Saint-Pierre, Martinique : Histoire, Tragédie et Renaissance de la Perle des Antilles

Située à 31 kilomètres de Fort-de-France, la ville de Saint-Pierre est la sous-préfecture du département de la Martinique. Elle est connue pour son histoire triste et très mouvementée. La ville présente actuellement l’une des meilleures destinations touristiques de l’île aux fleurs. Si vous planifiez votre voyage en Martinique, voici quelques informations historiques à connaître sur la ville de Saint-Pierre !

La fondation de la ville de Saint-Pierre

La première trace de la fondation de la ville de Saint-Pierre et sa colonisation française remonte à 1635. C’est la date du débarquement du flibustier Pierre Belain d’Esnambuc le 15 septembre. Il emmena 150 colons français de Saint-Christophe. C’est à partir de cette date que la colonie permanente fut installée dans la Martinique, elle était appelée Fort Saint-Pierre de la Martinique. Elle appartenait à la couronne de France et à la Compagnie des îles d’Amérique. Elle est actuellement nommée : Saint-Pierre.

Carte de la Martinique avec la localisation de Saint-Pierre

Le développement de la ville de Saint-Pierre

Le développement de Saint-Pierre a été épaulé par l’industrie sucrière et le commerce des esclaves. Son port témoignait d’un grand trafic maritime qui emmenait les navires des commerçants des quatre coins du monde. Ceci a conduit à la naissance d’une bourgeoisie commerçante qui bâtissait des habitations et des équipements de loisirs à la pointe de la technologie. À ce stade, notre village fut surnommé « Petit Paris », « Perle des Antilles » ou « Venise Tropicale ».

Jusqu’alors, la ville de Saint-Pierre était la capitale économique et culturelle de la Martinique et de toutes les Antilles, se caractérisant par un bon cadre de vie. Au début du 20e siècle, Saint-Pierre était la ville la plus peuplée de Martinique. Prospère et moderne, elle en était la capitale économique et était surnommée tantôt La perle des Antilles, tantôt Le petit Paris. Avec ses rues pavées, ses maisons colorées, son théâtre, et son remarquable jardin botanique - considéré comme le plus beau de toutes les Antilles - Saint-Pierre était une ville moderne, dotée d’un système de canalisations et d’un réseau électrique offrant des infrastructures et des équipements très appréciés des Pierrotins. La ville était par ailleurs le principal port marchand de l’île, et ses activités commerciales liées à la production sucrière avaient largement contribué à son développement.

La destruction de la ville en 1902 : La catastrophe de la Montagne Pelée

L’éruption de la Montagne Pelée, l’unique volcan actif de la Martinique, a causé la destruction totale de la ville de Saint-Pierre le 8 mai 1902. Ce volcan gris actif, qui avait présenté une éruption modérée en 1851, était considéré comme présentant un risque éruptif relativement faible. La montagne Pelée a donné son nom à un type de volcans - le type péléen, hautement explosif - et a marqué de manière significative l’histoire volcanologique.

Le 8 mai 1902, vers 7 heures du matin, une nuée ardente produite par le volcan se dirige vers la ville de Saint-Pierre à une vitesse de 670 km/h. Ayant ignoré tous les signes alarmants qui ont précédé, les habitants de la ville se retrouvent coincés face à cette énorme masse gazeuse et solide de 1000 °C. Quelques minutes ont suffi pour tuer 26 000 personnes, détruire 40 navires dans la rade et anéantir la ville. Le 20 mai, une deuxième éruption volcanique encore plus violente a eu lieu pour détruire totalement la ville et tuer sa population entière. Seulement deux personnes de la population de Saint-Pierre ont pu échapper à cette catastrophe.

Vue de la Montagne Pelée avant l'éruption de 1902

Les signes avant-coureurs ignorés

Quelques semaines avant le drame, la Montagne Pelée, caractérisée par un dôme de lave à son sommet formé lors des éruptions antérieures, avait présenté des signes d’une nouvelle activité sous forme de secousses telluriques, de fumerolles et de lueurs bien visibles dans la nuit, qui commençaient à inquiéter les habitants. Cependant, en raison d’un désaccord entre les scientifiques de l’époque sur l’évaluation du danger, la population ne fut pas avertie.

