Exploration des Îles et des Musiques : Récits, Traditions et Innovations

L'Île, un Monde en Soi

L’Île d’Entrée, avec son accent de la mer, de la pêche et des contrées britanniques, évoque un monde marin qui semble se désagréger lentement. Les jeunes générations quittent ce royaume pour la grande ville, l’école primaire se vide tandis que plusieurs familles préparent un autre avenir pour leurs enfants.

Située au cœur du réservoir Manicouagan sur la Côte-Nord, l’île René-Levasseur est le vestige d’un grand impact de météorite et une portion encore vierge de la forêt boréale. L’octroi d’un permis d’exploitation forestière sur ce territoire ancestral de la nation innue déclenche un bras de fer idéologique, économique, juridique et politique.

En 2018, trois Madelinots amoureux des traditions s’unissent pour concrétiser un rêve : construire un bateau de bois communément appelé un cul pointu, autrefois utilisé par les pêcheurs des Îles de la Madeleine. Le film suit sur 3 années, du début de la construction à sa mise à l’eau, l’évolution du bateau tout en captant le rythme de vie des insulaires.

Je suis partie en cargo sur la Côte-Nord du Saint-Laurent et me suis arrêtée sur l’Île d’Anticosti. 200 habitants et 150 000 chevreuils y vivent. L’île est connue pour ses naufrages, ses disparitions. Qui sont ceux qui viennent vivre ici aujourd’hui ? Que fuient-ils ? Que cherchent-ils ?

Deux sœurs, bercées par les récits idylliques de leur mère à propos d’une île isolée, y découvrent une réalité plus complexe.

En 2004, face à l’essor du tourisme, une communauté insulaire se mobilise pour préserver l’accès à la propriété et l’essence de son territoire.

Les Îles Canaries ont été les premières en Europe à adopter la désalinisation de l’eau, il y a 60 ans déjà.

Située au pied du massif de la Soufrière, véritable château d’eau de la Guadeloupe, Capesterre-Belle-Eau alimente toute l’île en eau potable. Pourtant, les coupures d’eau dans la ville sont incessantes. Le feu couve.

C’est l’histoire d’un caillou entouré par les flots et battu par les vents au bout du Finistère : L’Île d’Ouessant. L’histoire d’une fanfare qui se crée sur cette île à l’extrême ouest de l’Europe et qui met de la couleur dans les longues journées d’hiver.

Des Acadiens de Belle-Île-en-Mer rendent visite à leurs cousins acadiens au Canada pour la première fois. Ils foulent le territoire de leurs ancêtres qui vivaient ici avant leur déportation par les Britanniques. Rythmées par les gestes, leurs paroles retracent des souvenirs d’îliennes qui les ont marquées pendant que les hommes étaient en mer.

Un homme seul sur une plage, qu’y fait-il ?

À bord d’un catamaran, une dizaine d’habitants d’un quartier d’Hennebont part visiter l’Île de Groix. Au fil des rencontres, une question émerge : et si, au fond, le quartier fonctionnait… comme une île ?

Lorsque vous êtes sur la plage, avez-vous remarqué ces petits coquillages collés sur les rochers ? Que font-ils au cours d’une journée ?

Aux Îles de la Madeleine, les humains font du bruit.

Odyssée est une jeune sorcière qui vit un amour impossible avec un triton qui habite la côte.

Huit copains, partis pour une pêche de nuit, se trouvent par hasard pris dans l’un des plus tragiques naufrages de migrants au large de l’Île de Lampedusa.

Un jour, les Madelinots découvrent avec stupeur que les Îles de la Madeleine ont disparu des globes terrestres !

carte des Îles de la Madeleine

Voix et Résistances : L'Art comme Acte de Résistance

En Haïti, au temps du choléra et des gangs, des artistes choisissent les arts vivants pour résister. Leurs histoires s’entremêlent entre fiction et réalité.

Aaju Peter, avocate inuite de renom, s’est battue toute sa vie pour les droits de son peuple. Lorsque son fils se suicide, Aaju s’engage dans un voyage très personnel pour traduire en justice les colonisateurs du Canada et du Danemark.

Journaliste indépendant, dans Mayotte : département colonie Rémi Carayol démonte l’illusion d’une égalité républicaine dans ce territoire ultra-marin. À rebours des discours officiels, il interroge la réalité coloniale contemporaine.

Richard Desjardins est un homme de la forêt, de la langue et du feu intérieur. Auteur-compositeur, cinéaste, poète, il est de ceux qu’on n’apprivoise pas, qui parlent vrai !

La Musique comme Voyage : Parcours et Transformations

La question de savoir comment et pourquoi on devient pianiste est centrale dans le parcours d'Etsuko Hirose. Dans ce deuxième volet de notre entretien, la concertiste internationale revient sur ce moment très particulier où le rêve prend chair, se déploie et s’enrichit - bref, son arrivée à Paris, à quinze ans, et ce qui s’est ensuivi.

