Les poinçons de maîtres orfèvres et bijoutiers : un guide complet

L'identification des poinçons sur les objets précieux, qu'il s'agisse de bijoux ou d'argenterie, est une étape cruciale pour en déterminer l'origine, l'authenticité et la valeur. Les recherches menées, souvent à la demande de collectionneurs et de passionnés, visent à éclaircir le mystère entourant ces marques souvent discrètes mais riches d'informations. Cet article propose un panorama détaillé des poinçons de divers maîtres orfèvres et bijoutiers, ainsi qu'une explication de l'évolution des systèmes de poinçonnage au fil des siècles.

Poinçons de fabricants de bijoux renommés

Au cours de l'histoire, de nombreuses maisons et artisans ont marqué leurs créations de leurs poinçons distinctifs. Voici quelques exemples notables :

Les Aucoc et Marchak

Le poinçon d'André Aucoc datant de 1887 et celui de Casimir Aucoc en 1839 témoignent de l'activité de cette maison. C.A. Marchak faisait fabriquer ses pièces, et parmi ses fournisseurs, on trouve Samuel Manassevitz. Le poinçon de Manassevitz, datant de 1932, révèle ses débuts à Caluire, puis sa résidence parisienne au 31 rue Sébastien en 1914, avant un retour à Lyon en 1918. Il était spécialisé dans la petite joaillerie : bagues dormeuses, barrettes, épingles de cravate.

Poinçons de Samuel Manassevitz et de la maison Marchak

Cartier

La prestigieuse maison Cartier possède également ses propres poinçons. Des exemples incluent des poinçons datant de 1973, notamment ceux des "Must de Cartier", qui attestent de la longévité et de l'évolution de la marque.

Dusausoy et Albert Chapillon

Un bracelet exceptionnel de Dusausoy présentait un poinçon de fabricant difficile à identifier. Il s'est avéré que ce bracelet, permettant 27 combinaisons différentes grâce à ses clips en or gris, platine et diamant, était l'œuvre d'Albert Chapillon et Cie. Chapillon a inscrit son poinçon en 1920, exerçant initialement à Nanterre avant de s'installer à Paris. Son poinçon était une fourmi entourée des lettres "C.A." et "&Cie". La maison fut reprise par Marcel Albert en 1925, entraînant la radiation du poinçon.

Schéma des combinaisons possibles d'un bracelet Dusausoy

Les Candas : Jacques et André

Le poinçon de Jacques Candas, grand joaillier ayant travaillé pour de prestigieuses maisons, était composé des initiales "C.C." et d'un as de trèfle dans un cercle. Son atelier était situé au 60 rue Richelieu à Paris. Le poinçon d'André Candas était très proche, avec les initiales "A.C." et le même symbole d'as de trèfle. André Candas était installé au 12 rue Sainte Anne, insculpant son poinçon en 1920 et le radiation en 1925. Son fils Gaston reprit l'entreprise en août 1925, conservant le symbole de l'as de trèfle dans un cercle, avec une radiation finale en décembre 1942 pour la maison Candas & Cie. Jacques Candas a collaboré avec de nombreux grands noms, tels que Mellerio, Meister à Zurich, et René Boivin.

Thomas Cléricetti

Un poinçon découvert sur un bijou par une lectrice s'est révélé être celui de maître Thomas Cléricetti. Les initiales "T.C." accompagnées d'une clé comme symbole caractérisent son poinçon. Thomas Cléricetti exerçait au 11 rue de Beaujolais à Paris. Son nom est souvent associé à Fontana, suggérant un lien familial avec Maria Clericetti, mère de Thomas Fontana.

Wolf Batchever

Le poinçon "W.B." accompagné d'une autruche a été identifié comme celui de Wolf Batchever. Ouvrier bijoutier dès 1899, il fut naturalisé en 1951 et s'installa au 3 rue Geoffroy Marie à Paris, où il fut localisé en 1930, 1948 et 1954.

Falize

Les poinçons de Bapst & Falize et de Falize Frères sont également documentés. Le poinçon de Lucien Falize en 1892 est décrit en détail.

