La broche en diamants de l'impératrice Eugénie, surnommée «Feuilles de Groseillier», sera mise en vente par la maison Christie's le 11 novembre à Genève. Cette pièce exceptionnelle, issue des joyaux de la Couronne de France, est estimée entre 2 et 3 millions de dollars. Sa rareté sur le marché témoigne de la survie précaire de nombreux trésors royaux à travers l'histoire.

L'Héritage de l'Impératrice Eugénie et la Vente des Joyaux de la Couronne
Cette broche a été commandée en 1855 par l'impératrice Eugénie à la Maison Bapst, joailliers attitrés de la Couronne de France. Composée de trois feuilles de groseillier pavées de diamants de taille ancienne et sertie au centre d'un diamant coussin plus important, elle est ornée de trois pampilles mobiles en diamants. En 1870, lors de la chute du Second Empire, l'impératrice Eugénie s'exila en Angleterre, abandonnant une grande partie de sa collection de bijoux à Paris.
Dix-sept ans plus tard, en 1887, le gouvernement français procéda à la vente aux enchères d'objets appartenant à la Couronne de France, y compris des joyaux. La broche «Feuilles de Groseillier» fut acquise par le joaillier américain Tiffany & Co, qui remporta un nombre important de lots lors de cette vente historique. Plus tard, en 1936, la broche fut offerte par le Metropolitan Opera de New York à la célèbre cantatrice Lucrezia Bori. Conformément à son testament, la diva léguera la broche au Metropolitan Opera, où elle fut conservée jusqu'à récemment.

Le Marché de la Haute Joaillerie à Genève
Genève est un centre névralgique pour la haute joaillerie, accueillant deux fois par an, en mai et novembre, des ventes organisées par les maisons concurrentes Sotheby's et Christie's. Ces événements attirent collectionneurs et amateurs d'art, désireux d'acquérir des pièces exceptionnelles.
Lors de la même vacation du 11 novembre, Christie's mettra également en vente deux bijoux ayant appartenu à la Duchesse de Windsor. Ces pièces, une broche et un bracelet de la collection «Tigres» de Cartier, ont été achetés par le compositeur Lord Andrew Lloyd Webber pour son épouse, la soprano Sarah Brightman, afin de célébrer le succès de leur comédie musicale «Le Fantôme de l'Opéra». Ces bijoux, acquis par Lord Webber lors de la vente des biens de la Duchesse de Windsor en 1987, sont estimés entre 1,8 et 2,5 millions de dollars.
Parallèlement, Sotheby's annoncera la vente le 12 novembre à Genève de plusieurs pièces issues de la collection de l'homme d'affaires Dimitri Mavrommatis, dont la valeur totale est estimée à environ 20 millions de dollars. La pièce maîtresse de cette collection est le «Graff Ruby», un rubis monté en bague, acquis en 2006 par le joaillier Graff pour 3,6 millions de dollars et revendu à Dimitri Mavrommatis pour un montant non divulgué. Ce rubis est vendu avec une estimation comprise entre 6,8 et 9 millions de dollars.
L'Histoire des Diamants de la Couronne de France
La collection des Diamants de la Couronne de France a une histoire riche et complexe, marquée par la constitution, l'enrichissement, les vols, et malheureusement, la dispersion. L'idée de constituer un fonds inaliénable de joyaux remonte à François Ier en 1530, qui déclara huit pièces comme inaliénables pour ses successeurs. Ce fonds fut considérablement augmenté par Louis XIV, notamment grâce aux diamants offerts par le cardinal Mazarin.
Malgré les vols, comme celui survenu en 1792 à l'Hôtel du Garde-Meuble de la Couronne, les joyaux furent souvent récupérés. Cependant, la Révolution française et les bouleversements politiques du XIXe siècle ont profondément marqué le destin de ces trésors. La IIIe République, dans un souci de rompre avec l'héritage monarchique, décida de vendre la majeure partie de la collection aux enchères en 1887.