Dès le 23 avril, la montagne présenta des signes clairs de réveil à travers un nuage de cendres. Le 24 avril, une première colonne noire s’éleva jusqu’à 600 m de haut, et dès le lendemain, un manteau de cendres recouvrit la commune du Prêcheur, située à dix kilomètres de Saint-Pierre. Le 28 avril, des tremblements de terre se firent sentir, les câbles sous-marins rompirent, et les sources se tarirent. Bien que l’ordre d’urgence ait été déclaré, quelques jours plus tard, personne ne songeait à partir. Le premier tour des élections législatives avait même eu lieu la veille, avec un taux de participation de 86 %.

Le rapport Lascroux de 1902, « La Martinique avant et après le désastre du 8 mai 1902 », retrace la chronologie des événements : « le 3 mai la montagne Pelée est éclairée la nuit par la lave incandescente qui remplit son cratère » ; « le 4 mai elle couvre les environs de cendres » ; « le 5 mai la mer recule de 90 mètres, un jet de boue engloutit une sucrerie… », entraînant la mort de trente-six personnes.

Après l’ensevelissement de l’usine Guérin par le débordement de la rivière Blanche, l’activité volcanique de la Montagne Pelée se poursuivit les jours suivants, sans que quiconque ne prenne pleinement conscience de la catastrophe imminente. « Il y avait eu un précédent », rappelle Jacques-Marie Bardintzeff, faisant référence à l’éruption sans conséquence de la Montagne Pelée en 1851. Les plus anciens supposèrent qu’il ne se passerait rien de plus. Le journal local Les Antilles s’en amusa même en titrant dans son édition du 30 avril, « la montagne Pelée vient nous faire manger un poisson d’avril ».

Le jour de l'éruption : 8 mai 1902

Le matin du 8 mai, deux minutes après huit heures, la nuée ardente s’abattit sur Saint-Pierre. Rien ne résista à la déferlante qui, en quelques instants, laissa place à un champ de ruines fumantes, sans âme qui vive. La position géographique de la ville, construite en amphithéâtre et surplombée par la montagne, a probablement contribué à faire de cette éruption l’une des plus grandes catastrophes naturelles du 20e siècle. « Les personnes se trouvant sur la trajectoire de la nuée ardente n’avaient aucune échappatoire, aucune chance de survie », déplore Jacques-Marie Bardintzeff.

Les nombreuses distilleries entourant la ville explosèrent, achevant de précipiter Saint-Pierre sous les cendres volcaniques de la Montagne Pelée. La ville fut totalement ensevelie sous une couche de boue et de lave, se transformant en un vaste cimetière.

Ruines de Saint-Pierre après l'éruption de 1902

Les témoignages de la catastrophe

Dès le soir du 8 mai, selon le rapport Lascroux, un télégramme du commandant du Suchet à Fort-de-France, fut adressé au ministre des colonies : « Reviens de Saint-Pierre. Ville complètement détruite par masse de feu... Suppose toute population anéantie. Ai ramené une trentaine de survivants. Tous navires sur rade incendiés et perdus… ».

Le ministre des colonies lança alors un appel afin d’obtenir des informations et de l’aide. Un nouveau télégramme en provenance de Sainte-Lucie rapporte que le Roddam arriva avec à son bord trente-cinq rescapés, tel une épave fantôme avec ses bâches et ses voiles calcinées, sans son ancre et ses chaînes jetées dans les eaux bouillantes pour s’échapper plus rapidement, signe de la précipitation avec laquelle le navire avait dû quitter le port de Saint-Pierre. Le samedi 10 mai, à onze heures du matin, le gouverneur de la Guadeloupe annonça : « Le Suchet vient d’arriver de Martinique, venu chercher des vivres et il y repartira ce soir. » À son retour à Saint-Pierre le Suchet transmit une nouvelle dépêche : « Toute la ville en feu. L’éruption continue. Pluie de feu et de roches. Impossible de pénétrer dans la ville. Pas aperçu êtres vivants. Nombreux cadavres sur les quais... ».

Le capitaine du Roddam rapporta plus tard qu’après avoir affronté une terrible tempête dans la nuit du 7 au 8 mai, il s’ancra à une bouée dans la rade en face de Saint-Pierre. Soudain, à huit heures du matin, il observa une large nappe de fumée s’abattre sur la ville et sur le port, parsemée de scories incandescentes. En quelques secondes Saint-Pierre disparut sous ses yeux, avalée par les flammes et les cendres. Juste avant de fuir, il parvint à sauver les personnes se trouvant sur une chaloupe juste avant que celle-ci ne coule à pic.

