L'Orfèvrerie Cloisonnée : Une Technique Millénaire

L'orfèvrerie, dont les premiers témoignages découverts en Europe sur les rives de la mer Noire remontent au Ve millénaire avant J.-C., a toujours été soigneusement réglementée. Depuis la loi du 19 brumaire an VI (9 novembre 1797), les orfèvres sont soumis à un contrôle strict de leurs productions, dont sont chargés les bureaux de garantie. Les marchands doivent tenir des livres d'entrée et de sortie des pièces, paraphés par les autorités de police.

Si quelques inventions marquent l'histoire de l'orfèvrerie, comme la granulation en Méditerranée au VIIe siècle, des représentations anciennes nous éclairent sur les outils de base de ce métier. Un détail de fresque à Pompéi, dans la maison des Vetti, ou, plus haut encore dans le temps, une peinture de la tombe du vizir Rekhmirê (XVe s. avant J.-C.), qui nous décrivent avec quelque détail l'atelier de l'orfèvre, mentionnent tous deux son enclume et ses marteaux. Le marteau - qu'il soit en fer, en bois, plat ou rond - et l'enclume - tas ou bigorne - sont encore de nos jours les deux outils de base de l'orfèvre.

Représentation d'un atelier d'orfèvre de l'Égypte ancienne

Les Fondements de la Conception et de la Fabrication

Dès le Moyen Âge, bien que les témoignages antérieurs soient rares, les objets d'orfèvrerie qui ne sont pas fabriqués « au jugé » sont élaborés à partir de modèles en bois ou en plâtre. Dans l'introduction à son traité d'orfèvrerie (1568), Benvenuto Cellini insiste sur le rôle du dessin. En effet, esquisses et dessins préparatoires sont en général les premières étapes de la conception d'un objet d'orfèvrerie. Le XVIIIe siècle verra fleurir de très nombreux recueils de modèles, le plus célèbre d'entre eux étant celui de Pierre Germain, paru en 1748.

Les divers éléments constituant une pièce peuvent être assemblés selon trois méthodes principales : le filetage, le rivetage et la soudure. Le polissage, effectué à l'aide de brosses, de poudres abrasives, de peaux de chamois, était naguère le secret de chaque atelier.

Les Techniques de Décoration et d'Assemblage

Si l'objet est en cuivre ou en argent, il peut être doré. La dorure au mercure fut longtemps employée : une pâte graisseuse de mercure et d'or est répartie à l'aide d'une brosse métallique sur la pièce à dorer, puis la pièce enduite est passée au four.

Le décor des pièces d'orfèvrerie s'obtient soit en travaillant le métal lui-même, soit en lui adjoignant des éléments divers. Parmi les techniques notables, on trouve :

  • La technique du repoussé : le relief est produit en travaillant à l'envers une plaque de métal mince et en la déformant à l'aide d'un poinçon.
  • La gravure : consiste à enlever des parcelles de matière à l'aide d'un burin, d'une gouge ou d'une échoppe, le travail s'effectuant sur la face de l'objet.
  • La ciselure : le métal est travaillé sur l'endroit, mais la matière n'est pas enlevée ; elle est repoussée à l'aide d'un marteau et d'un ciselet. Les motifs ciselés présentent une grande douceur de modelé.
  • La technique du poinçonné : une variante de la ciselure.
  • La technique de la granulation : consiste à fixer sur une plaque de métal de minuscules grains de métal.
  • Le filigrane : permet de former un décor par fixation d'un fil de métal sur une feuille de métal.
  • Le damasquinage : répandu en Égypte, connaît son apogée au XIIIe siècle sous la dynastie des Mamelouks.
  • Le nielle : matière de décor, est un alliage d'argent, de plomb et de soufre. La surface à décorer est passée au borax, enduite de nielle et mise au four.
Exemple de bijou en filigrane et granulation

L'Évolution Historique de l'Orfèvrerie

Connu dès le IIIe millénaire avant J.-C. à Sumer, le décor cloisonné consiste à sertir à froid des tables de verre ou des pierres précieuses découpées selon la forme désirée dans des cloisons de métal rapportées sur une plaque du même métal. L'adhérence se fait au moment de la fusion de la pâte de verre, au four. Vasari l'appellera la « sculpture mélangée à la peinture ».

À Varna, en Bulgarie, sur les côtes de la mer Noire, on a découvert en 1972 une vaste nécropole datée du Ve millénaire avant J.-C. Deux millénaires plus tard, des « amulettes » aux formes abstraites semblent indiquer que l'or est chargé d'une fonction magique et prophylactique. Dans l'Égypte du IVe millénaire avant J.-C., l'or n'est utilisé qu'en petite quantité. Quinze siècles plus tard, les artisans de Mycènes déploient une grande habileté dans le décor au repoussé, comme en témoignent les deux gobelets en or retrouvés à Vaphio.

Dès l'époque orientalisante (720-620 avant J.-C.), Rhodes, émule du Proche-Orient, produit des bijoux d'une grande virtuosité technique. À l'époque archaïque (620-480 avant J.-C.), les orfèvres grecs exécutent tout un matériel de toilette. La statuaire monumentale chryséléphantine, qui associe l'or et l'ivoire, prouve la maîtrise de grands artistes.