Des Pièces Emblématiques et leur Parcours
Parmi les pièces les plus célèbres de la collection des Diamants de la Couronne figurent :
- Le Rubis dit « Côte-de-Bretagne » : Un spinelle qui appartint à Marguerite de Foix, duchesse de Bretagne, puis à sa fille Anne de Bretagne.
- Le Sancy (ou Grand Sancy) et Le Beau Sancy : Deux diamants prestigieux ayant appartenu à Nicolas Harlay de Sancy. Le Sancy entrera dans la collection des Diamants de la Couronne en 1661 et sera placé sur les couronnes de Louis XV et Louis XVI, et utilisé comme bijou par Marie Leszczinska et Marie-Antoinette.
- Le Diamant rose dit Hortensia : Ce diamant, dont la couleur rose est extrêmement rare, proviendrait d'Inde et aurait décoré les ganses d'épaulettes de Napoléon Ier. Il fut porté par Hortense de Beauharnais, d'où son nom.
- Le Diamant dit le Régent : Découvert en Inde vers 1698, ce diamant fut acquis par la France sous la régence de Philippe d'Orléans. Symbole de la royauté, il fut placé sur les couronnes de Louis XV et Louis XVI, et utilisé par Napoléon Bonaparte comme premier consul puis comme empereur, notamment sur son épée.

La Vente de 1887 : Un Échec Financier et Historique
La vente aux enchères des Diamants de la Couronne, organisée au Louvre en neuf vacations du 12 au 23 mai 1887, fut un échec financier et historique. L'estimation initiale de la collection était de 8 000 000 F. or, mais la recette effective ne monta qu'à 6 927 509 F. L'État avait déboursé 293 851 F. pour organiser la vente.
Sur le plan historique, minéralogique et artistique, la vente fut désastreuse. La provenance historique des pièces, aujourd'hui si importante commercialement, ne fut pas prise en considération. Pour faciliter les achats, les éléments des parures furent vendus séparément, les décorations démontées, et les parures dispersées. La parure de feuilles de groseillier, par exemple, fut éparpillée.
Le Retour des Joyaux au Louvre et dans les Collections Nationales
Malgré la dispersion, le musée du Louvre s'est efforcé de réintégrer dans les collections nationales les joyaux qui ont pu survivre. Des opérations d'acquisition, de don et de mécénat ont permis de reconstituer une partie de ce patrimoine.
Parmi les acquisitions notables figurent :
- La couronne de l'impératrice Eugénie, donnée au Louvre en 1988.
- Le diadème en perles et diamants de l'impératrice Eugénie, acquis par la Société des Amis du Louvre en 1992.
- Le diadème en émeraudes de la duchesse d'Angoulême, acquis par le Louvre en 2002.
- Le collier et les pendants d'oreilles en émeraudes de la parure de Marie-Louise, acquis par le Louvre en 2004.
- Le grand nœud de corsage d'Eugénie, acquis en 2008.

En janvier 2020, le Louvre a dévoilé une nouvelle installation des bijoux acquis, dans l'historique Galerie d'Apollon. Ces trésors sont désormais présentés dans des vitrines rénovées, sécurisées et éclairées, permettant une observation rapprochée. L'installation est divisée en trois ensembles correspondant aux bijoux antérieurs à la Révolution, ceux du Premier Empire, de la Restauration et de la monarchie de Juillet, et ceux du Second Empire.
Des Ventes et des Voleurs : L'Actualité des Joyaux Royaux
L'attrait pour les joyaux royaux ne faiblit pas, comme en témoignent les ventes aux enchères régulières et les incidents tels que le vol de huit bijoux de la Couronne de France en octobre 2025 au musée du Louvre, représentant un préjudice estimé à 88 millions d'euros. Ces pièces, ornées de milliers de pierres précieuses, appartenaient à la famille royale française ou à des souverains impériaux.
L'histoire des bijoux volés au Louvre met en lumière la richesse et la complexité de la notion de «joyaux de la Couronne». Parmi les pièces volées figurent des éléments de la parure saphirs de Marie-Amélie et Hortense, ainsi que le collier et les boucles d'oreilles en émeraudes de la parure de l'impératrice Marie-Louise, créée par le joaillier François-Regnault Nitot. La couronne de l'impératrice Eugénie, bien que n'ayant pas été volée, a été retrouvée endommagée aux abords du musée.
La vente aux enchères de bijoux de Marie-Antoinette, tels qu'une paire de bracelets en diamants fabriqués par le bijoutier Boehmer, prévue chez Christie's à Genève, illustre également la fascination persistante pour ces objets d'histoire. Ces bracelets, estimés entre 2 et 4 millions de dollars, témoignent de la splendeur de la cour de Versailles.