Traditions du Nouvel An et de Noël en Russie : Une Immersion Culturelle

Introduction : Calendrier et Célébrations

À l'approche de Noël, découvrez des manières très différentes de célébrer les fêtes de fin d'année dans le monde. En Russie, on ne parle pas de fêtes de fin d'année, mais plutôt de fêtes de début d'année. En effet, l'église orthodoxe a conservé le calendrier julien, introduit par Jules César et en vigueur dans le pays jusqu’en 1918, qui est en décalage de treize jours par rapport au calendrier occidental, dit grégorien et mis en place par le pape Grégoire XII au XVIᵉ siècle avant d’être utilisé dans le monde entier. Noël est donc célébré le 7 janvier et la nouvelle année le 14 janvier. Si le premier est férié, il s’agit là d’une fête purement religieuse honorée par les chrétiens uniquement.

Depuis l’adoption du calendrier grégorien sous le règne de Lénine, en 1918, la majorité des Russes profitent du Nouvel An occidental pour appliquer les traditions de Noël telles que nous les connaissons. La nuit du 31 décembre au 1er janvier se passe généralement en famille et entre amis, autour d’un bon repas et d’un sapin au pied garni de cadeaux. « En Russie, nous fêtons surtout le Nouvel An. Comme à Noël en France, nous préparons plein de bons plats et nous offrons des cadeaux à nos proches. Les enfants les attendent avec impatience et ils sont distribués par le Père Noël russe, Ded Moroz (Дед Мороз) », raconte Nastasya, une jeune Russe installée en région parisienne.

Les Préparatifs du Nouvel An Russe

Décorations et Anticipation

Les préparatifs du Nouvel An russe commencent à la mi-décembre. Les rues se mettent sur leur 31 et les places centrales des villes sortent leur sapin gigantesque. Des spectacles, appelés Rojdestvenskie Elki, ont lieu autour et se terminent généralement par une distribution de cadeaux. Les enfants, eux, préparent leurs lettres pour le Père Gel un mois avant le soir du réveillon.

À l’approche de la nouvelle année, il est également temps de remettre les pendules à l’heure pour repartir d’un bon pied. La coutume veut que les dettes soient remboursées, que les offenses soient pardonnées et les querelles oubliées avant le Nouvel An.

La Décoration de la Maison

L'Histoire du Sapin du Nouvel An

En Russie, la décoration du sapin est une tradition qui revient de loin. Désapprouvée par l’église orthodoxe pour Noël, car considérée comme une coutume païenne, elle a ensuite été rejetée par les bolcheviques, qui y voyaient un attribut religieux. Cette contradiction et l’obstination de la population à décorer son arbre de fin d’année ont finalement poussé le gouvernement à rebaptiser le sapin de Noël sapin du Nouvel An en 1936. Depuis, les ventes de conifères s’envolent dans le pays à l’approche de la fin d’année pour orner les maisons.

Comme dans beaucoup de pays à travers le monde, les sapins sont décorés avec des boules en verre et recouverts de guirlandes. Il est d’ailleurs courant d’utiliser ces dernières comme des boas pour faire la fête le soir du Nouvel An. Les appartements étant généralement petits en Russie, l’arbre du Nouvel An n’est pas forcément installé dans le salon, mais dans n’importe quelle pièce de la maison où il y a de la place. Il est donc fréquent de les trouver dans la chambre, dans l’entrée ou dans la cuisine.

Schéma de décoration de sapin du Nouvel An avec des ornements traditionnels russes.

Dans le pays, peu de logements sont dotés de cheminée à décorer. Les ornements du Nouvel An sont souvent disposés joliment sur une commode.

La Table du Nouvel An : Gastronomie et Traditions

Plats Traditionnels et Spécialités

Comme Noël pour nous, le Nouvel An russe est l’occasion de se rassembler en famille et entre amis autour d’un bon repas. Il est majoritairement constitué de salades, réalisées en quantités impressionnantes et servies dans des bassines. Parmi les principaux plats traditionnels du réveillon, on retrouve la salade Olivier, composée de dés de légumes et autres aliments liés avec une mayonnaise, et le hareng sous son manteau de fourrure, où le poisson est caché sous plusieurs couches de légumes. Enfin, les mandarines sont un incontournable sur la carte des desserts, car leur parfum est associé au Nouvel An.

Tous les plats sont servis en même temps sur la table à manger, ne laissant pas de place pour une décoration spéciale. Seule l’utilisation d’une jolie vaisselle, comme des verres et saladiers façon cristal ancien, indique qu’il s’agit d’un repas de fête.

