Electropicales : Le Festival Électronique et Hip-Hop à Saint-Denis

Lors de l’édition 2023 du festival Electropicales, il est évident que l'association des mots "musique" et "La Réunion" ne se limite plus au maloya. Bien que le maloya soit une matrice tellurique de l’âme de l’île française de l’océan Indien, reconnue pour sa communion mystique, ses instruments tels que le kayamb et son statut de patrimoine immatériel de l’Unesco depuis 2009, l'île est également un terreau fertile pour la musique électronique et le rap. Une perception erronée qui ne rend pas justice à la richesse musicale de cette région.

C'est dans ce département français que s'est établi le plus grand festival de l’océan Indien dédié à ces genres musicaux. Organisées annuellement depuis 2009 à Saint-Denis, les Electropicales rassemblent le nec plus ultra de ces deux scènes. Pour la 17e édition, qui s'est déroulée du 3 au 11 octobre en partenariat avec « le Nouvel Obs », les festivités ont pris des allures d’épiphanie.

Photo d'illustration du festival Electropicales avec une foule dansante sous des lumières vives

Programmation Éclectique et Artistes de Renommée

La Papesse de la Techno et l'Apothicaire de l'Underground

La papesse The Blessed Madonna, originaire de Chicago, est venue prêcher la bonne parole techno aux tropiques. Son alter ego, Jen Cardini, a également transporté dans ses valises vingt années de nuits parisiennes. Cette apothicaire de l’underground français a longtemps officié au Rex Club, transformant les corps en marionnettes électriques.

Kompromat : Duo d'Agents Doubles

Plus discret, mais non moins redoutable, le duo Kompromat a infiltré le festival en tant qu’agents doubles. Composé de Rebeka Warrior, cofondatrice de Sexy Sushi, et du compositeur Vitalic, qui s'est également produit en solo, le groupe a cultivé l’art de la guerre froide musicale avec ses synthés glacés, ses mélodies d’espionnage et une cold wave postapocalyptique.

Le Rap Brut de Kaaris et les Cadences Hypersoniques de Theodora

Un changement brutal d’atmosphère s’est opéré avec l’arrivée du rappeur Kaaris, surgissant du 93 pour déclamer sa vérité crue en rafales de rimes. La très prometteuse Theodora, avec ses racines réunionnaises méconnues, a proposé une infusion de cadences hypersoniques et d’envolées bouyon.

La Bénédiction Roots de Winston McAnuff

Une surprise de taille fut la venue de Winston McAnuff, vétéran jamaïcain aux tempes blanches comme l’écume. Il est venu apporter sa bénédiction roots à ce joyeux bordel électronique. Le sage de Kingston a transformé le festival en une université du reggae, avec un cours magistral de spiritualité inclus.

Alliance Locale Explosive

Et parce que l’identité « péi » ne saurait être oubliée, Nyna Curtis, pionnière des femmes insulaires derrière les platines, a évolué aux côtés de Psychorigid, producteur à l’électro brute et consciente, en alliance explosive avec le beatmaker Sleepy Tamashi. Ce triumvirat local a promis de faire exploser les frontières, pouvoir créole à l’appui.

La Réunion, Terre d'Innovations Musicales

Lorsque toutes ces basses ont résonné dans Saint-Denis, lorsque les corps se sont mis à danser, et lorsque les touristes ont enfin compris que La Réunion ne se résume pas aux cartes postales, l’évidence a éclaté. Cette île intense a prouvé qu’elle a su réinventer le paradis, une nouvelle fois. Beat par beat, bpm par bpm.

tags: #soiree #electro #saint #denis #orfevrerie