Le bijou "lame de rasoir" de Dinh Van : un symbole punk réinventé

La maison de joaillerie Dinh Van propose une réinterprétation audacieuse d'un objet du quotidien : la lame de rasoir. Initialement inspiré par un modèle de la marque américaine de rasoirs Gillette et par le souvenir du père du joaillier Jean Dinh Van, ce bijou atypique est devenu un symbole du mouvement punk et de la créativité subversive des années 1970.

Illustration du pendentif lame de rasoir Dinh Van en or jaune

L'origine d'une pièce emblématique

C'est en 1972 que le joaillier français Jean Dinh Van (1927-2022), fondateur de la marque éponyme, crée le pendentif en forme de lame de rasoir. Cette création est née en écho à un modèle ordinaire de la marque américaine de rasoirs Gillette. La maison Dinh Van explique cette inspiration par le désir de Jean Dinh Van de "se souvenir de son père, qu’il observait se préparer le matin devant son lavabo". La marque, fondée en 1965, a fait du détournement d'objets ordinaires en bijoux de luxe sa marque de fabrique.

Cette pièce, rééditée aujourd'hui, est proposée en trois ors (jaune, blanc, rose) et en trois tailles, dont la version originale (la plus grande). Avec son métal brossé et ajouré, ce modèle aux accents punk a participé au mouvement qui, dans les années 1970, transformait des objets du quotidien en pièces de haute joaillerie. À titre d'exemple, on peut citer le bracelet Juste un clou de Cartier, créé en 1971 par l'Italien Aldo Cipullo, qui détournait un clou en jonc d'or.

Jean Dinh Van : un pionnier du bijou "détourné"

Fils d'une mère bretonne et d'un père vietnamien, Jean Dinh Van a fait ses classes chez Cartier avant de poursuivre sa lancée créative. Il a fait de la transformation d'objets du quotidien en bijoux sa signature. Il a ainsi imaginé des pendentifs en forme de punaises de bureau ou de menottes, ainsi que des fermoirs empruntés aux serrures.

La griffe qui porte son nom, et dont il avait revendu les parts en 1998, reste fidèle à l'esprit de son fondateur. Jean Dinh Van est considéré comme l'un des joailliers français les plus créatifs des années 1960. Il fut le premier à commercialiser ses créations au Drugstore Publicis en 1967, une démarche de distribution alternative et "révolutionnaire" pour l'époque, où ses produits sont encore vendus aujourd'hui.

Photographie d'archives de Jean Dinh Van

Dans les années 1970, Jean Dinh Van est également à l'origine des célèbres modèles Menottes et Rasoir, qui deviendront des best-sellers dont le succès n'a jamais démenti. Visionnaire, il a aussi exposé les premières Swatch dans son magasin parisien de la rue de la Paix en 1984. Il a également collaboré avec des artistes et designers renommés tels que Pierre Cardin, Paco Rabanne et César.

Le "punk" dans la joaillerie

Le bijou lame de rasoir de Dinh Van s'inscrit dans un contexte artistique et culturel où le mouvement punk réinventait les codes esthétiques. L'apparence vestimentaire, les coiffures audacieuses et le détournement d'objets étaient des éléments centraux de cette mouvance.

L'esthétique punk, souvent perçue comme sans concession et agressive, se caractérisait par :

  • Le détournement d'objets : L'utilisation d'éléments du quotidien pour créer des bijoux ou des vêtements. Les épingles de sûreté, par exemple, ont été popularisées par des créateurs comme Malcolm McLaren.
  • Le maquillage outrancier : Yeux cernés de khôl, lèvres d'un rouge intense, teint souvent blafard.
  • Les modifications corporelles : Le piercing est particulièrement associé à la culture punk.
  • Les coiffures emblématiques : La coupe "en pétard à la Sid Vicious" ou la crête iroquoise, symbole de rejet de la mode conventionnelle.
  • Les vêtements déchirés : Une façon de provoquer et de bouleverser le système vestimentaire établi.

Punk un jour, punk toujours ? | Twist | ARTE

La violence symbolique, exprimée à travers le déchirement des vêtements ou des coiffures rappelant les guerriers amérindiens, faisait partie intégrante de cette expression rebelle. Le mouvement punk a également été marqué par une attitude contestataire, prônant le "Do it yourself" (DIY) pour personnaliser les vêtements et exprimer son individualité.

La réédition contemporaine du pendentif lame de rasoir

Aujourd'hui, la maison Dinh Van continue de célébrer l'héritage de son fondateur avec la réédition du pendentif lame de rasoir. La version originale, proposée en or jaune, coûte 2 250 €. Le cordon ou la chaîne en or sont vendus séparément.

La marque Dinh Van se distingue par sa capacité à proposer des bijoux au design original, incluant des classiques comme les menottes, le pendentif Pi ou encore le cube. Le pendentif lame de rasoir est un exemple parfait de cette philosophie, alliant l'ingéniosité du quotidien à l'élégance de la joaillerie de luxe.

Jean Dinh Van, formé aux Beaux-arts de Paris et ayant perfectionné son art chez Cartier, a offert une nouvelle perspective sur le luxe et la beauté, combinant raffinement et praticité. Le bracelet Lame de Rasoir incarne cette vision personnelle, brisant les barrières conventionnelles pour des femmes désirant porter des bijoux qui reflètent leur individualité.

Fabriqué en or jaune 18 carats, ce bracelet est conçu pour durer, témoignant du savoir-faire exigeant de la maison Dinh Van. La maison est également reconnue pour proposer des bijoux en argent ou en titane, rendant ainsi le haut de gamme plus accessible.

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