Un élément indispensable de la table du nouvel an sont les tartines aux œufs de saumon (à l’époque soviétique, c’était souvent du caviar d’esturgeon qui n’était pas si cher que ça), les mandarines, le champagne « Soviet », la vodka et du hareng mariné. De nos jours, il n’y a plus de plat chaud particulier qui est associé au Nouvel An.

Le plat traditionnel du Nouvel An du XIXe siècle fut inventé par le chef français de l’impératrice Catherine la Grande : une perdrix farcie aux alouettes et aux olives, celle-ci allait dans un faisan, et le tout allait dans un porcelet ! Mais fini le luxe impérial ! Aujourd'hui, on se contente d'un porc farci au sarrasin, d'un hareng sous le « manteau de fourrure » de betterave, de pommes de terre et de mayonnaise et d’autres plats plus modestes.

Photographie d'une table de fête russe avec les plats traditionnels du Nouvel An, comme la salade Olivier et le hareng sous un manteau de fourrure.

La Distribution des Cadeaux : Ded Moroz et Snégourotchka

Le Père Noël Russe et sa Petite-Fille

À défaut de Père Noël, c’est Ded Moroz, comprenez « le Père Gel », qui dépose les cadeaux au pied de l’arbre du Nouvel An. Il est accompagné de sa petite fille Snégourotchka, fée des neiges, pour mener à bien sa tâche. Ded Moroz porte un grand manteau dont la couleur varie entre le bleu, le blanc et le rouge, une coiffe en fourrure et une longue barbe blanche. Dans les foyers, il est souvent représenté avec du coton en guise de barbe, d’où son surnom “barbe de coton”. Il faut tout de même souligner qu’à l’origine, Ded Moroz était un sorcier malfaisant, qui aimait congeler les gens et enlever les enfants. Les parents devaient lui apporter des cadeaux pour qu’il libère leurs petits. Ce père fouettard a changé d’aspect au fil des ans, sous l’influence de l’église orthodoxe, pour le plus grand bonheur des enfants.

Comme ailleurs dans le monde, il est courant de se déguiser pour faire plaisir aux plus jeunes et de déposer les cadeaux au pied du sapin dans la nuit pour que les enfants les ouvrent le matin du 1er janvier. Les adultes cachent, quant à eux, leurs présents dans la maison de manière à ce que personne ne les trouve avant que ne sonne le douzième coup de minuit.

Le Père Noël russe n’agit pas tout seul. Il est assisté par sa petite fille. En Russie, le Père Noël est traditionnellement accompagné par sa petite fille, Snegurojka, qui est habillée en manteau de fourrure bleu. Elle aide le Père Noël à distribuer les cadeaux aux enfants qui ont été sages ! Très souvent, le Père Noël est incarné par le papa ou le grand-père déguisé. Mais il ne donne pas les cadeaux parce qu’on a de beaux yeux, il faut les mériter : raconter un vers, danser ou chanter !

Illustration de Ded Moroz et Snégourotchka avec des cadeaux sous un sapin de Noël.

Pendant le Réveillon : Célébrations et Discours Présidentiel

Rituel Télévisuel et Vœux

Vers 21 heures, les Russes, attablés en famille, ont pour habitude d’allumer la télévision : « Avant minuit, des films de Noël, des émissions et des concerts sont diffusés, puis c’est au tour du président de faire son discours. Il tire un bilan de l’année écoulée et nous fait part de ses espérances pour celle à venir », décrit Nastasya. Comédie culte du Nouvel An russe, le film “L’Ironie du sort” est diffusé dans le pays au moment des fêtes de fin d’année depuis près de 35 ans.

À minuit pile, l’écran est toujours allumé pour ne pas manquer les douze coups que sonne l’horloge de la tour Spasskaya du Kremlin. Il est d’usage de profiter de ce moment pour faire un vœu et ouvrir le champagne. Pour être fidèle aux traditions, on ouvre également la porte afin de laisser entrer la nouvelle année.

« On continue ensuite à faire la fête et manger. On peut aussi prolonger la soirée sur la place centrale de la ville, où il y a toujours des concerts et de la musique. Les gens chantent, dansent dans la rue et se souhaitent une bonne année avec la formule suivante : “Nouvelle année, nouveau bonheur” », poursuit Nastasya.

