Origines et Formation du Groupe
24-Carat Black (parfois stylisé The 24-Carat Black) était un groupe américain de soul et funk actif au début des années 1970. Bien qu'ils n'aient sorti qu'un seul album à l'époque, le concept album de fin 1973 intitulé Ghetto: Misfortune's Wealth, produit et arrangé par Dale Warren, leur musique a été samplée à de nombreuses reprises.
Dale Warren, neveu de la seconde épouse de Berry Gordy, Raynoma, a reçu une formation musicale classique. Il est devenu violoniste de conservatoire et, en 1961, a été recruté par sa tante pour travailler comme arrangeur de cordes chez Motown Records. C'est à cette époque que Warren a rencontré et pris sous son aile un jeune groupe de soul de Cincinnati, Ohio, nommé The Ditalians. Il les a persuadés de changer leur nom en 24-Carat Black et a écrit et produit leur unique enregistrement original, le concept album de fin 1973, Ghetto: Misfortune's Wealth.

La Composition de 24-Carat Black
La formation du groupe comprenait Larry Austin à la basse, Tyrone Steels aux percussions, Jerome Derrickson au saxophone, Ricky Foster à la trompette, James Talbert au piano électrique, William Talbert à l'orgue, et aux voix Princess Hearn, Kathleen Dent, et Valerie Malone.
"Ghetto: Misfortune's Wealth" : Un Album Ambitieux et Sous-Estimé
L'album mettait en lumière les difficultés de la vie dans les centres urbains, et était divisé en huit "synopses", chacune se concentrant sur un aspect différent de la pauvreté. Il a reçu peu d'attention à l'époque de sa sortie.
Le travail de Dale Warren, arrangeur formé à l'école classique, était également actif chez Motown (pour The Supremes) et à Memphis (pour Isaac Hayes). Il est également l'auteur de pépites pour des chanteuses plus confidentielles comme Rozetta Johnson et Gloria Ann Taylor. Derrière ce travail d'orfèvre se cache Dale Warren, arrangeur passé par une instruction musicale classique et actif aussi bien chez Motown que du côté de Memphis.
Enregistré sous la direction minutieuse de Warren avec une bande de teenagers à une époque où les groupes de rock progressif étaient les seuls à concevoir un tel chef-d'œuvre, l'album a eu du mal à trouver sa place sur le marché. Il était trop audacieux pour un public cherchant à s'évader dans les bons moments de Philadelphie ou à s'abreuver à la source joyeuse de Motown. L'album était trop plombant pour l'époque.

L'Impact Posthume et la Redécouverte par le Hip-Hop
À partir du début des années 1990, Ghetto: Misfortune's Wealth a commencé à être utilisé comme source de breakbeats par de nombreux artistes de hip-hop, notamment Eric B. (sur "In The Ghetto" en 1990), Dr. Dre (sur "Nas Is Coming"), Jay-Z (sur "Can I Live Pt 2"), Digable Planets (sur "Cool Like Dat"), Naughty by Nature (pour "Poverty's Paradise") et d'autres.
Adopté au début des années 90 par la scène groove britannique et plus tard samplé par Digable Planets et Jay-Z, Ghetto: Misfortune's Wealth est le premier et unique LP du collectif 24 Carat Black. L’album concept du producteur et compositeur Dale Warren, sorti à l’automne 1973, a même mis au défi son public cible de l’adopter.
Plus récemment, des chansons de 24-Carat Black ont été samplées par Pusha-T dans "Infrared" et Kendrick Lamar dans "The Heart Pt. 4". Le premier album de 24-Carat Black a rapidement acquis le statut d'album culte auprès des diggers, amateurs de breaks, obsédés du sample et autres fans de rare groove.
Hood HeartBreak - SamSSoula ( music by 24 Carat Black)
Les Œuvres Inédites et Postérieures
Dale Warren a enregistré d'autres morceaux avec 24-Carat Black en 1974, qui sont restés inédits pendant de nombreuses années. La chanteuse Princess Hearn a épousé Warren. Il est resté chez Stax jusqu'à la faillite de la société.
En 2009, le label Numero Group a proposé un album inédit de la formation 24-Carat, un bijou intact nommé Gone: The Promises Of Yesterday. Mais les promesses du passé n'avaient finalement pas dit leur dernier mot, puisque voilà un troisième opus constitué de démos datant des années 1980, découvertes dans un box où Dale Warren a réalisé plusieurs enregistrements avant sa mort en 1994. Si l'ensemble est moins abouti que les précédentes productions de 24-Carat Black, on se laisse tout de même séduire par les voix douces des chanteuses présentes sur le projet (LaRhonda LaGette en tête) et ces ambiances troublantes qui flirtent avec les musiques de films des années 70.
Malgré le nombre impressionnant de musiciens, l'album conserve un aspect intimiste voire oppressant en raison des thèmes abordés : la misère des ghettos noirs américains. De plus, il faut ajouter un enregistrement soigné (qualité de la réverbération, les instrumentales) qui n'a duré que 12 heures ! Les voix des 3-4 chanteurs/chanteuses touchent par leur sincérité, des sermons poignants et sombres sur la douleur de l'existence en ville, comme sur "In the Ghetto" ou la 2ème version de "Mother's Day". Les arrangements ont aussi une grande classe, parfois épurés pour créer une ambiance particulière ou plus dans un style funk 70's pour conserver quelques touches d'optimisme.

Dale Warren était un type brillant mais incompris. Même si la confiance de son label est ébranlée, le producteur maniaque réunit à nouveau son groupe fin 1974 pour enregistrer un nouvel album. Warren ne voulait pas répéter le coup du concept-album politique. Toutefois, les bandes retrouvées montrent des chansons inachevées, sans cordes et parfois sans voix. Sa vision artistique était cette fois plus ouverte et 24-Carat Black enregistrait des chansons d'amour composées par Warren pour ce 2ème album à venir. Après que Stax, croulant sous les dettes, se soit effondré, Warren a voulu poursuivre l'aventure et a financé de sa poche les sessions studio. Dépité, Dale Warren abandonne ses ambitions de compositeur : il devient instrumentiste dans des formations de musique classique et part s'installer à Los Angeles, puis en Géorgie.
En avance sur son temps, Ghetto: Misfortune's Wealth est redécouvert à partir des années 90 par un mouvement hip-hop qui fouille toujours plus profond dans les bacs à vinyles à la recherche perpétuelle du sample juste. L'engouement suscité par la réédition de l'album relance les rumeurs d'un 2ème opus de la formation soul.