Lorsque l'on évoque la joaillerie ancienne, l'or vient immédiatement à l'esprit. Cependant, d'autres métaux et pierres précieuses ont également marqué l'histoire de cet art, apportant leur propre éclat et leur propre valeur aux pièces d'exception.
L'argent : un métal aux multiples facettes
L'argent, loin d'être un simple métal brillant, possède une histoire millénaire avec l'humanité. Depuis l'Antiquité, il a été utilisé pour la création de monnaies, la décoration d'objets et les rituels. Sa présence constante à travers les âges témoigne de son importance économique et de son utilité dans les technologies modernes.
Les civilisations grecque et romaine utilisaient déjà l'argent pour leurs monnaies. Au Moyen Âge, il jouait un rôle crucial dans le commerce en Europe. Contrairement à l'or, souvent réservé à la royauté et aux plus fortunés, l'argent était plus accessible, devenant le métal des marchands et des explorateurs, et servant de base à de nombreuses devises au fil des siècles.
Aujourd'hui encore, l'argent conserve un double rôle : celui d'un investissement sûr et celui d'un composant essentiel dans de nombreuses technologies modernes, telles que les panneaux solaires et l'électronique. On le retrouve ainsi dans les bijoux anciens, mais son histoire dépasse largement ce cadre.
Dans la joaillerie, l'argent pur, bien que malléable, est souvent allié à d'autres métaux, comme le cuivre, pour en accroître la résistance.
Le platine : l'élégance discrète et royale
Le platine, dont le nom dérive du terme espagnol "platina" signifiant "petit argent", possède une histoire singulière. Louis XVI aurait même décrété que le platine était le seul métal digne des rois, soulignant sa préciosité et son exclusivité.
Ce métal se distingue par sa densité supérieure à celle de l'or et de l'argent, et surtout par son absence d'oxydation, gage de durabilité. Il se présente généralement sous forme de pépites ou de paillettes d'un gris acier et possède un lustre blanc argenté naturel, sans nécessiter de placage ou d'alliage pour obtenir cette teinte.
Le platine est suffisamment résistant pour être utilisé en joaillerie dans sa forme quasi pure. Les bijoux en platine sont généralement titrés entre 850 et 950 millièmes, indiquant une teneur de 85% à 95% de platine pur. Pour faciliter son travail, il peut être allié à du cuivre, mais sa dureté le rend plus susceptible aux rayures que l'or.
Grâce à sa robustesse et à son éclat intemporel, le platine est devenu un choix populaire pour les alliances et les bagues de fiançailles, symbolisant l'éternité et l'engagement. Son point de fusion élevé, environ 1772 degrés Celsius, atteste de sa grande résistance. Le platine a également marqué l'histoire de la joaillerie, notamment durant l'époque Art Déco, où les techniques de fabrication ont évolué pour mettre en valeur ses propriétés uniques.
L'or : l'art de l'alliage pour la joaillerie
L'or pur, bien qu'extrêmement beau, est également très malléable. Un anneau en or 24 carats pourrait facilement se déformer. C'est pourquoi, en joaillerie, l'or est systématiquement mélangé à d'autres métaux pour former des alliages, modifiant ainsi sa résistance et sa couleur.
Le système des carats indique la proportion d'or pur dans un bijou :
- 24 carats (ou 999 millièmes) : Or quasi pur.
- 18 carats (ou 750 millièmes) : Contient 75% d'or pur, le reste étant un mélange d'autres métaux pour la résistance et la couleur. C'est le standard en joaillerie.
- 14 carats (ou 585 millièmes) : Contient 58,5% d'or pur.
- 9 carats (ou 375 millièmes) : Contient seulement 37,5% d'or pur.
L'art de l'alliage permet d'obtenir différentes couleurs d'or :
- Or jaune : Obtenu en mélangeant l'or avec de l'argent et du cuivre en proportions à peu près égales.