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Après le Nouvel An : Vacances et Noël Orthodoxe

Prolongation des Festivités

Si le 1er janvier marque la conclusion des célébrations de fin d’année en France, ce n’est que le début en Russie. Le Nouvel An est suivi d’une semaine de vacances, qui s’arrêtera cette année le 9 janvier et pendant laquelle on continue de distribuer des cadeaux au reste de la famille et des amis. Les Chrétiens poursuivent les festivités avec le Noël orthodoxe du 7 janvier, après un carême de quarante jours. Enfin, certains profitent de l’Ancien Nouvel An, celui du calendrier julien, pour ouvrir une nouvelle bouteille de champagne.

Noël Avant la Révolution : Traditions Impériales

Cadeaux et Cérémonies Sous les Tsars

Aujourd’hui, ce n’est pas Noël, mais le Nouvel An qui est associé en Russie au sapin et aux cadeaux. La raison ? Le gouvernement soviétique a aboli la célébration du Noël chrétien, en « offrant » à sa place aux citoyens une célébration massive du Nouvel An. Cependant, avant la révolution en Russie, le Noël orthodoxe était très aimé et fêté. C’était aussi un jour spécial pour la famille du tsar, qui dépensait sans compter pour les cadeaux aux enfants et aux proches.

Aux XVI-XVIIe siècles, les tsars portaient beaucoup d’attention à la fête religieuse, mais elle n’avait pas vraiment de notion familiale. La veille de Noël, les tsars s’adonnaient à l’œuvre pieuse - ils versaient de riches aumônes aux hôpitaux et aux foyers de charité, visitaient les prisons et même graciaient les condamnés. Ensuite, ils assistaient au service nocturne célébré à l’église, qui constituait alors l’événement pivot de la fête.

Au petit matin, une fois le service terminé, la hiérarchie de l’Église était invitée aux chambres du tsar au Kremlin. Elle était accompagnée d’une chorale, qui récitait des chants à la gloire du Christ et du souverain. Les tsars offraient alors du « miel » aux invités, ainsi que des louches précieuses.

Seulement après toutes ces cérémonies, les enfants du tsar recevaient leurs cadeaux - par exemple, de précieux tissus cousus d’ornements (en soie et en brocart), ainsi que des coupes incrustées de pierres précieuses. Les garçons recevaient des sabres en jouets, et les filles - une variété de bijouterie. Avant le XIXe siècle, la tradition des cadeaux était répandue seulement chez les familles riches et nobles.

Les Premiers Cadeaux sous le Sapin : Influence Européenne

L'Arrivée des Sapins Décorés

La tradition de décorer le sapin à Noël a tardé à arriver en Russie. De plus, les sapins renvoyaient aux morts, car des branches de conifères étaient jetées au sol jusqu’au cimetière au moment des funérailles, montrant symboliquement la voie à l’âme du défunt. Les premiers sapins décorés ont été érigés par Pierre le Grand, lorsqu’en 1700 il a introduit la célébration du Nouvel An. Pour la première fois, un sapin a été décoré au Kremlin pour Noël en 1817. Dès les années 1820, la tradition a été reprise dans les palais du tsar à Saint-Pétersbourg. Pendant le règne de Nicolas Ier, les cadeaux étaient cachés sous le sapin.

Il est considéré que l’idée de la célébration de Noël à la maison avec un sapin et des cadeaux a été amenée par la femme de l’Empereur - Alexandra Feodorovna. C’était une Allemande (Alix de Hesse-Darmstadt de son vrai nom), fille du roi prussien Friedrich Wilhelm III. Dans leur famille, Noël avait toujours été fêté de manière grandiose - avec un grand sapin et des cadeaux.

Illustration d'un sapin de Noël richement décoré dans un palais russe du XIXe siècle.

Il y avait tellement de cadeaux qu’ils ne rentraient pas sous le sapin. La fille de Nicolas Ier, Olga, s’est souvenue qu’en 1837 on lui a offert un bureau avec un fauteuil, et, en 1843, « un magnifique piano Virta, des peintures, de belles robes et de la part de papa - un bracelet incrusté d’un saphir - sa pierre préférée ».

L’un des lieux les plus populaires d’où venaient les cadeaux de l’empereur était « le Magasin anglais » de Nicholls & Plinke à Saint-Pétersbourg. On y vendait des lustres exquis, des bijoux, de belles et onéreuses armes, des vins de collection et bien d’autres choses.

Voici un service de thé de ce magasin qui a été offert à Noël à l’autre fille de Nicolas - Maria, en 1839. Les princesses ne recevaient pas que des peintures, bijoux, objets précieux, robes et bibelots (comme des pendules à surprise), mais aussi une multitude d’objets utiles - des patins à glace, des skis, des luges ou des livres.

