Si les couverts en argent ont fait leur apparition à la Renaissance, leur usage s’est généralisé au XVIIIème siècle. Au siècle suivant, des artistes et orfèvres ont mis au point des services de plus en plus spécifiques : services à poissons, fourchettes à escargot, couteaux à viande… Synonymes de raffinement et d’élégance, les couverts en argent massif sont généralement réservés aux grandes occasions, pour offrir une touche de raffinement aux repas de fêtes. Toutefois, leur entretien et leur aspect parfois vieillot entraînent souvent leurs propriétaires à s’en séparer.
Comprendre la Composition de l'Argent Massif
Commençons par un peu de vocabulaire : les couverts en argent massif sont composés d’argent pur à 925 millièmes, soit 925 grammes d’argent pur pour 1000g de métal. Il est utilisé en alliage avec un autre métal, le cuivre ou le zinc, pour la confection de pièces d’argenterie. En effet, l’argent pur seul serait beaucoup trop malléable et s’userait rapidement. Le degré de pureté est indiqué en millièmes. Un objet a le libellé argent massif s’il est composé d’un minimum de 800/1000 (80% d’argent, 20 % de cuivre) en France.
Certaines pièces d’argenterie peuvent avoir un manche en relief, comme les couverts à service (couteaux, couverts à salade, service à découper, manches à gigot…). Ceux-ci sont généralement constitués d’argenterie fourrée : le manche se compose de bois, mousse, cire ou résine, recouvert ensuite d’une fine couche d’argent massif. Enfin, l’appellation de métal argenté est utilisée pour désigner les couverts en métal non noble (cuivre, étain), recouverts d’une fiche couche d’argent. Le procédé utilisé pour le placage est appelé galvanoplastie.

L'Importance des Poinçons pour l'Identification
Le poinçon est l'élément qui indique le degré de pureté de l’argent et à ce titre, doit être le premier à être identifié. On distingue deux types de poinçons des couverts.
Le Poinçon "Titre" ou Légal
Le poinçon "titre" ou légal indique le degré de pureté de l’argent et est obligatoire depuis le XVIIème siècle. En France, c’est une tête de Minerve figurant dans un octogone pour de l’argent massif de 925, alors que pour du 800, c’est un carré aux flancs courbes.
Le Poinçon d'Orfèvre
Le second poinçon qui apparaît est celui de certains orfèvres. Il est gravé dans un losange et généralement, il s’agit de lettres. Sur des pièces plus anciennes, on trouve un poinçon où figure un crabe ou plus tard un sanglier et cela, jusqu’en 1962. Sur certains couverts anglais, on pouvait voir une couronne mais ce n’est plus utilisé.

Identifier l'Argent Massif par ses Propriétés Physiques
L’oxydation est un phénomène qui touche seulement les couverts en argent massif. Un couvert en argent massif est plus léger que celui qui est seulement recouvert d’argent. Il est aussi plus malléable que du métal argenté. Parmi les méthodes plus amusantes mais aussi efficaces pour distinguer les couverts en argent massif des autres, on utilise la conductivité importante de l’argent en plaçant un cube de glace sur une cuillère.
Tests Pratiques pour Reconnaître l'Argent
- Couleur et brillance : L’authentique présente une couleur blanc métallique caractéristique, avec un éclat particulier qui le distingue des métaux similaires.
- Densité et poids : Avec une densité de 10,49 g/cm³, il est sensiblement plus lourd que la plupart des métaux communs qui pourraient lui ressembler.
- Conductivité : L’argent est le meilleur conducteur thermique et électrique de tous les métaux. Le test de la glace, en raison de sa conductivité thermique exceptionnelle, permet de constater qu’il fait fondre la glace plus rapidement que presque tous les autres métaux.
- Test magnétique : Il n’est pas magnétique. Un simple aimant de préférence un aimant au néodyme puissant peut donc éliminer immédiatement les contrefaçons en acier nickelé.
- Test du son : Il produit un son clair et cristallin lorsqu’il est frappé doucement, avec une résonance plus longue que la plupart des métaux communs.