- Or blanc : L'or est allié à des métaux comme le palladium ou le nickel. Il est souvent revêtu d'une fine couche de rhodium pour un éclat plus blanc.
- Or rose : Le cuivre confère cette teinte rosée. Plus la proportion de cuivre est élevée, plus la couleur est prononcée.
- Or vert : Moins courant, il est obtenu en ajoutant de l'argent à l'or, parfois avec une touche de cadmium.
Pour identifier la pureté d'un bijou en or, il faut consulter les poinçons, de petites marques gravées sur le bijou indiquant sa teneur en or. Dans la joaillerie ancienne, des poinçons étrangers ou des marques de fabricant peuvent également être présents.
Le Vermeil : l'alliance de l'argent et de l'or
Le vermeil est un matériau constitué d'argent massif recouvert d'une couche d'or. Pour qu'un bijou soit considéré comme du vermeil, sa base doit être en argent sterling (925 millièmes d'argent pur) et le placage d'or doit mesurer au moins 5 microns d'épaisseur et être d'une qualité minimale de 10 carats (420 millièmes d'or pur).
Le vermeil offre l'apparence de l'or à un coût plus abordable. Il est apprécié pour sa finition, sa couleur chaleureuse et sa durabilité, surtout lorsque la couche d'or est épaisse. Il permet de créer des pièces originales et audacieuses qui se distinguent.
La différence principale entre le vermeil et le plaqué or réside dans la qualité de la base et du placage. Le vermeil utilise obligatoirement de l'argent massif comme base, et son placage d'or est plus épais et de meilleure qualité. Le plaqué or peut avoir une base en métal plus commun (laiton, cuivre) et son placage est souvent plus fin, s'usant plus rapidement.
Autres métaux et imitations dans la joaillerie ancienne
Bien que l'or et l'argent soient prédominants, d'autres métaux ont joué un rôle, notamment pour la création de pièces plus abordables ou d'imitations.
- Pomponne : Un alliage à base de cuivre, développé à la fin du XVIIIe siècle, visant à imiter l'or.
- Bijoux en "acier pointé" : Ils sont constitués d'une base métallique sur laquelle sont fixés de petits pointes d'acier facettées pour scintiller comme des diamants. Très à la mode du XVIIIe siècle aux années 1930.
- Acier inoxydable : Un métal résistant à la corrosion, apprécié notamment par les horlogers, et recyclable.
- Cuivre et bronze : Ces métaux moins précieux étaient utilisés pour créer des pièces magnifiques, témoignant du savoir-faire des artisans et des styles de différentes époques.
L'utilisation de métaux moins nobles dans la joaillerie ancienne ne diminue en rien leur valeur historique ou artistique. Ils témoignent de la créativité des artisans et ont permis à un plus grand nombre de personnes d'accéder à des bijoux étincelants.
Les pierres précieuses et fines : trésors de la Terre
Au-delà des métaux, les pierres précieuses et fines sont au cœur de la joaillerie ancienne et moderne.
Le Saphir : l'emblème de la fidélité
Le saphir est l'une des pierres les plus emblématiques. Son nom vient du grec "Sappheiros", signifiant bleu. Pour les Perses, sa couleur rappelait les reflets du ciel. Symbole de fidélité, il est souvent choisi pour les bagues de fiançailles.
Les principales mines de saphirs se situent autour de l'océan Indien, en Asie, en Australie et en Afrique de l'Est. Le saphir fait partie des quatre pierres précieuses, aux côtés de l'émeraude, du diamant et du rubis.
Grâce à sa haute résistance, notamment aux rayures, le saphir est utilisé dans la fabrication des verres de montres. Le corindon, dont le saphir est une variété, offre une large palette de couleurs : bleu clair à foncé, vert, jaune, rose, et même incolore. La couleur rouge du corindon est appelée rubis.