Exemple de poinçon de la maison Falize

Société nouvelle Perles et diamants

Un poinçon "A.B." avec un symbole difficile à identifier a été attribué à la Société nouvelle Perles et diamants. Des documents datant de 1938 confirment la modification de cette société.

Halphen

Le poinçon de Halphen, datant de 1854, indique une installation rue de Valois au Palais Royal. Halphen est cité dans la revue "La France des participants" pour son geste généreux lors de l'Exposition Universelle de 1867, où il a abandonné son dividende au Musée des arts décoratifs. Sa veuve continua cette générosité en 1877.

Jean et Pierre Bellin

Sur une bague, le poinçon "J.B." associé à une roue à 10 branches a été identifié comme celui de Jean et Pierre Bellin, joailliers renommés mondialement, situés au 16 rue d'Aguesseau à Paris. Sotheby's a d'ailleurs revendu une pendule des frères Bellin.

SARL Georland

La société "G" avec une corne d'abondance correspond à la SARL Georland, située rue Danielle Casanova à Paris. Malheureusement, cette entreprise, un grand fabricant, a été mise en liquidation en 2013.

Henri Hector Picq et Sterlé

Le poinçon de Henri Hector Picq est mentionné, ainsi que celui de Sterlé, dont l'identification peut être délicate. En 1948, le poinçon de Sterlé et Cie était décrit avec les initiales "S.D." et le symbole d'une nef, avec une installation avenue de l'Opéra à Paris.

Louis Fertey

Le poinçon de maître Louis Fertey, ancien collaborateur de Georges Fouquet et collaborateur de Jean Fouquet, est particulièrement intéressant. Louis Fertey était installé au 6 rue Royale à Paris comme façonnier avant de s'installer à son compte au 58 bis rue Sainte Anne, insculpant son poinçon "L.F." avec une tour crénelée. Après la guerre, son fils Charles et son petit-fils Pierre Fertey prirent la relève. Pierre Fertey succéda à son grand-père le 6 novembre 1953, conservant le symbole de la tour crénelée mais changeant les initiales en "P.F.". Jean Fouquet continuait de signer des pièces fabriquées par divers ateliers, dont celui de Louis Fertey.

Symbole de la tour crénelée des poinçons Fertey

Ferriere

Le poinçon avec les initiales "J.F." et une cocotte en papier appartient à Ferriere. Ce bijoutier travaillait à façon, principalement pour des bijoutiers boutiquiers ou des marques, et était installé rue Coquillère à Paris dans les années 1950.

Gaêtan De Percin

Le poinçon avec les initiales "GP" et une croix est celui de Gaêtan De Percin, un fabricant réputé pour ses systèmes de fermoirs innovants. Son fils Olivier lui succéda, mais la maison est aujourd'hui fermée.

Désiré Bergerat

Le poinçon avec les initiales "D.B." et le symbole d'une croix de Lorraine appartient à Désiré Bergerat. Son poinçon a été inscrit le 24 septembre 1891 et radié le 2 mars 1893, alors qu'il résidait au 29 rue des Blancs Manteaux à Paris.

Jean Desmarés

Le poinçon de maître Jean Desmarés se caractérise par les initiales "J.D." et le symbole officiel d'une pensée avec deux feuilles. Ce poinçon a été inscrit le 11 avril 1919.

Georges Lenfant

Le poinçon de maître Georges Lenfant, créateur de nouvelles techniques, présente les initiales "G.L." et le symbole d'un dé à emboutir avec une aile d'oiseau. Georges Lenfant, auteur de deux ouvrages techniques importants, fit inscrire son poinçon en 1909 et le fit radier en mars 1939. Son atelier était situé au 47 rue des Petits Champs à Paris.

Pierre Queillé

La Maison Boucheron a vendu une suite de douze petites cuillères gravées, signées par Pierre Queillé. Cependant, une confusion est possible car Frédéric Boucheron fonda sa maison en 1858, tandis que Pierre Queillé exerça jusqu'en 1846. Son fils utilisait les mêmes initiales "P.Q." pour son poinçon.

François-Pierre Fabry

Le poinçon d'orfèvre de François-Pierre Fabry, reçu Maître à Tours en 1764, est mentionné sur une verseuse égoïste marabout en argent du XVIIIe siècle.