Les Premières Notes : L'Influence de la Méthode Suzuki

Etsuko Hirose raconte son enfance baignée dans la musique classique, sa mère mettant des vinyles classiques du matin au soir, même avant sa naissance. À trois ans, elle commence le piano, une expérience vécue comme une fierté, le piano et son son étant familiers, voire naturels. Elle débute alors la célèbre méthode Suzuki, qui se concentre sur l'apprentissage par l'oreille et la pratique d'œuvres dès les premiers cours, sans gammes ni arpèges.

La singularité de la méthode Suzuki réside dans son approche qui fait aimer la musique en faisant jouer l'élève. Jusqu'à cinq ans, Etsuko apprenait d'oreille. Le solfège l'a ensuite aidée à comprendre certains aspects. Elle reconnaît avoir copié les autres, un aspect qu'elle qualifie de "copier-coller", manquant de personnalité à cette époque.

Une rencontre marquante avec Pascal Devoyon, alors en colère malgré ses félicitations, marque un premier point de bascule. Cette rencontre a contribué à lui faire prendre conscience que la méthode Suzuki, bien que formidable pour faire aimer la musique, n'était pas parfaite.

partition de musique classique

Le Passage à Paris : Un Nouveau Chapitre

Pour progresser, Etsuko Hirose a dû déménager dans une ville importante afin d'intégrer un conservatoire de haut niveau. Les études à Tokyo étant coûteuses, Paris s'est présenté comme une alternative viable, réalisant un rêve de vivre dans le pays de ses compositeurs adorés comme Debussy, Ravel et Chopin.

Le passage à Paris a représenté un choc salutaire. Au Japon, la culture de l'apprentissage impliquait de reproduire exactement ce que le professeur montrait. L'arrivée en France, avec ses manifestations et ses grèves, a été vécue comme un conte de fées, malgré les différences culturelles et le mal du pays que beaucoup de Japonais ressentent.

L'entrée à l'École normale de musique de Paris est présentée comme une simple formalité, mais s'avère être un nouveau point de bascule, presque un premier échec. Contrairement à certains musiciens français déplorant une certaine rigidité dans l'enseignement au CNSM, Etsuko affiche une position inverse.

Bien qu'en théorie dans la classe de Bruno Rigutto, elle bénéficiait d'une grande liberté en raison de ses fréquences absences pour concerts. Les moments où il était présent étaient exceptionnels, sa manière de jouer pour lui montrer quelque chose étant émouvante. Elle a également beaucoup travaillé avec Marie-Françoise Bucquet, notamment en déchiffrage et musique de chambre.

L'obtention de son prix au CNSM coïncide avec sa victoire au concours Martha Argerich, un événement qui la lance, notamment au Japon. Elle doit cependant arrêter ses études pour une tournée. Elle continue d'étudier ponctuellement en cours particuliers et masterclasses.

La Transformation en Artiste Professionnelle

La transformation d'Etsuko l'étudiante en Etsuko la professionnelle a été progressive. Elle a commencé à donner des concerts assez tôt, touchant son premier cachet après avoir gagné le concours à Moscou. Ayant appris un vaste répertoire entre huit et quinze ans, elle n'a pas peur d'apprendre de nouvelles œuvres aujourd'hui. Elle a dû revoir, modifier et renforcer sa technique pour vivre du métier de pianiste.

Elle exprime son amour pour la musique à condition d'aimer les gens avec qui elle joue. Elle peut refuser des propositions si les œuvres ne lui parlent pas, estimant que cela se ressent dans l'interprétation.

Etsuko Hirose - Chopin : Nocturne no.13 op.48-1

L'Exploration du Répertoire et la Transcription

Etsuko Hirose a une inclination pour le répertoire qui va au-delà des pièces les plus connues. Pour son premier disque, elle souhaitait jouer des œuvres pour lesquelles elle n'avait pas de références préétablies. À l'époque, les transcriptions étaient peu jouées, voire mal vues.

Elle ne voulait pas enregistrer des disques qui existaient déjà. Les transcriptions représentent souvent des défis techniques et physiques. Elle a réalisé une transcription de Shéhérazade de Nikolaï Rimsky-Korsakov, une œuvre d'environ trois quarts d'heure.

Son objectif était d'être fidèle à l'effet sonore de l'œuvre originale, même si cela impliquait de supprimer des notes, car un pianiste n'a que dix doigts. Elle a comparé de nombreuses versions orchestrales pour déterminer ce que l'on entend réellement, conscient que l'oreille ne perçoit pas toutes les notes écrites, certaines étant cachées par les extrêmes.

Cette expérience lui a donné confiance. La musique de Shéhérazade représente quelque chose de spécial pour elle depuis longtemps, la faisant vibrer et lui donnant envie de la jouer et rejouer. Elle considère qu'il n'y a pas d'équivalent qui lui ait autant donné envie de s'investir dans une œuvre.