La couleur d'un saphir est due à la présence d'impuretés : l'oxyde de fer et de titane pour le bleu, par exemple. La qualité des saphirs est souvent évaluée selon le système AAA (la meilleure qualité pour les pierres de couleur), bien que des grades comme AA existent aussi.
Le chauffage est un traitement ancestral utilisé pour améliorer la couleur et la résistance des pierres de couleur, y compris le saphir. Les pierres non chauffées sont extrêmement rares et nécessitent un certificat d'un laboratoire indépendant.
L'origine d'un saphir (par exemple, Ceylan) n'indique pas une qualité supérieure, mais peut influencer la préférence de couleur. Les saphirs s'associent bien avec tous les métaux, mais l'or noir peut avoir tendance à les assombrir.
Le saphir est traditionnellement offert pour célébrer le 5ème et le 16ème anniversaire de mariage.
La classification des pierres précieuses et fines
Les pierres précieuses ou fines sont des gemmes, c'est-à-dire des pierres brutes travaillées par facettage pour révéler leur éclat. La ville d'Anvers est depuis le XVe siècle la capitale mondiale du diamant.
Historiquement, le terme "pierres précieuses" désignait quatre pierres : diamant, saphir, émeraude et rubis. Le terme "pierres semi-précieuses", bien que parfois considéré comme péjoratif, n'est pas entièrement exact, car toutes les pierres extraites des quatre coins du monde sont recherchées depuis des millénaires.
La formation des pierres remonte à la création de la Terre il y a environ 4,6 milliards d'années. Les diamants se seraient formés il y a 3,3 milliards d'années, et les émeraudes environ 65 millions d'années plus tard.
Les critères de qualité des gemmes
La beauté d'une pierre se définit par son éclat naturel, sa profondeur de couleur, sa teinte spécifique ou ses reflets. Chaque pierre naturelle est unique.
La rareté est un facteur clé de la valeur des pierres. Par exemple, la Tanzanite est jusqu'à 1000 fois plus rare que le diamant.
La dureté d'une pierre se mesure selon l'échelle de Mohs, qui classe la résistance des matériaux sur une échelle de 1 à 10. Cette échelle permet de comparer la capacité d'une pierre à en rayer une autre.
L'évaluation qualitative des pierres est réalisée par des gemmologues selon plusieurs critères :
- Couleur : Plus un diamant est proche du blanc pur, meilleure est sa qualité.
- Clarté : La taille, la couleur et la position des inclusions dans la pierre. Les inclusions sont inévitables dans les pierres naturelles.
Chez Gemmyo, les pierres de couleur sont certifiées de qualité AAA, et les diamants de plus de 0,4 carat sont accompagnés d'un certificat GIA ou HRD d'Anvers.
Les traitements des pierres
Le chauffage est un traitement courant pour les pierres de couleur, utilisé depuis l'Antiquité pour maintenir, renforcer ou améliorer la résistance de la couleur. Il est bénéfique pour la pierre.
Les pierres non chauffées sont rares. En l'absence de certificat d'un laboratoire indépendant, il est peu probable qu'une pierre soit non chauffée.
Seul le topaze est systématiquement traité par irradiation.
La glyptique : l'art de la gravure sur pierre
La glyptique, ou art gemmier, concerne la taille de petites pierres, y compris les sceaux-cylindres et les inscriptions. Dans l'Antiquité, la plupart des pierres gravées servaient de sceaux, souvent montés sur une bague.
La gravure s'effectuait à l'aide d'une poudre abrasive issue de pierres plus dures et d'un foret manuel, parfois monté sur un tour. L'émeri, utilisé pour la poudre abrasive, est extrait à Naxos depuis l'Antiquité.
Les premières formes de sceaux étaient taillées à la main, mais le foret permettait plus de détails. Les techniques byzantines utilisaient une roue à bord plat sur un foret pour la gravure en creux, tandis que les Carolingiens utilisaient des forets à pointe ronde.