Jean François Carron

Le poinçon du maître orfèvre Jean François Carron est présent sur une verseuse en argent datant de 1795-1797, accompagnée des poinçons de garantie de Paris.

M. Fray et Veyrat

Une saucière sur piédouche en argent porte le poinçon de maître M. Fray, ainsi que le poinçon Minerve 1er titre. Une autre verseuse en argent, de forme balustre, porte le poinçon de maître Veyrat, Jean Francois, et le poinçon Minerve 1er titre.

Pierre Dumont

Une écuelle à oreilles en argent, datant potentiellement de 1724, pourrait porter le poinçon incomplet de Pierre Dumont, reçu maître cette année-là.

Lagriffoul & Laval et HENIN & Compagnie

Deux plats en argent datant d'environ 1940 portent les poinçons de maître de LAGRIFFOUL & LAVAL (plat ovale) et HENIN & Compagnie (plat rond octogonal).

David Guillaume

Deux couverts de table en argent portent le poinçon d'orfèvre de DAVID Guillaume, reçu en 1732 et actif jusqu'en 1775, ainsi que les poinçons de Jurande de Bordeaux.

E. Puiforcat

Le poinçon de maître orfèvre de E. Puiforcat (actif depuis 1837) est mentionné, accompagné du poinçon Minerve.

A. VAGUER

Deux plats en argent, l'un ovale et l'autre rond, portent le poinçon de maître de A. VAGUER.

L'évolution des poinçons : une histoire de contrôle et de garantie

L'argenterie et l'orfèvrerie ont, jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, servi de réserves monétaires. Les rois eux-mêmes n'hésitaient pas à faire fondre des pièces d'orfèvrerie pour financer leurs guerres, comme Louis XIV en 1689. L'Hôtel des Monnaies échangeait l'argenterie contre des espèces, mais des litiges surgissaient rapidement en raison de la variété des alliages utilisés par les orfèvres. C'est pourquoi un système de poinçonnage a été mis en place pour limiter les fraudes et responsabiliser les artisans.

Les poinçons sous l'Ancien Régime

Au XIIIe siècle, un seul poinçon existait : celui de la Maison Commune. En 1378, deux poinçons étaient requis : celui de la Maison Commune (lettre date couronnée, dite "poinçon de jurande") et celui de l'orfèvre. Colbert, en 1672, réforma le système pour en imposer quatre, qui restèrent en vigueur jusqu'en 1790 :

  • Le poinçon de maître : frappé par l'artisan sur l'ébauche de la pièce.
  • Le poinçon de jurande : appliqué par les jurés-gardes de la corporation.
  • Le poinçon de décharge : apposé par la Ferme générale après achèvement et paiement de la taxe.

Certaines juridictions n'appliquaient pas systématiquement tous les poinçons, et des fraudes étaient possibles pour éviter les taxes. Les poinçons devaient théoriquement être apposés sur toutes les parties de l'objet, y compris les parties mobiles.

Le poinçon au C couronné

Le poinçon au "C" couronné, apparu sous Louis XV, était apposé sur les ouvrages de bronze doré de qualité exceptionnelle. Il symbolise une récompense pour un travail artistique raffiné, garantissant la rareté et la qualité de ces objets.

Les poinçons après la Révolution française

La Révolution française abolit le système des poinçons, mais un nouveau système fut rapidement établi pour contrer les fraudes. Les poinçons de garantie incluaient la tête de vieillard pour le premier titre et un faisceau de licteur pour le second. Le poinçon de titre était représenté par un coq. Le poinçon de garantie pour l'argent se présentait sous la forme d'un profil de guerrier dans un cercle.

  • Vermeil (argent doré) : portait les poinçons de l'argent et la lettre "V" dans un losange.
  • Or et Platine : des poinçons spécifiques existaient également pour ces métaux précieux, plus couramment utilisés en bijouterie.
Comparaison des poinçons de garantie et de titre pour l'argent

Les poinçons, bien que parfois complexes, fournissent des informations précieuses sur l'origine, l'âge et la qualité des pièces d'orfèvrerie et de bijouterie. L'étude de ces marques continue d'enrichir notre compréhension de l'histoire des arts décoratifs et de leurs créateurs.

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