Elle souligne que la musique de Shéhérazade est un monument décrivant presque toutes les facettes de l'âme humaine, gorgée de subtilités, de couleurs et d'événements. Elle voulait raconter cette histoire en faisant sonner le piano à l'instar d'un orchestre.

Malgré la difficulté de la transcription, elle a l'impression qu'à travers elle, elle peut pleinement exprimer ce qu'elle a envie de raconter.

partition de Shéhérazade

Le Musicien Professionnel face au Public

La principale différence entre un musicien amateur et un musicien professionnel réside peut-être dans le fait que le professionnel joue pour des auditeurs, et non pour son seul plaisir. Etsuko Hirose explique comment, au fil de ses tournées internationales, elle prend en compte le public dans la construction de ses programmes et parfois même dans les détails de son interprétation.

La Musique comme Langage Universel et les Publics

Bien qu'elle ne croie pas que la musique soit un langage universel, elle reconnaît que les différences dans le public sont très importantes. Au Japon, les spectateurs sont extrêmement polis et respectueux, mais parfois, on pourrait croire qu'ils s'ennuient ou qu'ils se sont endormis. Elle insiste sur le fait qu'un concert est un moment partagé et qu'un beau concert se crée mutuellement.

Elle est touchée par la sensibilité des spectateurs en Pologne et en Russie, considérant le public slave comme le meilleur public. Elle précise cependant qu'il faut se méfier des généralités, chaque salle ayant son atmosphère, chaque soir étant particulier.

Elle se sent bien quand les spectateurs sont particulièrement réceptifs. Dans les pays slaves, lorsque l'on joue quelque chose de déprimant, sombre ou profond (comme une œuvre de Chostakovitch), les spectateurs vivent intensément les émotions de la partition sans craindre de suivre le compositeur dans ses tourments, contrairement à d'autres endroits où l'on pourrait entendre des remarques comme "C'était bien, mais trop long, trop triste, trop difficile".

Elle n'aime pas dire qu'il y a des pays plus faciles que d'autres pour un musicien, car jouer beaucoup de notes rapidement n'est pas facile, et un interprète n'est pas là pour ennuyer les spectateurs.

Etsuko Hirose - Chopin : Nocturne no.13 op.48-1

Exploration de Partitions Oubliées : Nicolas Horvath et Hélène de Montgeroult

Nicolas Horvath, souvent évoqué, rappelle qu'il est possible de défricher des parcelles de la terra incognita qu'est le répertoire musical en s'éloignant des sentiers battus. Avec son nouveau double disque, il explore l'œuvre d'Hélène Antoinette Marie de Nervo de Montgeroult (1764-1836), une compositrice dont le talent pédagogique est mis en avant sans tomber dans un féminisme réducteur.

Nicolas Horvath s'empare de partitions confidentielles pour proposer une intégrale qui peut susciter une certaine méfiance, dont la pertinence doit être évaluée par une écoute attentive.

Les Sonates pour le Forte-piano de Montgeroult

Le catalogue de Montgeroult s'ouvre par un recueil de trois sonates pour le forte-piano, publiées en 1795, chacune en deux mouvements.

Sonate en Fa Majeur

La sonate en Fa (10 minutes) débute par un Allegro con spirito où Nicolas Horvath sculpte un prélude presque libre avant de plonger dans un flot de notes en quête de mélodie. L'interprète dédaigne le "mignon" pour mieux concentrer l'énergie du mouvement. Le premier chapitre semble préparer l'arrivée du Prestissimo ternaire, joué sans concession mais avec nuance. L'allant du tempo, les modulations et l'absence de fioritures transforment les répétitions en refrains.

Sonate en Mi bémol Majeur

La sonate en Mi bémol (15 minutes) propose un Allegro con moto qui se révèle très vite bondissant, mêlant passages pastoraux et plus enlevés. La maîtrise technique de Nicolas Horvath s'exprime moins dans l'exécution que dans sa capacité à travailler les changements de lumière, qu'ils soient brutaux ou progressifs. L'attention portée à l'intention musicale évite une lecture superficielle des notes. La musique est jouée avec conviction, les sonates étant présentées comme valables en soi.

L'Allegro vivace ne met pas à mal la foi du pianiste dans son héroïne.

Sonate en Fa Mineur

La sonate en fa mineur, qui conclut le recueil, est deux fois plus longue que la première. Un Maestoso con espressione débute par une vaste phrase à l'unisson et en écho, suivie d'un jeu de questions-réponses. La reprise est animée par un souffle rigoureux et libre. Les moments doux sont joués sans préciosité, avec une netteté permettant de distinguer les différents plans sonores. Les segments fougueux sont exécutés avec engagement et exactitude.

Nicolas Horvath attaque l'Allegro agitato avec ferveur, rendant plus volontiers son côté agité qu'allègre. Même les passages apparemment apaisés sont empreints d'une fièvre indispensable pour donner de la puissance à ce mouvement de plus de 10 minutes avec reprises.

piano forte

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