Intaille et Camée
Strictement parlant, l'intaille consiste à creuser la pierre (gravure en creux), tandis que le camée est une sculpture en relief, exploitant les couches de couleurs différentes de la pierre.
Les sceaux-cylindres, dont le dessin n'apparaît qu'en étant roulés sur de l'argile humide, sont une tradition ancienne au Proche-Orient. Ils se sont répandus dans le monde égéen et minoen.
La tradition grecque, sous influence minoenne, a vu l'apogée de la finesse et du raffinement à l'époque hellénistique. Les sceaux grecs anciens, ronds ou ovales, présentent souvent des animaux dans des poses énergiques, parfois avec une bordure marquée de points.
La gravure en relief est devenue courante en Grèce au Ve siècle av. J.-C. La plupart des gemmes spectaculaires de la tradition occidentale sont en relief. Les inscriptions sont généralement en écriture miroir, ne se lisant correctement que sur les empreintes.
Le camée, rare en forme d'intaille, semble être apparu en Grèce vers le IIIe siècle av. J.-C.
Les gemmes dans l'histoire et la collection
Les conquêtes d'Alexandre le Grand ont ouvert de nouvelles routes commerciales, augmentant la disponibilité des gemmes. Les gemmes romaines ont généralement poursuivi les styles hellénistiques, leur qualité déclinant à la fin du IIe siècle apr. J.-C.
Durant le Moyen Âge européen, les gemmes antiques étaient très appréciées. Elles étaient utilisées pour décorer des objets d'orfèvrerie tels que des couronnes votives, des reliures de livres et des croix.
La production a repris à partir de l'époque carolingienne, utilisant souvent du cristal de roche. Le Christal de Lothaire est un exemple célèbre de ces grandes gemmes gravées aux scènes figuratives complexes.
Des gemmes d'un style classique remarquable ont été réalisées en Italie du Sud pour la cour de Frédéric II au XIIIe siècle.
Les cours françaises et bourguignonnes de la fin du Moyen Âge ont collectionné et commandé des gemmes, et ont commencé à les utiliser pour des portraits.
En Italie de la Renaissance, Venise est devenue un centre de production important. Les gemmes antiques étaient des sources d'inspiration majeures pour les artistes cherchant à retrouver un vocabulaire figuratif classique.
Les inscriptions sur les gemmes sont souvent comparables à celles des monnaies. Les premières gemmes montraient principalement des animaux, puis des dieux, des satyres et des scènes mythologiques. Des portraits de monarques apparaissent à partir de l'époque hellénistique.
Les collections de gemmes célèbres ont vu le jour avec des figures comme le roi Mithridate VI du Pont, Pompée, Jules César, et de nombreux empereurs romains.
Pliny l'Ancien, dans son "Histoire Naturelle", résume l'histoire de la tradition grecque et romaine, ainsi que la collection romaine.
Des objets sculptés dans la pierre semi-précieuse, comme la Coupe des Ptolémées, étaient également considérés comme des objets d'art.
La collection de 827 gemmes gravées du pape Paul II a été acquise par Laurent le Magnifique. La collection Médicis était légendaire.
Trois des plus grandes gemmes camées antiques, créées pour des membres de la dynastie julio-claudienne, semblent avoir survécu hors du sol depuis l'Antiquité. La Gemma Augustea, apparue en 1246, a traversé les siècles et les collections royales.
En Angleterre, des aristocrates ont constitué d'importantes collections au XVIIIe siècle, souvent aidés par des marchands-connaisseurs.
Des artistes comme Pyrgoteles, Dioscuride (probablement l'auteur de la Gemma Augustea), et la famille Anichini ont marqué l'histoire de la gravure sur gemme.
Des méthodes ont été développées pour réaliser des empreintes de qualité à partir de vieilles gemmes, ainsi que pour couler de nouveaux designs en émail, permettant une production massive d'imitations de gemmes gravées.
Des camées en céramique, comme ceux de Wedgwood en jaspe, sont également devenus à la mode.
