En 2001, les talibans, qui ont repris Kaboul le dimanche 15 août 2021, dynamitaient les gigantesques Bouddhas de Bamiyan en Afghanistan. Ce procédé n'a rien de nouveau. "De tout temps, lorsqu’on a fait la guerre, on s’en est pris à la culture de l’autre, pour effacer son identité et substituer un ordre culturel à un autre ordre culturel", explique à Public Sénat Bariza Khiari, vice-présidente de l’Alliance internationale pour la protection du patrimoine dans les zones en conflit (ALIPH).
Suite à la multiplication des attaques délibérées contre plusieurs sites mondiaux du patrimoine, le Conseil de sécurité a voté à l'unanimité en mars 2017 une résolution appelant à protéger le patrimoine archéologique et religieux. Ce document revient sur les principales destructions et profanations de sites culturels, sacrifiés au nom du fondamentalisme religieux.
Les Bouddhas de Bamiyan en Afghanistan (2001)
Cette destruction est considérée comme l'un des pires crimes archéologiques de l'histoire. En mars 2001, les talibans ont commencé par attaquer les Bouddhas de Bamiyan avec des tirs d'artillerie, avant de les faire exploser, considérant toute représentation d'une forme humaine comme un affront à l'islam.
Les deux gigantesques statues, dont la première mention remonte à 400 après J.-C., mesuraient 55 et 38 mètres de haut et avaient été sculptées à la main dans les falaises de grès de Bamiyan. Si les Bouddhas étaient encore debout, l'industrie touristique aurait aujourd'hui prospéré", confiait à l'AFP en mars 2021 Ishaq Mowahed, directeur du département pour la culture de Bamiyan. La lente renaissance touristique de la vallée est aujourd'hui mise à l'arrêt en raison du retour au pouvoir des talibans après 20 ans de guerre en Afghanistan.

La cité de Palmyre, en Syrie (2015)
"C'est un crime intolérable contre la civilisation", s'est émue en 2015 l'ancienne directrice générale de l'Unesco, Irina Bokova. Palmyre, l'antique Tamrod, était une oasis caravanière au cœur du désert syrien, un joyau de l'Empire romain d'Orient, à mi-chemin entre l’Euphrate et la Méditerranée.
Pendant trois cents ans, du Ier siècle avant notre ère au IIe siècle, Palmyre fut une plaque tournante du commerce entre Orient et Occident, attirant des marchands d'encens, de pierres précieuses, de soie et d'épices. En mai 2015, une partie de la ville moderne de Palmyre et ses vestiges antiques tombent entre les mains des djihadistes de l'EI, qui détruiront au mois d'août le temple du dieu Baal, sanctuarisé en l'an 32, et celui, plus petit, de Baalshamin.

Hatra, en Irak (2015)
Cette cité fortifiée, sous l'Empire parthe il y a 2 000 ans, et capitale du premier royaume Arabe, connut la prospérité au cours du IIe siècle avant notre ère, grâce à sa position stratégique sur la Route de la soie (près de l'actuelle Mossoul, à 320 kilomètres au nord de Bagdad). Les vestiges de ce carrefour caravanier, dont des temples en pierre de taille et d'imposantes murailles en excellent état, mêlaient des éléments d'architecture et des motifs décoratifs hellénistiques, romains et orientaux.
Les djihadistes de l'EI se sont attaqués à ce site archéologique inestimable à coups de pioches et de massues. Un saccage mis en scène, filmé et diffusé par l'EI dans une vidéo sur YouTube.
Vestige de Nimroud, en Irak
Fondée aux alentours de l'an 1250 avant notre ère sur les rives du Tigre, Nimroud devint quatre siècles plus tard la capitale de l'empire néo-assyrien, dont le territoire recouvrait les actuels Turquie, Égypte et Iran. Cette cité fortifiée monumentale s'étendait sur 320 hectares. Parmi ses vestiges les plus célèbres, les sculptures colossales de taureaux ailés, considérés comme les protecteurs de la ville.
Ce site antique a été attaqué au bulldozer et au marteau-piqueur. Selon un communiqué du ministère du Tourisme irakien, les djihadistes "ont attaqué l'antique cité de Nimroud, l'ont rasée et se sont approprié des objets archéologiques vieux de treize siècles avant Jésus-Christ". D'après le Conseil de sécurité des Nations unies, ce pillage et ce trafic d'objets d'antiquités serviraient au financement des groupes djihadistes.
Irak: l'Etat islamique détruit la cité de Nimroud, dans une vidéo
Musée et bibliothèque de Mossoul, en Irak (février 2015)
C'est à coups de marteau-piqueur et de massues que les djihadistes de l'EI ont détruit de nombreuses œuvres au musée de Mossoul. La deuxième ville d'Irak est tombée entre les mains des djihadistes durant l'été 2014. Selon l'Unesco, parmi les pièces saccagées : des statues provenant du site de Hatra ainsi que des objets d'autres sites archéologiques de la province de Ninive.
La bibliothèque municipale, fondée en 1921, a été attaquée à l'aide de bombes artisanales. Des milliers de manuscrits rares sont partis en fumée.
La Mosquée Nabi Yunus et le tombeau du prophète Jonas à Ninive en Irak (2014)
En juillet 2014, deux mosquées sont détruites par l'État Islamique, dont celle de Nabi Yunus qui abrite le tombeau du prophète Jonas. Lieu de pèlerinage musulman, le site archéologique sur lequel la mosquée était construite datait du VIIIe siècle avant J.-C. Rénovée en 1990, elle a été dynamitée le même jour que la mosquée de l'Imam Aoun Bin al-Hassan située à proximité.
Les mausolées de Tombouctou au Mali (2012)
En 2012, au nord-ouest du Mali, à Tombouctou - surnommée la cité des 333 saints - 14 mausolées de saints musulmans ont été détruits par des djihadistes liés à Al-Qaïda, pour qui seul Dieu doit être vénéré.
Construits à la main il y a 700 ans, les mausolées de Tombouctou ont cédé sous les coups des pioches des terroristes. La destruction est jugée en 2016 par la Cour pénale internationale comme un "crime de guerre".

* Cet inventaire des sites archéologiques détruits par des groupes islamistes n'est pas exhaustif ; de nombreux autres lieux ont été pris pour cible.