L'Histoire des Poinçons : De l'Ancien Régime à la Révolution
Il est trop souvent oublié qu’argenterie et orfèvrerie sont, jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, des réserves monétaires. Souvenons-nous de Louis XIV qui fit fondre toutes les pièces de son sublime mobilier d’argent pour financer ses guerres ! Trône, torchères, cassolettes et vases, tout passa à la fonte en 1689. Il en était ainsi depuis le XIIIe siècle. Quiconque souhaitait obtenir des liquidités en échange de son argenterie devait seulement se rendre à l’Hôtel des Monnaies qui échangeait alors contre des espèces le poids de métal fin contenu dans la pièce qui lui était apportée.
Or les contentieux ne furent pas longs à surgir car les orfèvres fabriquaient eux-mêmes leurs alliages et tous n’étaient pas de la meilleure probité. Il fallut donc élaborer un système permettant de limiter les fraudes et de responsabiliser les artisans. Les poinçons évoluèrent et évoluent encore. Alors qu’il n’existait qu’un seul poinçon au XIIIe siècle (celui de la Maison Commune, c’est-à-dire le pouvoir municipal), il en fallait deux en 1378 (celui de la Maison Commune sous forme de lettre date couronnée nommée « poinçon de jurande » et celui de l’orfèvre). À partir de 1672, Colbert reforme le système en place pour imposer un système à quatre poinçons ; système qui restera en vigueur jusqu’en 1790.
Le Système sous l'Ancien Régime
- Le poinçon de maître : frappé par l’artisan sur l’ébauche de la pièce.
- Le poinçon de jurande : (de la Maison commune) était appliqué par les jurés-gardes de la corporation.
- Le poinçon de décharge : était apposé par la Ferme générale une fois la pièce achevée et après le paiement de la taxe.
Parfois certaines pièces ne sont pas marquées des poinçons de la Ferme générale. On peut l’expliquer par la fraude de quelques orfèvres téméraires désireux de se soustraire à ces poinçons pour ne pas avoir à payer de taxe. Notons également que ces quatre poinçons devaient être apposés sur toutes les parties de l’objet y compris ses parties mobiles comme le couvercle. Pourtant, certaines juridictions « oublièrent » cette obligation très respectée à Paris.

Les Poinçons après la Révolution Française
À la fin du XVIIIe siècle, la Révolution ne vient pas seulement bouleverser la vie politique du royaume de France. C’est toute une société qui est profondément chamboulée dans son organisation sociale et économique. Le système des poinçons est aboli mais il faudra bien quelques années plus tard en établir un nouveau pour éviter les fraudes et les contrefaçons.
- Le poinçon de garantie : une tête de vieillard de face dans un cercle pour le premier titre et un faisceau de licteur pour le second titre.
- Le poinçon de titre : représenté par un coq dans un cadre à pans coupés, sa tête est tournée vers la gauche.
- Le poinçon de garantie : un profil de guerrier dans un cercle ; à Paris pour le premier titre il regarde à droite, pour le second titre il regarde à gauche.
À noter également, le vermeil (argent doré) étant composé majoritairement d’argent, il porte les poinçons de ce métal ; il est aussi obligatoirement marqué de la lettre V dans un losange. De la même manière que les poinçons sont parfaitement définis et référencés pour l’argent, on en trouvera également réservés à l’or et au platine. Naturellement, ces métaux précieux moins usités dans les arts décoratifs mais le sont davantage dans la bijouterie. Dans les deux domaines, les experts et antiquaires se tiennent à votre disposition et seront toujours heureux de pouvoir vous renseigner.

Les Orfèvres et Maisons d'Argenterie Marquantes
De nombreux artistes, orfèvres, et fabriques ont marqué l’histoire en travaillant l’argent, créant des pièces d’exception qui sont aujourd’hui très recherchées dans le domaine des antiquités et de la brocante.
Orfèvres Historiques
- Paul Revere (1734-1818) : Américain, spécialisé dans le travail de l’or et de l’argent, notamment des pièces patriotiques.
- Paul Storr (1771-1844) : Anglais, créateur d’objets d’orfèvrerie, services de table et objets de décoration.
- Jean-Valentin Morel (1794-1860) : Français, expert en orfèvrerie et pierres précieuses, collaborateur de Carl Fabergé.
- Georg Jensen (1866-1935) : Danois, spécialisé dans l’orfèvrerie en argent, bijoux et objets de décoration.
- Hester Bateman (1708-1794) : Anglaise, créatrice d’orfèvrerie, services de table et objets de décoration.
Maisons d'Argenterie Renommées
- Maison Christofle (fondée en 1830) : Française, crée de l’orfèvrerie de luxe, vaisselle, argenterie art de la table et objets en argent.
- Maison Puiforcat (fondée en 1820) : Française, spécialisée dans l’orfèvrerie, services de table et objets de décoration.
- Maison Odiot (fondée en 1690) : Française, experte en orfèvrerie, services de table et objets de décoration.
- Maison Tiffany & Co. (fondée en 1837) : Américaine, création de bijoux en massif, objets de décoration.
- Maison Mappin & Webb (fondée en 1775) : Anglaise, production d’orfèvrerie, services de table et objets de décoration.

Conseils pour Vendre son Argenterie
Vendre son argenterie, c’est possible avec des professionnels ! Après l’examen en toute transparence du service à couverts, un prix de rachat vous sera proposé, s’appuyant sur le cours de l’argent du jour et sur la qualité du métal proposé.
Erreurs Courantes à Éviter
- Confondre la patine naturelle avec le placage usé.
- Se fier à un seul test d’authentification.
- Négliger l’importance du poids et de la densité.
- Sous-estimer la valeur des poinçons comme preuve d’authenticité.