Les enfants pouvaient écrire une « liste de vœux » et indiquer ce qu’ils voulaient en cadeau. Il est connu que le frère d’Alexandre III, Vladimir, étant enfant, a demandé des huîtres pour Noël, car il les aimait beaucoup.

Cadeaux Militaires et Loteries pour les Courtisans

Traditions et Générosité Impériale

Un cadeau traditionnel pour les proches du tsar de sexe masculin était des attributs militaires. Il est connu que l’héritier du trône, Alexandre (le futur Alexandre II), a reçu de la part de sa mère-impératrice un uniforme du régiment de la Garde de cavalerie, puis un sabre turc, puis des assiettes en porcelaine avec des images de troupes russes de types et de sortes différentes. Cependant, elle lui a aussi offert un service de thé.

Photographie d'un yatagan avec des couteaux, exemple de cadeau militaire.

La famille du tsar organisait obligatoirement une loterie pour Noël, avec des cadeaux pour les courtisans. Parmi les lots, l’on trouvait : des lampes en porcelaine, des vases, des services à thé et même des œuvres de Fabergé. Les enfants du tsar aidaient eux aussi à l’organisation - ils collaient les étiquettes avec les numéros gagnants pendant des heures sur les cadeaux.

Les membres de la famille du tsar offraient des cadeaux à tout le personnel, aux serviteurs et autres.

Noël sous Nicolas II : Modestie et Réalité Historique

Adaptation aux Temps Difficiles

Nicolas II fêtait Noël de manière étonnamment modeste. Surtout au début du XXe siècle, lorsque le pays a connu des temps très durs, des guerres et des révolutions… Au palais de Tsarskoïé Selo, où habitait la famille de l’empereur, trois sapins étaient décorés : un spécialement pour les enfants et un deuxième pour les serviteurs. Si, chaque Pâques, Nicolas offrait à sa femme un précieux œuf de Fabergé, à Noël, ses cadeaux étaient plus modestes. Par exemple, il n’a offert des bijoux à sa femme qu’à deux reprises - un collier de diamants l’année de leur mariage et des pendentifs en jade à Noël après la naissance de leur premier enfant, la princesse Olga.

Des cadeaux également modestes étaient offerts par le couple impérial à ses enfants. Leur fils Alexis a par exemple reçu son premier journal de la part de l’impératrice.

Au Noël de 1917, déjà en exil en Sibérie, l’Impératrice Alexandra a cousu des gilets en laine aux enfants. Sa dame de compagnie et son amie Anna Vyroubova a reçu un colis avec une écharpe et un bas faits-maison par l’impératrice (qui a rempli le colis avec de la farine, des pâtes et des saucisses - un vrai luxe pour les temps d’après-révolution).

Dans cette autre publication, découvrez quelles sont les différences entre le Noël orthodoxe russe et occidental.

La Légende de Babouchka : La Grand-Mère des Traditions

Une Figure Légendaire de Générosité

La légende Russe raconte que la Babouchka, cette infatigable grand-mère parcourt toujours les steppes à la recherche de l’enfant Jésus. En Russe, Babouchka signifie grand-mère et toutes les femmes âgées sont appelées Babouchka. Mais c’est aussi le nom d’un personnage de légende et de tradition. La légende rapporte que par une nuit d’hiver glaciale, elle buvait son thé au coin de la cheminée et que l’on frappa à la porte de son isba. Elle alla voir qui frappait et trouva trois hommes barbus qui lui demandèrent de pouvoir se réchauffer un moment avant de poursuivre leur route. Ils lui racontèrent qu’ils partaient accueillir un enfant qui venait de naître (Jésus). Ils lui proposèrent de les accompagner si elle le souhaitait, mais Babouchka se crut trop âgée pour accomplir un tel voyage. Après avoir dormi (ne dit-on pas que la nuit porte conseil ?), elle regretta d’avoir refusé la proposition des trois hommes, elle remplit un sac de jouets et partit. Dans chaque village où elle passait, elle demandait si c’était là qu’était né l’enfant en question. Comme on lui répondait toujours non, Babouchka poursuivait sa route en distribuant des jouets aux enfants, partout où elle passait. Cette légende nous dit que Babouchka continue encore sa quête et que chaque année, elle continue à distribuer des jouets dont son sac semble être inépuisable. Elle gâte les enfants et porte bonheur aux nouveau-nés en l’honneur de celui de Bethléem.

Illustration de Babouchka distribuant des jouets aux enfants dans un paysage enneigé.

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