L'Orfèvrerie dans l'Antiquité et au Moyen Âge

Le travail des Étrusques, au VIIe siècle avant J.-C., démontre l'influence des courants technologiques venus des côtes de la Palestine. La granulation est le procédé favori des artisans étrusques. Les Celtes, quant à eux, développent une orfèvrerie originale, souvent abstraite, avec une production majeure de bracelets et de torques. Les peuples des steppes affectionnent les représentations figuratives, comme en témoignent les riches matériels découverts dans les kourganes.

Les Romains, longtemps réfractaires au luxe, adoptent plus tardivement l'orfèvrerie, comme en témoigne le trésor de Boscoreale, essentiellement constitué de vaisselle d'argent. L'orfèvrerie occupe une place exceptionnelle dans les arts somptuaires de Byzance, héritière des traditions romaines. Le goût pour la vaisselle d'argent se maintient, mais la production de vaisselle liturgique prend de l'importance. Le travail des métaux précieux y est associé aux pierres de couleur et aux perles.

Sous la poussée des royaumes barbares, du Ve au VIIIe siècle, s'opère une fusion entre l'héritage romain et les nouveaux usages. L'orfèvrerie cloisonnée connaît une perfection éblouissante chez les Wisigoths et les Ostrogoths, atteignant son apogée à la veille de la renaissance carolingienne. Le Limousin, dès 1170, développe considérablement ses ateliers, exportant leur production dans toute l'Europe.

Fibule wisigothique en bronze et pâte de verre du VIe siècle

Des Styles et des Techniques à Travers les Siècles

C'est en Moselle, avec Nicolas de Verdun, que survient une véritable révolution stylistique. La châsse des Rois mages de Cologne se libère des contraintes romanes avec une mise en page audacieuse. Au XIVe siècle, l'œuvre de Jean Pucelle représente la plus haute expression du « style courtois ». Les émaux du socle de la Vierge en argent doré (1339) offerte à Jeanne d'Évreux offrent un des premiers exemples français de la technique des émaux translucides sur basse-taille.

Plusieurs grands sculpteurs et orfèvres italiens, tels Ghiberti, les frères Turini, Donatello, Verrocchio, Pollaiolo, Finiguerra, assurent magistralement le passage du gothique à la Renaissance. Les vases en pierre dure montée suscitent dans toute l'Europe un véritable engouement au XVIIe siècle. Sous le règne du Roi-Soleil, la production des orfèvres est spectaculaire, et l'influence française se diffuse à travers l'Europe.

L'Orfèvrerie Moderne et Contemporaine

Vers 1730, le style rocaille fait son apparition dans l'orfèvrerie. Les grands orfèvres parisiens travaillent alors pour les cours étrangères. François-Thomas Germain œuvre pour celle du Portugal et pour celle de Saint-Pétersbourg, tandis que Robert Joseph Auguste reçoit des commandes des cours d'Angleterre, du Danemark et de Russie.

Dans le domaine de l'orfèvrerie, la première moitié du XIXe siècle est dominée par des figures comme Charles Percier, Pierre Fontaine, Guillaume Biennais, Jean-Baptiste Claude Odiot et François Désiré Froment-Meurice. Le style Empire, qui se répand dans toutes les cours d'Europe, est largement influencé par ces artistes. La production de Biennais, orfèvre de Napoléon Ier, est d'inspiration antique, la mode étrusque lui fournissant un répertoire de motifs.

La seconde moitié du XIXe siècle est sous le signe de l'historicisme, et l'orfèvrerie religieuse connaît un regain d'intérêt. En Angleterre, la firme Rendell, Bridge & Rendell s'inspire des modèles anciens, tandis qu'en Rhénanie, le néogothique fleurit. Le maître orfèvre Gabriel Hermeling de Cologne en est le meilleur représentant. En Norvège, un style « dragon », ou néoviking, émerge.

En 1845, Charles Christofle achète le brevet Elkington et fonde la maison Christofle, qui devient une véritable entreprise industrielle, alliant production en série et recherche artistique grâce au procédé de la galvanoplastie. Le XIXe siècle voit également l'essor de l'orfèvrerie industrielle et la recherche de nouvelles techniques.

REPORTAGE. L'orfèvre aux doigts de fée

Le cloisonné dit « à jours » (ou « plique-à-jours ») est un dérivé de la technique du cloisonné, où les alvéoles sont collées sur un support en cuivre fin qui est ensuite dissous avec des acides. Les Japonais ont également produit de grandes quantités de cloisonnés de très haute qualité technique au cours du XIXe siècle, connus sous le nom de shippō-yaki.

L'orfèvrerie désigne l'art de fabriquer des objets en or par une personne de métier appelée orfèvre. Le terme tend aussi à désigner la fabrication d'objets en argent massif (argenterie) utilisant les mêmes procédés. Les métaux précieux couramment utilisés peuvent être coulés, laminés en tôle ou en fil, puis travaillés avec des outils de découpage ou des techniques de martelage avant assemblage. Les techniques d'assemblage les plus courantes comprennent le soudage et le rivetage. Les objets d'orfèvrerie sont souvent sertis de pierres précieuses, perles, corail, camée, etc.

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