Les 11 et 12 mai, des dépêches venant de la Dominique signalèrent que de nombreux canots en provenance de la Martinique arrivaient, transportant des rescapés, hommes, femmes et enfants, démunis de tout et pleurant leurs proches disparus. Ces réfugiés témoignèrent de la poursuite de l’éruption, avec l’ouverture d’un cratère plus au nord, incitant un nombre croissant de personnes à fuir les environs de Saint-Pierre. Traumatisés, ils racontèrent avoir été témoins de plusieurs noyades pendant la traversée.

De nouvelles dépêches rapportèrent un afflux important de réfugiés à Fort-de-France. De nombreuses crevasses se formèrent au nord de la ville, des vallées nouvelles apparurent brusquement dans les localités voisines de Saint-Pierre, abandonnées par la population. Le Suchet, le Belem et le Pouyer-Quertier effectuèrent de multiples trajets entre Fort-de-France et Saint-Pierre, ramenant près de 4 000 personnes des environs de Saint-Pierre et du Prêcheur. Malgré ces efforts coordonnés, on estime à 28 000 le nombre de victimes de l’éruption de la Montagne Pelée.

Les survivants

Parmi les habitants réfugiés à Fort-de-France, certains revinrent à Saint-Pierre dès qu’ils le purent, espérant retrouver des proches qui auraient survécu sous les décombres. Le 11 mai, des plaintes émergèrent des ruines. C’est ainsi que Louis-Auguste Cyparis, détenu à la prison de Saint-Pierre pour son implication dans une rixe meurtrière, fut découvert. On parvint à l'extraire miraculeusement vivant des épais blocs de pierre de sa cellule. Il raconta avoir senti la terre vibrer sous ses pieds pendant plusieurs jours et entendu des grondements inquiétants venant de la montagne. Puis, au petit matin, l’obscurité et le feu… Projeté dans le fond de la cellule par le souffle brûlant de l’explosion, il se protégea le visage. Les flammes lui brûlèrent néanmoins la peau, laissant de nombreuses cicatrices. Louis-Auguste Cyparis, un temps considéré comme l'unique survivant, devint le miraculé qui avait défié la mort et survécu au « jour du jugement dernier ». Après avoir été gracié, il fut recruté dans la troupe du cirque Barnum and Bailey, devenant le premier homme noir célèbre aux États-Unis.

On découvrit ensuite un deuxième survivant, Léon Compère Léandre, un jeune cordonnier de Saint-Pierre qui se trouvait dans la cave de sa boutique au moment de l’éruption. Il déclara : « J'ai à peine eu le temps d’entendre l’explosion, j’ai senti souffler un vent terrible et j’ai vu le ciel noir au-dessus de ma tête, j’ai monté les trois ou quatre marches pour remonter et j’ai senti mes bras et mes jambes brûler... ».

Cyparis et Compère Léandre sont les seuls survivants de Saint-Pierre à avoir été retrouvés sous les décombres.

Photo de Louis-Auguste Cyparis, l'un des survivants de la catastrophe

La reconstruction de Saint-Pierre

Saint-Pierre a été renommée commune nouvelle en 1923, et elle commence déjà à se reconstruire et retrouver sa force. Après de grands travaux de reconstruction, la ville retrouve son pouvoir avec la reconstruction de la chambre de commerce, à l’identique de celle détruite. Sa population en 1923 était de l’ordre de 3000 personnes pour atteindre les 6500 personnes en 1967 et régresser jusqu’à 4100 personnes en 2015.

La loi du 20 mars 1923 marque un tournant décisif pour Saint-Pierre en lui redonnant son statut de commune française. Les premières reconstructions s’organisent le long de la rue Victor-Hugo, où les habitants démontrent une volonté farouche de faire revivre leur cité. Les années 1930 voient l’émergence d’une nouvelle Saint-Pierre, qui préserve précieusement les vestiges de son passé tout en se tournant vers l’avenir. La distillerie Depaz, reconstruite sur les ruines de l’ancienne habitation, symbolise parfaitement cette renaissance économique.

Actuellement, la ville est considérée comme le principal pôle administratif du Nord caraïbe. On y trouve un hôpital, un lycée professionnel, un centre des impôts, une agence de la Caisse générale de sécurité sociale et une autre de la Caisse d’allocations familiales, et encore une du Pôle emploi, une antenne du conseil régional et une antenne de la chambre de commerce et d’industrie de la Martinique.

