L'identification de l'époque de fabrication de l'argenterie ancienne produite en France, particulièrement à Paris, repose sur l'analyse des poinçons d'orfèvrerie. Ces marques, apposées sur les pièces, garantissent la qualité du métal précieux et le paiement des droits associés, perpétuant ainsi les anciens systèmes de charge et de décharge de l'Ancien Régime.
L'évolution des poinçons de garantie en France
La « garantie » du métal précieux en France a été instaurée progressivement par les souverains. Ce système a conduit à la création de maisons communes au sein des corporations, chargées de valider le titre des métaux précieux. Avant l'adoption de marques stylisées, certains orfèvres apposaient leur propre signature sur leurs œuvres.
La réglementation sous Louis IX et Philippe III
En 1260, Étienne Boileau, prévôt de Paris sous Louis IX, a procédé à la réglementation des corporations des métiers d'art afin de prévenir les abus liés à l'utilisation des métaux précieux. La charte parisienne des Orfèvres imposait alors une garantie du titre des ouvrages. En 1272, les poinçons des maisons communes d'orfèvres ont commencé à apparaître. Par la suite, en 1275, Philippe III le Hardi a ordonné que chaque communauté d'orfèvres (jurande en maison commune) utilise un poinçon spécifique pour marquer les ouvrages en argent.
Définition des poinçons de maître et de jurande
La définition des poinçons de maître, attribuée à Jean II le Bon en 1355 ou Charles V en 1378, a imposé à tout orfèvre d'apposer sur ses œuvres un poinçon distinctif. Ce poinçon devait représenter une fleur de lys couronnée, accompagné d'un symbole personnel, tel que ses initiales et un "différent", un symbole propre à chaque jurande. En 1460, la nécessité de deux poinçons fut établie : celui de l'orfèvre et celui de la jurande à laquelle il appartenait.
Les réformes sous Louis XII, Henri III et Colbert
Le 22 novembre 1506, Louis XII a précisé les modalités relatives à l'essai de l'argent, en introduisant des tableaux officiels de mesure et de correction. En mars 1554, Henri III a fixé le titre auquel les orfèvres devaient travailler, confirmé à 11 deniers 12 grains pour Paris, avec des tolérances pour les provinces intégrées plus tardivement au royaume. Le vermeil était alors produit à partir d'argent titrant 10 deniers (833 ‰). Henri III a également créé en 1579 le "droit de remède", une taxe sur les ouvrages précieux en or et argent visant à aligner le prix des œuvres sur le cours de la monnaie. Colbert, lors de sa réforme des impôts en 1674, a rationalisé ce système en instaurant le droit de marque et de contrôle par la Ferme générale.
Le système des quatre poinçons et les abonnements
Cet ensemble de quatre poinçons variait au fil des années, en fonction de facteurs tels que l'attribution à l'orfèvre, son décès, la poursuite de l'activité par une veuve, le changement de fermier général, le renouvellement annuel de la jurande, ou encore l'évolution de la législation. Un cinquième poinçon, celui de recense, pouvait également être présent, apposé par un nouveau fermier général pour contremarquer les pièces déjà poinçonnées par son prédécesseur. La taille de ces quatre poinçons pouvait varier (et donc leur dessin) selon la taille des ouvrages, donnant naissance aux poinçons de "gros ouvrages" ou de "petits ouvrages". De 1672 à 1798, les orfèvres ou communautés éloignés d'une jurande ou d'un bureau de marque pouvaient souscrire un abonnement de droits auprès du fermier général ou de la maison commune, payable par quartiers ou annuellement, sur la base d'une estimation de leur production.
La Révolution française et le rétablissement de la garantie
L'abolition des privilèges lors de la nuit du 4 août 1789 a entraîné la suppression des privilèges des orfèvres, y compris celui de la garantie sur l'or et l'argent. Cette mesure a été renforcée par la loi Le Chapelier du 2 mars 1791, qui interdisait les associations professionnelles et instituait la liberté du travail. En avril 1791, les impôts indirects furent supprimés. Cependant, la loi du 19 Brumaire an VI (9 novembre 1797), relative à la surveillance du titre et à la perception des droits de garantie des matières et ouvrages d'or et d'argent, a rétabli le système de garantie, de titres et de perceptions. Cette loi constitue la base des dispositions actuellement en vigueur en France et à Monaco.
Le rôle des fonctionnaires et les poinçons modernes
Des fonctionnaires sont désormais chargés de tester les ouvrages présentés et d'y apposer le poinçon de garantie, comprenant le poinçon de l'État et le poinçon de valeur du titre. Un poinçon distinct permet d'identifier les bureaux de contrôle. En 2001, la direction de la garantie et des services industriels a été supprimée, ses missions étant intégrées au service des douanes. Un titre à 999 millièmes a été créé pour l'or, l'argent et le platine.

Poinçons actuels et dispenses
En France (métropole et certains DOM) et à Monaco, la loi du 19 Brumaire an VI (9 novembre 1797) régit le titre pour les métaux précieux. En règle générale, une pièce comporte deux poinçons : celui du titre et celui du fabricant (ou de l'importateur). Les poinçons sont liés à une personne (bijoutier, joaillier, horloger, orfèvre) et sont détruits à son décès. Les poinçons déposés au nom d'une entreprise sont détruits lors de sa fermeture.
Afin de garantir le titre, les services des douanes ou les laboratoires agréés procèdent à un test chimique sur la pièce. Depuis le 20 novembre 2001, les articles d'une masse inférieure à 3 g pour l'or et à 30 g pour l'argent sont dispensés de l'apposition du poinçon de titre. Ils ne sont cependant pas exemptés du poinçon de maître ou d'importateur, qui engage leur responsabilité, et restent sous le contrôle du service de la Garantie pour la sécurité des acheteurs.

Cas spécifiques et symbolique des poinçons
Les discussions sur la symbolique des poinçons, comme celle d'une fleur de lys ou d'un aigle, illustrent la complexité de leur interprétation et l'évolution de leur signification au gré des régimes politiques. L'identification précise d'un poinçon peut nécessiter la consultation de listes spécialisées et l'analyse de son contexte historique.
Le poinçon de Stellen et son interprétation
Des recherches ont permis d'identifier certains poinçons, tels que celui de Stellen, réviseur et contrôleur dans différentes manufactures françaises entre 1807 et 1821. La présence du "S" sous une fleur de lys sur des armes, notamment après 1814, ou dans un petit ovale inscrit dans une grande fleur de lys, a été documentée. L'hypothèse que Stellen ait pu concevoir son poinçon de manière à ce qu'il puisse être interprété comme une fleur de lys ou un aigle, lui permettant ainsi de s'adapter aux changements de régime, est également soulevée.