moyen privilégié. Il s'agit -schématiquement- d'imprimer dans du sable, à l'intérieur de récipients métalliques, les deux côtés de la pièce voulue, puis d'y couler le métal. Le moule n'est pas brisé, permettant la fonte de plusieurs pièces identiques.

Pour les volumes, on préfère généralement utiliser des moules à pièces. Le principe en est relativement simple : on réalise un modèle en cire de l'objet, que l'on recouvre d'argile. Une fois sèche, celle-ci est découpée et l'âme en cire enlevée. Le moulage a ensuite lieu en plusieurs parties, ce qui est plus simple, puis l'objet est assemblé par une soudure à l'étain. Parfois, on emploie aussi la technique de la fonte à la cire perdue, avec un moule en une seule pièce, qui est brisé après la coulée et ne peut donc pas être réutilisé.

La cloche par exemple, est rarement utilisée dans l'art islamique bien qu'un hadith relatif à un échange de Mahomet et de El-Hareth ibn Hicham nous décrive la vision de Mahomet comme accompagnée d'un tintement de cloches : "...la Révélation me vient tantôt comme le bourdonnement d'une cloche...". (Ibn Khaldoun - Prolégomènes, Slane, 1863, tome I.djvu/327 - page203).

Lors du martelage, le dinandier travaille à froid une feuille de métal. Celle-ci est martelée sur des enclumes de formes et de tailles diverses avec différents marteaux, pour prendre la forme souhaitée. Ce type de travail a aussi pour effet de fragiliser le métal et de le rendre cassant, et nécessite donc de chauffer l'œuvre à intervalles réguliers.

Une variante en est le repoussage sur tour. L'artisan confectionne tout d'abord une âme de bois qui affecte la forme générale à obtenir ; cet élément est ensuite fixé sur un axe, et le disque de métal est repoussé contre la forme désirée au moyen d'un outil en acier monté sur un grand manche tandis que le tour est actionné. Cette méthode, qui n'est utilisée qu'à partir du XIIIe siècle, est plus simple, mais nécessite une plus grande force physique. Lors de ce travail, l'ouvrier est maintenu par une large sangle contre le tour afin de faciliter ce travail de force.

Il s'agit d'un décor réalisé grâce à des poinçons, en creux ou en relief, et connu aussi pour cette raison sous le nom de poinçonnage.

Lors de la gravure, l'artiste attaque la surface du métal à l'aide d'un ciseau à graver ou de gravoirs, s'il désire des motifs différents de simples rainures.

L'ajourage se fait à froid, en perçant la feuille avec un perçoir ; de nombreux motifs (resille, calligraphie, figurations) peuvent être créés. Cette technique, qui existait bien avant l'Islam, fut employée de tout temps pendant la période islamique ; elle permet de réduire le poids d'une pièce et de laisser passer la lumière.

Le décor au repoussé est obtenu par le martelage avec une tige recourbée de l'envers d'une plaque de métal, à froid.

Le niel est un élément noir résultant de la sulfuration de l'argent et de l'argent doré. Cet état est obtenu simplement en passant de l'eau sur les parties destinées à devenir sombres.

Technique ottomane, le tombak était déjà pratiqué dans l'empire byzantin, mais ses origines sont mal connues. Le nom dérive du mot « tambaga », à savoir « cuivre » en malais. Il s'agit d'une technique permettant de dorer le cuivre et les alliages cuivreux avec un amalgame d'or et de mercure. La pièce de cuivre ou d'alliage est tout d'abord nettoyée à l'acide avant d'être badigeonnée au pinceau de l'amalgame d'or et de mercure et chauffée.

L'incrustation de métaux précieux (or, argent et cuivre) dans un alliage métallique peut être réalisée en filets ou en plaques. La première étape consiste à graver le métal selon les bords de l'incrustation, puis, s'il s'agit d'une surface importante, à lui donner une certaine irrégularité afin que les plaques tiennent mieux. Il faut ensuite déposer le fil ou la plaque de métal dans les creux prévus à cet effet et à refermer le métal sur les côtés.

L'incrustation naquit en Iran au XIIe siècle, et introduisit une révolution dans l'art du métal : la polychromie ainsi obtenue fit naître une véritable "peinture sur métal", et permit à cet art de s'affirmer. Les artisans se considérèrent plus comme des artistes, comme le prouve la multiplication des signatures. La diffusion de cette technique en direction du Proche-Orient ne se fit pas attendre, et l'art du métal incrusté atteignit son apogée dans l'Égypte mamelouke. Les incrustations déclinent à partir du XVe siècle, en Égypte comme en Iran, où elle s'arrêtent totalement au début de la période Safavide.

Le poinçon dans l'orfèvrerie

En Algérie, la demande pour les objets en métal gravé reste significative. R. Annabelle Collinet, Précieuses matières.

Le contrôle des pièces d'orfèvrerie remonte au Moyen Âge. En 1275, Philippe le Hardi demande à chaque ville de faire apposer un poinçon sur les pièces d'orfèvrerie qui y sont produites. Mais c'est depuis 1672 que les réalisations des orfèvres font l'objet d'une réglementation nationale.

Le poinçon de charge, institué en 1672, est insculpé durant la fabrication par le fermier général, représentant de l'État, et engage l'orfèvre à s'acquitter des taxes sur les métaux précieux au terme de la réalisation de l'ouvrage.

Le poinçon de jurande ou lettre date, institué en 1375, garantit la qualité du métal utilisé pour la réalisation. Il s'agit en général d'une lettre changée chaque année, et dont le graphisme change à chaque fin de cycle, tous les 23 ans ; il permet ainsi de dater l'objet.

Le poinçon de décharge, insculpé au terme de la réalisation de l'ouvrage, atteste le paiement des droits sur les métaux précieux de chaque juridiction. Il permet également d'identifier la provenance de la pièce d'orfèvrerie ; il s'agit en général d'un petit animal ou d'un symbole, parfois il peut s'agir d'une lettre surmontée d'une couronne fermée.

Le poinçon dit de recense pouvait parfois être insculpé afin de parer au vol ou à la contrefaçon de poinçon.

Le poinçon de reconnaissance, introduit en 1750, permet de signaler des rajouts de pièces sur un objet ancien.

Enfin, on peut également rencontrer un poinçon qui mentionne les initiales ou le nom de l’orfèvre, surmontant la mention “plaqué” ou “doublé”, signifiant que l’ouvrage est réalisé en métal vulgaire (cuivre, bronze, etc.) recouvert d’un métal précieux.

Si vous possédez un bijou ancien ou que vous envisagez d'en acheter un, l'un des premiers réflexes à avoir est de chercher la présence d'un poinçon. Ce petit marquage, souvent discret, peut vous révéler beaucoup d'informations sur la composition, la provenance, le joaillier et la valeur de votre bijou. Un poinçon est une marque officielle apposée (insculpée) sur un bijou par un organisme de contrôle ou par le fabricant. En France, les bijoux en métal précieux doivent être poinçonnés par les douanes ou un bureau de garantie. Le poinçon donne une preuve tangible de l'authenticité et de la qualité du métal. Identifier une époque ou un style (ex. 5. Déchiffrer les poinçons d'un bijou ancien, c'est comme lire un petit fragment d'histoire. Vous avez un bijou ancien et vous souhaitez en connaître la valeur ou l'époque ?

Exemple de poinçons d'orfèvrerie français anciens

Le cabinet des poinçons

tags: #poincons #cuivre #islamistes