Aujourd'hui, cette ville d'Art et d'Histoire de 4 000 habitants valorise son patrimoine unique à travers des circuits touristiques innovants. Les ruines préservées côtoient harmonieusement les nouvelles constructions, témoignant de la résilience remarquable des Pierrotins.

Saint-Pierre aujourd'hui : Ville d'Art et d'Histoire

La commune de Saint-Pierre est aujourd’hui l’un des plus importants pôles touristiques de la Martinique. Elle a été labellisée Ville d’Art et d’Histoire depuis 1990. Vous y trouverez de nombreux anciens bâtiments ruinés ainsi que de nombreux Monuments historiques. Citons quelques-uns : la cathédrale de Notre-Dame-de-l’Assomption, la batterie Sainte-Marthe, le Bureau du Génie, la Maison coloniale de santé, les ruines du théâtre, les ruines de la prison et le cachot de Cyparis, etc.

Saint-Pierre conjugue aujourd’hui passé et présent avec brio. La ville s’est réinventée depuis sa reconstruction en 1923, développant une identité unique qui mêle vestiges historiques et infrastructures modernes.

Patrimoine et Sites d’Intérêt

Saint-Pierre offre une expérience touristique unique en son genre, mêlant histoire fascinante et cadre naturel exceptionnel. Cette ville labellisée "Ville d'Art et d'Histoire" vous permet de découvrir des ruines majestueuses classées aux monuments historiques, témoins de la catastrophe de 1902. Vous pouvez explorer le plus ancien musée de Martinique, le musée volcanologique Frank A. Perret, visiter la prestigieuse distillerie Depaz et son château colonial, profiter des plages de sable noir avec vue sur la Montagne Pelée, et plonger sur les épaves historiques dans la baie.

Les ruines du théâtre, construit à la fin du XVIIIe siècle sur le modèle du grand théâtre de Bordeaux, témoignent de la grandeur passée de la ville. Le cachot de Cyparis, où le survivant fut retrouvé, est un lieu poignant de mémoire.

Ruines du théâtre de Saint-Pierre

La Montagne Pelée, gardienne de la ville

Dominant majestueusement Saint-Pierre de ses 1 397 mètres, la Montagne Pelée reste le gardien silencieux de la cité. Ce volcan actif, dont le nom signifie « montagne chauve » en référence à ses pentes dénudées, fait l’objet d’une surveillance constante par l’Observatoire Volcanologique et Sismologique de Martinique.

Les Pierrotins entretiennent une relation particulière avec leur volcan, mélange de respect et de fascination. La ville-musée s’est reconstruite à ses pieds, transformant ce site tragique en un lieu de mémoire unique. Le Centre de Découverte des Sciences de la Terre propose une exposition permanente retraçant cette histoire commune.

Classée au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 2023, la Montagne Pelée attire désormais des visiteurs du monde entier, faisant de Saint-Pierre une destination privilégiée pour le tourisme scientifique et culturel.

Informations pratiques

Saint-Pierre se situe sur la côte nord-ouest de la Martinique, à 31 kilomètres au nord de Fort-de-France. Le code postal de la ville de Saint-Pierre est 97250.

Climat

Saint-Pierre bénéficie d’un climat tropical maritime avec des températures moyennes oscillant entre 24°C et 29°C tout au long de l’année. La saison sèche s’étend de décembre à mai, période idéale pour découvrir son patrimoine historique sous un soleil généreux. La saison humide, de juin à novembre, apporte des averses plus fréquentes mais généralement brèves. Les alizés soufflant depuis l’Atlantique offrent une ventilation naturelle agréable.

Accès

Pour rejoindre Saint-Pierre, Air Caraïbes propose des vols directs vers Fort-de-France depuis Paris-Orly, Bordeaux, Lyon, Nantes et Provence. Une fois à l’aéroport Aimé Césaire de Fort-de-France, Saint-Pierre est accessible en 45 minutes par la route.

Mairie et Services

L’adresse de la Mairie est : 35 rue Caylus, 97250 Saint-Pierre. Les horaires d’ouverture sont disponibles sur demande. La ville dispose d’un port de plaisance, d’un bureau de poste, et accueille le centre hospitalier Nord Caraïbe.

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